Blog de David Valence

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jeudi, mars 6 2008

Un dernier pour la route

Les élections municipales de dimanche prochain occupent les media nationaux depuis plusieurs semaines : le passionné de politique aura lu cinq ou six analyses sur le maelström strasbourgeois, trois ou quatre sur le trébuchet toulousain, une ou deux sur la farce paloise. Silence ou presque, en revanche, sur les villes de moins de 80.000 habitants.

Las! Les états-majors politiques savent que seules les villes moyennes représentent un véritable enjeu électoral. L'évolution qui voit les grandes cités pencher à gauche est entamée depuis longtemps, alors que Nicolas Sarkozy a pu s'appuyer sur nombre de villes moyennes aux élections présidentielles d'avril-mai 2007. En 2001, les victoires de la droite à Beauvais, Cahors, Montauban, Blois, Laon, Evreux, Chartres, Châteauroux, Roanne, Tarbes (...) avaient préparé les législatives plus efficacement que les "prises" de Strasbourg et de Rouen. Pour notre part, nous jugerons de la poussée de la gauche en observant ses résultats dans des villes comme Bourges, Quimper, Epinal ou Sélestat.

Plus grave : qui sait qu'auront lieu dimanche des élections cantonales? Un tiers des Français sont pourtant concernés. Notamment dans le canton de Remiremont.

Le président du Sénat Christian Poncelet a choisi de solliciter le renouvellement de son mandat de conseiller général. Né en 1928, parlementaire depuis 1962, il restera sénateur jusqu'en 2014 quoi qu'il en soit. Son objectif est donc de quitter l'Assemblée départementale vosgienne et la Chambre haute en même temps.

Il y avait assurément un boulevard pour le Parti socialiste, pour le MoDem et plus encore pour un candidat de droite bien implanté. Au lieu de cela...

François Vannson, député de la 3e circonscription, qui vit à Remiremont, s'est défilé, malgré le contentieux qui l'oppose à Christian Poncelet.

La candidate socialiste aux dernières législatives, Jacqueline Bedez-Stouvenel, aurait pu (et dû) s'y risquer, quoique conseillère régionale. Maire de Raon-aux-Bois (dans le canton de Remiremont), elle a préféré s'effacer derrière un candidat sans expérience de 20 ans.

Gérard Michel, ancien candidat du MoDem aux élections législatives dans la 3e circonscription, est lui aussi élu (d'opposition) à Raon-aux-Bois. Il n'a pourtant pas déposé sa candidature pour les élections cantonales : il se confirme que le MoDem, qui se présente comme un mouvement neuf et audacieux, se garde d'ennuyer Christian Poncelet. De là à penser que le président du Sénat s'accommode très bien de la candidature de Mme Mercier (président du MoDem-Vosges) contre son faux ami Michel Heinrich, maire d'Epinal, il n'y a qu'un pas...

Tout se passe donc comme si le charmeur de serpents Poncelet devait encore remporter la mise.

Les Vosgiens souhaitent-ils avoir un octogénaire pour Président du Conseil général? C'est une autre question!

lundi, février 4 2008

Des falaises de marbre aux monts vosgiens...

Ernst Jünger figure au nombre de ces écrivains qu'on croit connaître avant d'avoir pris la peine de les lire. Réduite aux seuls "Orages d'acier", son oeuvre est fréquemment ramenée à une forme d'esthétisation de la violence. Bien germanique, jugera-t-on.

La mort de Julien Gracq -au moment où je relisais Le rivage des Syrtes- a attiré l'attention sur sa vie, moins sur ses goûts. Le faux ermite de Saint-Florent-le-Vieil -ville dont Hervé de Charette est l'élu- ne se reconnaissait guère de fraternité qu'avec Jünger le réprouvé. Le souci de mieux comprendre Gracq me poussa donc "sur les falaises de marbre".

Délaissons l'arrière-plan historique d'un livre qui fut publié avant que la barbarie nazie ne fonde sur la France. L'oeuvre délivre pourtant des sentences admirables sur l'inconséquence de ceux qui, en temps troublés, voient dans le crime une preuve de force, donc de salut. Une seule suffira : "que faire, si les faibles méconnaissent la loi, et dans leur aveuglement tirent les verrous qui n'étaient poussés que pour les protéger?". Tout est là.

"Auf den Marmorklippen" bénéficie d'une superbe traduction en français, oeuvre du poète Henri Thomas. Aux non-initiés, j'apprendrai que cet auteur secret vit le jour dans les Vosges. Un musée porte du reste son nom dans la bonne ville de Bruyères -où l'auteur de ces lignes effectua une partie de sa scolarité-. La circonstance n'apparaît pas fortuite.

La sylve sombre et dont on craint qu'elle ne descende à la fin sur les hommes pour les happer... Le goût de la lumière, des pierres blanches et du vin (la France ou même, pour un Vosgien, l'Alsace) que contrarie la fascination pour la sauvagerie ou les brumes prêtées à une Europe plus septentrionale... Le livre a trouvé en moi des harmoniques à la fois familières et dérangeantes.

Certains paysages m'en ont paru diablement "connus", jusqu'à évoquer d'antiques cauchemars, de ceux qui absorbaient l'âme aux heures des fièvres puèriles. Köppels-Bleek -le nom fait assez bibeloterie de l'horreur, reconnaissons-le-, n'était-ce pas une clairière bien connue, autant par le songe qu'à la faveur de promenades familiales?

Le livre fournit assez d'images obsédantes pour une saison. Ce sanglot étouffé qu'on entend au coeur des batailles, et où se devine la certitude d'un anéantissement (p. 145, dans l'édition Imaginaire-Gallimard)! Cet enfant qui bat la timbale du bois de sa cuiller pour appeler les vipères à un festin pacifique (p. 19)! Les merveilles du végétal comparées à des "cadrans où toujours on peut lire l'heure exacte" (p. 71)!

L'ensemble brille par son ambiguïté-impardonnable aux yeux des cuistres-. On excuse trop les fautes d'une crapule mondaine comme Drieu la Rochelle, tout d'une pièce pourtant dans son adhésion au fascisme. L'entre-deux de Jünger est moins lâche, paradoxalement ; même si nous pouvons ne pas adhérer à cette résistance à laquelle invite l'ouvrage : une insurrection douce, résolue, définitivement spirituelle.

samedi, septembre 29 2007

Gourmand, trop gourmand

Chacun ses marottes : ce billet enfourche derechef le cheval institutionnel. Vous vous lasserez peut-être de ce goût-là, et de ne pas lire sur le blog plus de considérations sur la Birmanie, le Grenelle de l'environnement ou la réforme des régimes spéciaux (en vrac). Le cas échéant, mille excuses aux esprits moins obsessionnels que le mien ou, soyons cruels, plus immodestes encore.

Un entrefilet paru dans "Le Monde" daté d'avant-hier avait le don de stupéfier : Jean-François Copé, ci-devant maire de Meaux et président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, qui émerge à peine de cinq années dans les palais ministériels, aurait été recruté par le cabinet d'affaires "Gide Loyrette Nouel" pour une activité de consultant ponctuel.

Mettons de côté l'aspect "incarné" de cette information. Oui, Jean-François Copé tient le rôle de la parfaite tête à claques pour l'opposition depuis plusieurs années. Bosseur mais arrogant, discourtois et péremptoire, Jean-François Copé s'est appliqué à poser en chef de meute depuis juin 2007.

Il est pourtant une contradiction entre les nécessités de la carrière personnelle de M. Copé et l'intérêt du groupe majoritaire : le maire de Meaux, que le président de la République apprécie peu, cherche à se faire bien voir de l'Elysée pour retrouver un maroquin ; les élus UMP doivent au contraire réinventer le rôle d'une majorité dans le cadre s'une république "sur-présidentialisée". Adepte de la férule plus que de la carotte pour faire avancer le groupe dans un sens purement gouvernemental, l'ancien ministre du budget n'était pas un bon choix pour ce poste, qui exige doigté, connaissance et respect de la fonction parlementaire. Un garde-chiourme y réussira moins bien qu'un diplomate : nous n'irons pas plus loin, réservant tout jugement développé sur l'action de M. Copé à une date ultérieure.

Dans l'absolu, la révélation du "Monde" soulève deux problèmes : celui du cumul des mandats, et plus largement de l'opportunité du cumul entre activité professionnelle et fonction parlementaire ; celui de l'éthique en politique.

Lors du colloque sur les institutions organisé il y a peu par le Nouveau Centre et les réformateurs de l'UMP, Gérard Longuet et Hervé Morin étaient tombés d'accord pour préconiser l'interdiction du cumul entre un exécutif local et un mandat de député. A l'heure actuelle, un député "vertueux", qui refuse l'exercice de tout autre mandat, se place en situation difficile face aux élus locaux qui guignent son siège ou même aux parachutés soutenus par ces élus locaux : en témoignent les sueurs froides d'Arnaud Montebourg en Saône-et-Loire lors des dernières législatives. Pour compenser cet absence de mandat local, le député roublard aura tendance, en l'état présent des choses, à se muer en élu local (bis), bureau des pleurs et des réclamations plus que faiseur de lois : songeons à certain député de la 3e circonscription des Vosges...

Notre opinion est faite depuis longtemps sur ce sujet. La mère des réformes en matière d'institutions, c'est l'interdiction du cumul des mandats pour les députés. En ce sens, nous blâmons M. Copé, député-maire de Meaux, sans oublier que la mécanique élective contemporaine le contraint à la collection de casquettes.

Etait-il bien nécessaire d'en coiffer une aux couleurs d'un prestigieux cabinet d'affaires?

Ecoutons M. Copé : il justifie sa décision par le souci de rester en contact avec "la réalité". Comme si le quotidien des avocats d'affaires avait à voir avec les tracas de Mme Michu... Plus prosaïquement, on peut envisager que l'embauche de M. Copé ne soit pas étrangère, pour ce qui le concerne, à des préoccupations pécuniaires et familiales. Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale pourrait cependant interpeler l'opinion sur la nécessité de revaloriser le traitement des députés. Ce serait prendre un risque politique. Alors qu'en apposant discrètement sa signature au bas d'un contrat, dans l'atmosphère ouatée d'un siège parisien...

N'oublions pas de surcroît qu'en sa qualité d'ancien ministre du Budget, M. Copé a pu rencontrer, il y a six mois, les intérêts de certains des clients du cabinet pour lequel il va travailler, ce qui pose un problème de moralité publique. Le problème n'est pas neuf : après tout, M. Edmond Alphandéry, ancien ministre de l'Economie, est devenu peu après PDG d'EDF, mais il s'agissait alors d'une entreprise publique. Le choix de M. Copé évoque plus volontiers le destin du chancelier Schröder -toutes proportions gardées-.

On objectera que l'exercice en parallèle d'une activité professionnelle permet aux députés de s'assurer, en cas de défaite, d'échapper à l'ANPE. En 1993, au moment de la déroute socialiste, beaucoup d'anciens parlementaires se retrouvèrent au contraire le bec dans l'eau, faute d'avoir préparé un plan "défaite". Et d'aborder ici la question du statut de l'élu, serpent de mer s'il en est.

Une option raisonnable consisterait à prévoir que les député battus intègrent un corps de l'Inspection de l'administration (inspection du travail, de l'éducation nationale, des prisons, ...) pour une durée de 5 ans : je soumets cette hypothèse à la sagacité de mes lecteurs.

Quant à M. Copé, nous souhaitons que les négociations qu'il aura à connaître chez "Gide, ..." lui apprennent la souplesse et le respect de l'adversaire. Ou comment passer de l'indignation au voeu pieux...

samedi, septembre 8 2007

Des céréales allochtones en général, et du maïs en particulier

Le match ouvert entre les intérêts économiques locaux et les préoccupations écologiques est clos, à entendre les déclarations vertueuses du Président de la République, de Jean-Louis Borloo et de Michel Barnier.

On note en effet que la responsabilité écologique et sociale des entreprises intègre les discours des dirigeants patronaux. Depuis plusieurs années, des initiatives ont été prises afin de regrouper des acteurs du monde de l’entreprise « durable » : le souci de l’avenir à long et moyen terme ne signifie pas la faillite à court terme. Nous citerons ici l’association « Entreprendre Vert », présidée par notre amie Andrée Buchmann, conseillère régionale d’Alsace (http://www.entreprendrevert.org).

Ces perspectives « rassembleuses » ne font pas oublier qu’à l’heure du choix en matière de réglementation ou de législation, la main de l’Etat tremble trop souvent devant les lobbies. Cette observation vaut tout particulièrement pour le ministère de l’Agriculture. Prenons un exemple concret : la culture du maïs.

A ceux de mes lecteurs dont les notions céréalières pèchent par minceur, je précise que le grain d’or ramené d’Amérique a tendance à appauvrir les sols, et surtout à les raviner. La rotation des cultures d’une année sur l’autre permet rarement de réparer les dégâts causés par le maïs : champs sillonnés de multiples petites crevasses et asséchés.

Je ne sache pas que les Européens consomment directement beaucoup de maïs ; sans doute cette céréale fournit-elle la matière à maints extraits mystérieux qui entrent dans la composition de produits alimentaires préparés. Ce sont ces usages-là qui expliquent la multiplication des champs plantés de maïs dans le secteur des Vosges dont je suis originaire (cantons de Bruyères et de Remiremont).

Voilà une céréale peu chère à la semence, qui rapporte bien et demande peu d’entretien. Sauf que… Les ravines dans une terre appauvrie ne facilitent pas l’absorption de l’eau par le sol, mais plutôt sa stagnation en surface, ou au contraire son écoulement trop rapide vers l’aval, avec les risques que cela suppose en périodes de crue des rivières.

Mon intention n’est pas de proposer un retour aux bonnes vieilles cultures d’autrefois, style choux-orge-avoine, d’autant que cet article se nourrit de la seule observation d’un phénomène qui peut n’être que localisé. Il ne semble pas déraisonnable cependant de conseiller au ministère de l’Agriculture de poursuivre sa mue et de se détacher du productivisme, pour réglementer au plus près des réalités physiques de la France. En l’espèce, cela signifie que la culture du maïs devrait cesser d’être encouragée aveuglément.

Nous ne sommes pas les propriétaires, ni même les légataires d’un espace naturel, mais ses usagers, parmi des milliards d’autres : c’est ce principe qui devrait inspirer notre agriculture, au moins autant que les intérêts des grands groupes agroalimentaires.

samedi, août 18 2007

Pauvre justice

Niché entre deux monts vosgiens, on pourrait goûter le calme des lieux, se repaître de verdure. Ce sont clichés de citadins. Ils présument l'intangibilité de paysages qui changent vite, le silence d'une nature plus frénétique que paisible. L'esprit ne trouve pas de quiétude dans l'isolement : plutôt l'ardeur. Et la rumeur du monde charrie son lot d'indignations.

La Liberté de l'Est de ce samedi 18 août publie un éditorial de Gilles Varin. Je ne connais pas cette plume. Le titre en question a perdu de son originalité depuis son rachat, quoique ses colonnes offrent les informations les plus précises sur mon département de coeur. Ce matin 18 août, M. Varin commente pour des milliers de châsses un fait divers douloureux : l'enlèvement et le viol du petit Enis Kocakurt par un pédophile récidiviste. L'indignation est de rigueur, qu'on partage avec l'éditorialiste vosgien.

Le coeur de l'article laisse songeur cependant. Etait-il bien nécessaire d'écrire ceci : "ce qu'il faut, c'est les empêcher de nuire, coûte que coûte", au sujet des délinquants sexuels? Et de poursuivre : "Lundi, Nicolas Sarkozy a convoqué une réunion inter-ministérielle (sic). On espère, là, qu'une solution sera trouvée. Radicale. C'est la vie de nos enfants qui est en jeu".

Au passage, M. Varin croit utile de minimiser les propos du président de l'Union syndicale des magistrats. M. Bruno Thouzellier a pointé le manque de moyens pour expliquer que des pédophiles récidivistes puissent ne pas recevoir l'encadrement nécessaire à leur sortie de prison. Sans vouloir faire la leçon à M. Vautrin, sans lui contester sa carte de presse, on peut se demander si le devoir d'un journaliste, a fortiori régional, est de hurler avec les loups. Il répliquera que les propriétaires de journaux poussent à la démagogie, garantie de tirage. La banalité indignée ne choque personne. Fait-elle vendre cependant?

Garantir les libertés publiques et la sécurité des citoyens : tels sont les objectifs de l'institution judiciaire. Les maniaques de la matraque et de la répression voudraient nous faire croire que l'un et l'autre ne peuvent être conciliés.

M. Varin propose qu'une liste des pédophiles soit consultable par tous sur internet. Une telle disponibilité de l'information eût-elle évité au jeune Enis de vivre un calvaire? Sans doute pas. En revanche, elle aurait garanti à l'affreux coupable la réprobation de voisins, les crachats sur la voiture, voire pire, avant même la récidive. Livrer un homme à l'opprobre public ne constitue pas une garantie de sécurité en soi. La société américaine est-elle moins violente que la nôtre, qui publie sur la toile les profils des pédophiles de chaque état? Que M. Varin se le demande...

A chaque incident qui touche sa profession, un fonctionnaire répliquera par le manque de moyens. Le danger tient à la banalisation du propos : à tel qui crie au feu chaque matin, il est tentant de répondre par l'incrédulité, l'asphyxie menacerait-elle... En l'espèce, le président de l'Union syndicale des magistrats avait pourtant identifié l'origine du problème. Oui, la France devrait avoir honte de sa justice. Les lois sont votées, qui garantissent le suivi des délinquants sexuels : il y manque simplement les moyens (financement d'un encadrement médical, psychologique, ...).

Le gouvernement Villepin a su effectuer un effort louable en faveur de la justice française, que devrait poursuivre le pouvoir actuel. Mais disons-le tout net : en suivant la pente de la seule émotion, on légifère mal. Après le fiasco d'Outreau, chacun penchait pour une meilleure garantie des libertés publiques ; aujourd'hui, il faudrait au contraire les restreindre. Augmenter le nombre des juges permettrait de garantir la collégialité des décisions de justice les plus lourdes, voire de l'instruction. Augmenter le budget de la justice autoriserait un suivi amélioré des délinquants sexuels.

La quiétude estivale n'autorise pas les raccourcis, M. Varin. Et votre légitime indignation, exprimée en termes insatisfaisants, ne suffira pas à endiguer la marée du mal.

mercredi, août 8 2007

Perspectives vosgiennes

Beaucoup s'en désolent mais je m'en réjouis : l'été prend un charme automnal ces jours-ci. Les congés s'écoulent dans la maison familiale en compagnie du silence ou d'un gazouillis pluvieux. Quelles perspectives? Lire Balzac et voir le dernier Chabrol. S'atteler par goût à de menues tâches historiques. Et rompre la monotonie des jours par quelques conjectures électorales...

L'année 2008 ne sera pas blanche pour les assesseurs vosgiens. Comme ailleurs, les élections municipales concentreront l'attention citoyenne, à Saint-Dié en particulier. Les mauvais résultats de Christian Pierret aux législatives y ont en effet lâché la bonde aux ambitions.

Plus décisives nous apparaissent cependant les cantonales. On se souvient que le dernier renouvellement du Conseil général, en 2004, avait donné lieu à une offensive un peu brouillonne de Christian Pierret contre la citadelle Poncelet. Pas un cheveu du président du Sénat ne s'en était trouvé dérangé, sauf peut-être dans le canton du Thillot, où son protégé Dominique Peduzzi avait mordu la poussière.

L'année prochaine, les regards se braqueront sur le canton de Remiremont, dont Christian Poncelet est l'élu depuis 1963 sans discontinuer. Après 45 ans de mandat, dont 32 comme président du Conseil général, l'artiste entendra-t-il l'appel des coulisses? Rien n'est moins sûr.

Christian Poncelet est aujourd'hui le plus "capé" des parlementaires, puisque son premier mandat national remonte à 1962, date à laquelle il entrait au Palais-Bourbon. Si Dieu le veut, il exercera son mandat de sénateur jusqu'à 2014, année de ses 86 ans.

Sans sombrer dans le jeunisme, on pourrait rappeler qu'une proposition de loi fut formulée jadis, qui visait à fixer à 70 ans l'âge maximal de tout candidat au Parlement. L'abbé Hervé Laudrin (dernier ecclésiastique à siéger à l'Assemblée), François Grussenmeyer et François Missoffe (le père de Mme de Panafieu) la déposèrent sur le bureau de l'Assemblée le 5 novembre 1970 ! Je pense pour ma part qu'un texte précisant que tout titulaire de mandat serait présumé démissionnaire à l'âge de 80 ans ne nuirait pas à l'exercice du suffrage universel. Les évêques quittent leur charge d'âmes à 75 ans...

Quelle que soit la décision d'un homme qui fit beaucoup pour les Vosges, par des voies également rectilignes ou tortueuses, il devrait y avoir du sport à Remiremont en 2008.

Une candidature du député François Vannson, brouillé avec Poncelet, n'est pas à exclure : le parlementaire, autrefois thillotin, réside désormais dans la cité des Chanoinesses. On voit d'ici le tableau : un duel non fratricide, mais patricide ou infanticide, c'est selon. Les socialistes se savent mal placés dans ce secteur, où leur dernier succès remonte à la Libération, avec le directeur d'école Maurice Poirot, conseiller général de 1945 à 1951. Qui présenteront-ils? La conseillère régionale et maire de Raon-aux-Bois Jacqueline Bédez-Stouvenel apparaît handicapée par la médiocrité de son résultat législatif.

Il serait sage que Christian Poncelet renonce à briguer un nouveau mandat à 80 ans révolus. Qu'il se rappelle Jean Vilmain, déboulonné de la présidence du conseil général à 76 ans pour cause d'échec à Rambervillers, après 31 ans de mandat...

L'ennui est que Christian Poncelet n'a pas vraiment préparé sa succession.

Le député Jean-Jacques Gauthier, député de la "Plaine" et conseiller général de Vittel depuis avril 2007, connaît encore mal les travées départementales. Raymond Dégémard (Châtel-sur-Moselle) ou Michel Langlois (Bruyères) ne seraient que des papes de transition : pas sûr qu'ils en aient envie. Quant à Philippe Faivre, il s'est fâché avec Christian Poncelet en se portant candidat aux sénatoriales de 2004.

On en vient à envisager un succès possible de Jackie Pierre (Xertigny), sénateur depuis 2004 et conseiller général depuis 1985. C'est peu dire que cette perspective n'enchante guère les journalistes, qui jugent l'homme sous-dimensionné pour cette fonction. La règle pourrait néanmoins jouer en sa faveur, qui veut qu'en politique le meilleur des amateurs ne vale pas le plus mauvais des professionnels.

Affaire à suivre...

vendredi, juillet 13 2007

Epinal et Lampedusa

Le président Sarkozy aime les symboles, c'est entendu.

Sa dilection pour les "signes" larmoyants -la lettre de Guy Môquet- ou sacrificiels -le plateau des Glières- dit beaucoup de la hiérarchie contemporaine des valeurs. Ce qui émeut aujourd'hui, ce qui fait vibrer l'âme, c'est la victime de 17 ans qui écrit à sa mère avec les mots de l'enfance ; ou l'héroïsme trop sublime pour être victorieux du réduit, de la phalange résistant aux divisions ennemies. On pourrait préférer une lettre de Mandel ou de Brossolette à celle de Guy Môquet ; un hommage à la 1ere D.B. plutôt qu'aux hommes des Glières. N'importe! L'essentiel était peut-être, dans les deux cas, de choisir des artefacts "médiatisables" : l'adolescent fusillé, le plateau isolé et désolé. On en reparlera.

Dans un autre registre, Nicolas Sarkozy a souhaité établir hier une continuité symbolique entre l'homme du 18 juin et sa personne. Le choix d'Epinal pour un discours sur les institutions apparaît judicieux. Bayeux eût été trop ambitieux, de Gaulle y ayant présenté un véritable projet institutionnel, le 16 juin 1946. Epinal, le 29 septembre 1946, évoquait moins de choses au pékin moyen, ce qui permettait à Sarkozy de pousser discrètement à la comparaison sans indigner personne.

Les fâcheux remarqueront cependant que de Gaulle avait quitté le pouvoir depuis 8 mois lorsqu'il exprima dans les Vosges, quand Sarkozy vient à peine de dérober le feu sacré. En outre, de Gaulle avait alors pour adversaire le "régime des partis", soit la constitution que les Français devaient pourtant adopter, de guerre lasse et à une faible majorité, quelques jours plus tard. Nicolas Sarkozy, dont la pensée s'articule toujours autour du balancement ami/ennemi, n'a pas manqué de reprendre les philippiques gaulliennes contre le "régime d'assemblée".

Gageons que les applaudissements spinaliens furent moins nourris à cette évocation hier qu'autrefois : ces attaques sonnent creux en 2007. L'idée que les Français se font de la République n'est plus marquée par l'hypothèque parlementaire. Et nul ne songe à revenir aux errements de la IVe République.

Qu'a annoncé le président de la République dans son discours? Rien de bien neuf. Il a joué sur des scies musicales de sa campagne passée : "un Etat impartial", une "république irréprochable", se contentant d'en donner des exemples timides.

De propos de haute volée sur ses vues institutionneles, point. Le débat entre régime parlementaire et présidentiel est-il définitivement tranché? Sauf à considérer que l'élection présidentielle constituait un référendum déguisé sur la taille du costume présidentiel, on répondra par la négative. L'ennui, c'est que le président Sarkozy donne pour beaucoup dans le cosmétique, même quand il s'agit d'entrer dans les détails.

L'intendance de la réforme institutionnelle sera, nous dit-on, confiée à une commission de spécialistes, présidée par Edouard Balladur. La probable participation de Jean-Louis Bourlanges nous est un motif de satisfaction. Mais c'est le seul.

La procédure choisie évoque ces "comités de sages" dont l'époque est friande, comme pour la loi sur la laïcité : la formule ne m'apparaît pas satisfaisante en l'espèce. Pourquoi ne pas avoir réservé le soin de réformer la Constitution à la Commission des Lois du Palais-Bourbon, quitte à lui adjoindre un comité d'experts? Pourquoi avoir réservé au président de la République le soin de choisir les membres du comité ad hoc? Pourquoi cette option en faveur de la "technicité" de la réforme, sinon pour éviter un réel dialogue avec l'opposition en tant que force organisée?

En 1958, la fusée constitutionnelle avait trois étages : un groupe d'experts, essentiellement issus du Conseil d'Etat, et présidé par le garde des Sceaux Michel Debré, devait "mettre en musique" les choix exprimés par un comité interministériel ; au sein de ce dernier figuraient notamment trois ministres d'Etat, issus de formations non "gaullistes" (Guy Mollet pour la SFIO, Pierre Pflimlin pour le MRP, Louis Jacquinot pour les Indépendants). Enfin, le projet était amendé par un Comité consultatif constitutionnel présidé par Paul Reynaud et composé essentiellement de parlementaires.

Il ne s'agit cette fois que de réformer : on aurait certes pu supprimer un étage de la fusée, et imaginer un comité "politique" de la réforme des institutions (soit la commission des Lois, soit un groupe composé des principaux leaders des formations politiques), secondé par un groupe d'experts et de sages. La solution retenue a pour inconvénient d'évacuer pour partie l'aspect politique de la réforme.

Sur le fond, les interrogations sur la feuille de route institutionnelle subsistent, que le propos présidentiel a éludées.

Les nominations à la tête d'entreprises publiques, d'organismes indépendants ou de directions de l'administration centrale? Elles pourront être soumises à l'examen des commissions qualifiées du Parlement, sans que l'idée d'un veto des intéressées soit désormais évoquée. C'est pourtant le prix à payer pour dissiper les soupçons de copinage.

ll faudrait peut-être même aller plus loin. Qu'est-ce qu'un régime présidentiel? C'est un système dans lequel la séparation des pouvoirs est "rigide" et où les possibilités de dialogue entre exécutif et législatif sont très encadrées.

Si Nicolas Sarkozy veut disposer des mêmes pouvoirs qu'un George Bush, nous disons : chiche!

Mais que les ministres, une fois nommés, puissent être entendus par les commissions parlementaires compétentes pour être confirmés. Je rappelle que c'est cette procédure d'avis qui a été retenue pour la nomination des membres de la commission européenne. En l'espèce, il serait superflu de donner aux commissions parlementaires une faculté suspensive, la contrainte de l'opinion publique, plus forte qu'en matière d'entreprises publiques, interdisant de maintenir en poste un ministre rejeté par une commission parlementaire (voir l'affaire Buttiglione). L'encadrement de cette procédure d'audition devrait être stricte, mais elle représenterait une réelle avancée et une forme de rééquilibrage des pouvoirs républicains. Est-ce bien le chemin sur lequel nous engage Nicolas Sarkozy?

Que le président puisse s'exprimer une fois par an devant l'Assemblée ou le Sénat, voire plus, soit. Mais il conviendrait dans ce cas de restreindre le droit de dissolution. Pour une raison simple : si le chef unique (de facto) de l'exécutif n'est pas responsable devant le Parlement, il serait paradoxal de maintenir une manière de responsabilité de l'Assemblée nationale devant l'Elysée!

Le chef de l'Etat est aujourd'hui contraint, avant d'user de la dissolution, de consulter les présidents des deux assemblées. Pour rétablir un juste rapport des forces, il serait bon d'accorder au président du Sénat, au président du Conseil constitutionnel ou au Vice-président du Conseil d'Etat, un droit de veto quant à l'usage de la dissolution, réservé aux crises très graves. Est-ce bien le chemin sur lequel nous engage Nicolas Sarkozy?

On ne reviendra pas sur l'interdiction du cumul des mandats à l'Assemblée nationale, condition indispensable de la revalorisation du Parlement. Est-ce bien cependant le chemin sur lequel nous engage Nicolas Sarkozy?

Sans même évoquer la question de la maîtrise de l'ordre du jour, les discussions au sein du "comité des sages" risquent d'achopper sur une question de loi électorale.

Le président Sarkozy n'évoque plus la proportionnelle que pour le Sénat désormais, comme s'il ignorait que ce mode de scrutin, au suffrage universel indirect certes, prévaut déjà pour les départements comptant plus de 3 sénateurs.

Or, la question reste posée, d'abord, de la constitutionnalité d'une réforme qui créerait un double mode d'élection pour les membres d'une même Assemblée. S'il s'agit du Sénat, l'interrogation pourrait prendre un tour périlleux : comment concevoir que cohabitent, dans un hémicycle, des hommes élus au suffrage universel direct (soit à la proportionnelle, selon les projets sarkozyens) et une majorité désignée par de grands électeurs? Ce serait ubuesque.

La vraie réforme consisterait à introduire une dose de proportionnelle à l'Assemblée (environ 1/3 des députés). Cette décision conduirait à accélérer le redécoupage des circonscriptions. 2/3 des députés seraient désormais élus au scrutin majoritaire d'arrondissement à un tour, pour dégager des majorités stables et éviter aux Français d'avoir à revoter, tandis qu'un tiers serait désigné au scrutin de liste proportionnel à un tour, dans le cadre régional et non départemental. Est-ce bien le chemin sur lequel nous engage Nicolas Sarkozy?

Quid d'une réforme du Conseil constitutionnel? Le sujet n'a pas même été abordé par le Président de la République! Quid de l'encadrement, voire de la suppression de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution?

Les Français espèrent une grande réforme des institutions, qui préserve l'essentiel de la Ve République (la préminence présidentielle et la stabilité gouvernementale) en limitant les risques de sur-concentration des pouvoirs.

A l'heure actuelle, disons-le tout net : le compte n'y est pas.

A Epinal, Nicolas Sarkozy a déçu, semblant entonner un air bien connu, sur des paroles de Lampedusa -l'auteur du "Guépard"- : "il faut que tout change pour que rien ne change".

mardi, juin 26 2007

La France de l'Est dans l'imaginaire national

Lundi 11 juin 2007, j’ai vu arriver le TGV en gare d’Epinal, et y ai pris place.

Qu’on me pardonne de parler de moi, mais voilà huit ans déjà que je suis un familier de la liaison Paris-Epinal dans les deux sens. Huit ans à effectuer ce trajet de 3h45. Encore faudrait-il y ajouter le temps mis pour rejoindre la gare de l’Est depuis mon domicile (10 minutes avant un déménagement courant février, 30 minutes depuis), et le trajet séparant Epinal de ma thébaïde vosgienne (soit 15-20 minutes). On comprend que l’aller-retour dans une journée, même en cas de circonstances dramatiques, me soit demeuré inenvisageable jusqu’à ce jour.

Inutile que nous songions ensemble aux heures gagnées, si la grande vitesse avait gagné l’Est en même temps que les littoraux...

Au reste, j’avoue que mon tempérament s’accommode mal des déplacements rapides, et répugne à passer d’un espace urbain à un milieu montagnard en trop peu de temps.

Qui dira le charme de ces derniers trains avant l’extinction des feux, départ de Nancy à 20h34, qui nous valaient des arrêts fréquents dans de petites gares éclairées d’orange, à Toul, Commercy, Bar-le-Duc, Vitry-le-François, Epernay, voire Château-Thierry ?

Chacun avait ses points de repère sur les trajets, ses paysages fétiches. J’évoquerai pour ma part la cuesta meusienne et son absence de réseau téléphonique, ainsi que Liverdun et son double visage si français : l’éperon rocheux qui abrite les prières et les drapeaux ; la ville basse industrieuse. Las! Le TGV évite désormais ces charmes-là.

La pente affective m’a mené assez loin de mon propos de départ : pourquoi le TGV Est est-il le dernier né des projets de ligne à grande vitesse ? Pourquoi a-t-on jugé plus urgent de faire circuler des TGV vers l’Ouest, le Nord et le Sud ?

Ecartons d’abord le prétexte technique. Je sais bien qu’il est, de Paris à Strasbourg, des obstacles naturels, des contreforts des Vosges à la Montagne de Reims. Chacun sait pourtant que la volonté fait des miracles, et que nous disposions déjà en 1997 de techniques permettant de rapprocher l’Est de Paris par le rail (TGV pendulaire).

L’identification d’un obstacle politique est apparemment plus utile. Le trop-plein d’élus de poids, désireux que le TGV arrive dans « leur » ville, plutôt que chez le voisin, a peut-être nui au pilotage du projet, ou du moins à la qualité des arbitrages. Les anciens (et l'actuel) ministres Chevènement (Belfort), Trautmann (Strasbourg), Bockel (Mulhouse), Rossinot (Nancy), Rausch (Metz), Longuet (Bar-le-Duc), les présidents Séguin (député d’Epinal jusqu’en 2002) et Poncelet ont souvent cherché à tirer la couverture à eux sans souci de concertation : beaucoup d’entre eux prennent d’ailleurs l’avion pour rejoindre leurs terres d’élection.

La principale raison du « retard » vivement ressenti par les Français de l’Est, me semble plus irrationnelle. Malgré une fréquentation très correcte, les lignes de l’Est de la France n’apparaissaient pas « porteuses » aux yeux de la SNCF et des décideurs nationaux. Question d’image.

La France de l’Est a pu fasciner, en des temps où les marches orientales tenaient lieu de rivage des Syrtes avant la lettre.

Les Vosges en particulier, que chacun croit découvrir en lisant Barrès. Las ! Le Carpinien n’aimait pas sa terre natale. Et je me suis laissé dire que Julien Gracq haïssait le relief si particulier du plateau lorrain, raison pour laquelle « Un Balcon en forêt » se situe dans les Ardennes. Evidemment, depuis la paix, tout effet de fascination a disparu : l’imaginaire national ne retenait plus de l’Est que des villes de garnison grises (Metz, Epinal), des hauts-fourneaux sinistres (la Moselle), des idiomes germanisants (Moselle, Alsace), une humidité intrusive et un froid perçant (les Vosges), sans parler du caractère besogneux et réfrigérant des populations. N’en jetez plus !

Les poncifs ont la peau dure : je me tue à expliquer à certains amis que la Lorraine fut longtemps une des régions les plus riches de France. Et que la douceur alsacienne n’a rien à envier à celle de l’Anjou, rimée par du Bellay.

Aux séductions faciles d’un Sud mythifié, à la fraîcheur supposée d’un Océan autrefois ignoré (Braudel), le charme âpre des Vosges a peu à "répliquer".

Nous ne voulons pas opposer telle ou telle partie du territoire, mais convaincre que l’imaginaire national devrait récupérer la France de l’Est sous une forme plus rieuse. Terres de patriotes (Poincaré, Louis Marin) et de grands Européens (Pierre Pflimlin, Robert Schuman), la France de l’Est est aussi celle des vignes touloises, des lacs vosgiens, de l’aérien gothique rhénan. Prions pour le TGV Est dynamite les lieux communs qui désobligent !

samedi, juin 16 2007

Prendre parti

Pour emporter l’eau sale de la politique, qui contamine toute pensée depuis plusieurs mois, rien de mieux que la littérature ancienne. A l’aune des mots aigus et brillants, des combats où chacun croit jouer l’avenir de sa cité sur un coup de main, l’esprit retrouve des préoccupations plus hautes peut-être que les résultats législatifs.

En l’espèce, mon choix s’est porté sur Thucydide, lecture fétiche, dit-on, de François Mitterrand. Dès le début de « La guerre du Péloponnèse », je me rendis à l’évidence : la passion partisane avait encore frappé. Ou plutôt, devais-je y voir une maladie française de l’engagement, qui s’oppose par exemple à un supposé tempérament helvétique ?

Le fait demeurait : mon cœur était spartiate, sans que le goût de la victoire finale y soit pour quelque chose

Une conversation conjugale m’apprit d’ailleurs que le clivage grec recoupait, sous mon toit, le politique : la gauche modérée plaidant pour les Athéniens, tandis que j’avouais –en bon électeur de centre-droit- mon goût pour Lacédémone.

J’y ai réfléchi depuis lors, en partant de cette constatation grossière que le choix de la puissance terrestre plutôt que de l’empire maritime portait un sens précis : des valeurs de conservation obscurément préférées à celles de l’échange, l’ordre spartiate l’emportant secrètement sur la démagogie de Cléon en mon cœur. Cette option avait une saveur d’audace, de révolte contre le prêchi-prêcha philo-athénien de notre école républicaine.

Feuilletant peu après les œuvres complètes de Maurice Barrès aux éditions Bouquins, j’y trouvai un texte consacré au « Voyage à Sparte » du Carpinien. Quelques lignes de la préface suffirent à me faire comprendre que mes sentiments, à la lecture de Thucydide, offraient un écho affaibli aux préférences de Barrès, lui qui s’ennuya d’Athènes, bailla au Panthéon, colline pourtant « inspirée », et céda au charme, râpeux comme un cilice, de Sparte. Dieu merci, mes rencontres avec Barrès s’arrêtent là pour l’instant, même si je sais le nationalisme du « rossignol des hécatombes » plus inclusif que celui de Maurras.

Et de m’interroger désormais sur cette habitude, contractée dans l’enfance, de combattre en pensée au côté d’un des belligérants, pour mieux saisir la trame du conflit et ses ressorts. Le travers ne m’en a jamais quitté.

L’année où je préparais l’agrégation d’histoire, je devins donc à la fois pro-Séleucide, car l’Orient hellénistique figurait alors au programme, et gibelin de cœur. Ma raison politique retrouvait ses droits en histoire moderne, où la Gironde exerçait une fascination attendue. Ajoutons que, lisant « Le rivage des Syrtes », j’identifiai le Farghestan à une principauté située en Asie centrale, idéalement moghole, et pour laquelle je pris d’avance parti, sans savoir que le charme de Gracq est tout dans sa manière de craquer l’allumette, en nous épargnant le spectacle de l’incendie.

La Séleucie, l’Empire romain germanique que soutenaient les Gibelins en Italie, le Farghestan : soit le goût des grands états, recouvrant comme un manteau troué mais splendide une vermine d’intérêts. Est-il besoin d’associer Rome à ces partis pris ? Chacun de ces empires, et nous retrouvons ici Sparte, se voulait puissance avant tout continentale, même s’il faudrait apporter certaines nuances à la marge.

La terre préférée à la mer, l’immobile (ou ce que nos sens perçoivent comme tel) au mouvant, le sillon à la ligne de fuite. On n’échappe pas à ses ancêtres : beaucoup des miens ne virent jamais de rivage autre que fluvial, au pied des Vosges. L’infini de l’onde les eût effrayé.

Un très beau roman d’Aharon Appelfeld, « L’amour, soudain » illustre la nécessité, pour vivre en paix, d’assumer en partie l’imaginaire et l’existence de ses parents. Prendre parti sur tout est un travers français ; le goût pour Sparte m’est venu en héritage. La terre m’émeut plus spontanément que le flot, Mycènes et sa solitude hautaine plus que le Cap Sounion et la lumière attique.

Même si, à cette heure, et à dire vrai, on se satisferait fort bien d’un été dans quelque cité de Grèce que ce soit…

lundi, juin 11 2007

La saveur des regrets

Les résultats du 1er tour des élections législatives sont désormais connus, qui confirment malheureusement nos prévisions les plus pessimistes pour le MoDem.

Cette jeune formation politique a réuni 7,61% des suffrages exprimés, soit le niveau d'étiage de la famille centriste en France, un résultat comparable au score de Bayrou en 2002. Retour à la case départ, pourrait-on dire. Pas tout à fait : il faudrait parler plutôt d'une situation inédite.

Nous avions écrit ici que l'électorat de François Bayrou le 22 avril 2007, dont nous étions, se composait pour une part de votants de rencontre : il ne pouvait être que malaisément retenu par la marque MoDem. Ceci s'est vérifié jusqu'à la caricature.

A Paris, où François Bayrou avait réalisé 20% des voix des voix dans la quasi-totalité des arrondissements, aucun candidat du MoDem n'est en situation de se maintenir au second tour. D'après nos calculs, même Marielle de Sarnez, qui réalise le meilleur résultat parisien dans la 11e circonscription (ouest du 14e arrondissement) avec 18,37% des exprimés, ne passerait pas la barre des 12,5% des inscrits (11,9% exactement), laissant à Mme Guedj et à M. Cochet le soin d'en découdre.

S'agissant des derniers Mohicans du MoDem, la tableau est déjà très sombre. Si on met de côté Jean-Christophe Lagarde, présent lors de la rencontre de François Fillon avec les députés de la majorité à l'Hôtel Matignon, François Bayrou apparaît comme le seul sortant certain, à moins d'une monstrueuse surprise, d'être réélu.

Qu'on en juge :

-Jean Lassalle, dans la 4e circonscription des Pyrénées atlantiques, a été devancé par le candidat UMP ; mais ses chances de réélection sont importantes, de l'ordre du 55/45 ;

-Anne-Marie Comparini, élue sortante de la 1ere circonscription du Rhône, est déjà éliminée ; elle n'a obtenu que 17,37% des exprimés, et nettement moins de 12,5% des inscrits ; l'UMP devrait emporter aisément ce siège ;

-Gilles Artigues, député sortant, est arrivé en 3e position dans sa circonscription (1ere de la Loire), ne rassemblant que 20,8% des exprimés ; il ne peut, lui non plus, se maintenir au 2e tour, la participation ayant été particulièrement faible dans l'agglomération stéphanoise.

Hormis -et de manière hypothétique- Jean-Marie Cavada, qui affronte Henri Plagnol dans le Val de Marne (ballotage très défavorable pour le député européen), le MoDem ne peut espérer gagner aucun siège le 17 juin. La conclusion tombera alors, lapidaire : le MoDem devrait ne compter que deux députés (élus du même département, les Pyrénées atlantiques), voire un seul (ce n'est pas exclu) au soir du second tour ; j'ai nommé François Bayrou.

Sur le plan parlementaire, en somme, soit un parti régional, soit le parti d'un seul homme. On a vu plus grande réussite.

A titre personnel, et ayant naturellement conservé au MoDem de solides amitiés, je tiens à saluer les résultats obtenus par quelques proches, ou simples connaissances.

Que Mario Stasi (1ere circonscription de Paris) ou Julianne Bir (3e circonscription de Moselle) soient félicités pour leurs excellents résultats.

Que Pascal Thomas, qui réalise le 2e meilleur résultat vosgien du MoDem (7,58%), dans la circonscription la plus rétive à François Bayrou le 22 avril 2007, soit rassuré quant à son avenir déodatien : il se paie le luxe de faire mieux que la moyenne nationale du centre dans un territoire en crise (délocalisations multiples) et peu favorable a priori au message du MoDem. Chapeau, l'artiste!

Enfin, je tiens à dire à Aziz Senni, sans doute très déçu par son résultat à Mantes-la-Jolie, qu'il a posé au cours de cette campagne des jalons pour l'avenir et que la politique est affaire de volonté et de persévérance. Je sais qu'Aziz en fera preuve.

Plusieurs députés du Nouveau centre ont été réélus ou élus hier. Mes plus vives félicitations vont à :

-Hervé Morin, dans la 3e circonscription de l'Eure ;

-Rudy Salles, dans la 3e circonscription des Alpes maritimes ;

-Charles de Courson, dans la 5e circonscription de la Marne ;

-Francis Hillmeyer, dans 6e circonscription du Haut-Rhin ;

-François Sauvadet, dans la 4e circonscription de la Côte d'Or ;

-Philippe Vigier, élu pour la première fois dans la 4e circonscription d'Eure-et-Loir, avec 57,1% des suffrages exprimés.

Ajoutons à cette liste Pierre-Christophe Baguet, ancien membre du groupe UDF à l'Assemblée nationale, réélu dans la 9e circonscription des Hauts de Seine, et Christian Blanc, apparenté UDF, réélu dans la 3e des Yvelines.

Dépassent les 40% des exprimés :

-Nicolas Perruchot, dans la 1ere circonscription du Loir-et-Cher ;

-François Rochebloine dans la 3e circonscription de la Loire ;

-André Santini dans la 10e des Hauts de Seine ;

-Jean Dionis du Séjour dans la 1ere du Lot-et-Garonne ;

-Jean-Christophe Lagarde dans la 5e de Seine Saint-Denis ;

-Jean-Pierre Abelin dans la 4e de la Vienne ;

-Yvan Lachaud dans la 1ere circonsciption du Gard ;

-Stéphane Demilly dans la 5e circonscription de la Somme ;

-Olivier Jardé dans la 2e circonscription de la Somme ;

-Michel Hunault dans la 6e circonscription de Loire-Atlantique.

Maurice Leroy -affaibli par un divers droite au 1er tour dans la 4e circonscription du Loir-et-Cher- et Philippe Folliot, dans la 3e circonscription du Tarn sont eux aussi, presque certains d'être réélus.

Le compte n'y est pas pour l'instant, puisque les noms cités ne représentent que 19 élus, soit un de moins qu'il n'est nécessaire pour former un groupe parlementaire. Il convient dès lors que des combats plus hasardeux, serrés ou difficiles soient emportés dans la 1ere circonscription de Vendée, par Jean-Luc Préel (triangulaire prévisible), dans les 2e et 3e circonscriptions du Calvados (Rodolphe Thomas et Claude Leteurtre), dans la 7e circonscription du Nord (Francis Vercamer), enfin dans la 2e circonscription de Haute-Savoie (Bernard Bosson).

L'essentiel tient à ceci : les électeurs ont donné les moyens à un centre utile mais libre d'exister. Je suis convaincu que, demain, nos amis du MoDem sauront tirer le bilan des embardées à gauche de François Bayrou, et reformer avec nous la grande famille de l'UDF.

vendredi, mai 25 2007

Adresse aux connaisseurs de la carte électorale (et aux autres)

La géographie électorale, discipline à la mode dans les années 50 sous la plume de François Goguel, a perdu beaucoup de son lustre à mesure que les analystes dissertaient sur la versatilité des électeurs.

On va nous répétant que le clivage droite/gauche serait obsolète -il n'est qu'heureusement brouillé-. Et les esprits forts de se désintéresser du vote Aschieri à Saint-Loup sur Semouse, de l'audience de Frédéric Nihous à Craponne sur Arzon. Avouons que l'électeur consumériste en l'espèce a bon dos, et flatte la condescendance presqu'antédiluvienne de Paris vis-à-vis du reste du pays.

Qui conserve avec soin les suppléments du Monde au lendemain des élections, et s'en imprègne, passe donc à bon compte pour une foudre de guerre politique.

J'ai souvent bénéficié de ce prestige-là, dans des soirées où les convives éclairés aiment à se décerner les prix d'une bravoure inutile. Au royaume des aveugles... Ainsi donc, je sais qu'il existe un canton de Montastruc-la-Conseillère et que le président Bourgès-Maunoury en fut naguère l'élu ; je ne confonds pas Vesoul, Vierzon, Vézelise et Vézelay.

Les compliments immérités ont ceci d'ennuyeux qu'ils vous touchent plus que les autres. Les meilleurs d'entre nous éprouvent cependant de l'angoisse à les recevoir, et s'efforcent après coup, avec force lectures, de s'en montrer digne.

A ceux-là, je voudrais conseiller un ouvrage récent, assez cher (39 euros), mais utile. De ces dictionnaires qu'on achète machinalement et dont l'absence plonge, quelques jours plus tard à peine, dans un désarroi abyssal. En l'espèce : "577 députés à élire. Dictionnaire des circonscriptions", des sieurs Patrick Lafarge et Brice Soccol ; le livre est édité par SG Presse et bénéficie d'une préface de l'écharpé Christophe Barbier.

La lecture de cet ouvrage complète utilement celle de la "Géopolitique de la France" dirigée par Yves Lacoste. Peu d'erreurs, et les coquilles sont rares.

Comme dans tout dictionnaire, un des plaisirs du lecteur consiste à identifier des lacunes.

On regrettera par exemple, s'agissant de la 2e circonscription des Vosges (p. 645-646), que les auteurs ne mentionnent pas "l'épisode Aquilino Morelle" s'agissant des législatives de 2002 -les initiés saisiront-.

Ou encore que le nom de la candidate des Verts dans 3e circonscription du Bas-Rhin soit tu, alors qu'il s'agit de Mme Andrée Buchmann, une des fondatrices des Verts. MM. Lafarge et Soccol indiquent pourtant que la candidate du PS y devra batailler face aux écologistes.

Pour le reste, à vos librairies, et bonne lecture!

mardi, mai 15 2007

Candidat nomade ou candidat mystère?

Les instances nationales du Mouvement démocrate ont attendu jusqu'au jeudi 10 mai 2007 pour délivrer les investitures aux candidats aux législatives. Ce retard est un désavantage, alors que l'UMP et le PS ne font actuellement que procéder à quelques ajustements, l'essentiel de leurs perspectives ayant été précisé fin 2006.

Dans les Vosges, Nathalie Mercier représentera le MD dans la 1ere circonscription (Epinal), Pascal Thomas dans la 2e (Saint-Dié) et Maryse Ohnenstetter dans la 4e (Neufchâteau).

Chacun aura compris que je n'envisage pas d'adhérer au MD en l'état actuel des choses, mais je me réjouis tout particulièrement que Mme Ohnenstetter et M. Thomas puissent être candidats. Il s'agit de deux élus de très grande qualité, qui ont su rester à l'écart des imprudentes embardées vers la gauche de certains autres cadres de l'UDF-88.

Une incertitude complète semble toujours planer sur le nom du candidat démocrate dans la 3e circonscription (Remiremont-Gérardmer). Cette discrétion surprend d'autant plus que François Bayrou a réalisé son meilleur résultat vosgien dans ce secteur, avec plus de 18%.

A ceux de mes lecteurs qui l'auraient ignoré, je précise qu'il avait été envisagé que je sois candidat dans cette circonscription. Des raisons personnelles m'ont amené à y renoncer fin 2006, ainsi qu'un réel malaise quant au comportement de certains responsable locaux de l'UDF. Peut-être étais-je aussi trop jeune pour tenter l'expérience...

Depuis lors, l'hypothèse du parachutage d'un "gros poisson" centriste a pu être évoquée ici et là, notamment sur le blog "ami" -quoique socialiste- de Steve Bekaï. Jean-Marie Cavada, pourtant député européen, aurait imaginé servir de challenger au très implanté François Vannson : il est évident que la non-qualification de François Bayrou pour le second tour a, depuis, calmé les ardeurs de ce remarquable élu, Vosgien de coeur et de naissance.

On annonce désormais Jean-Marie Cavada à Paris, à Strasbourg, cependant que le mirage de sa candidature à Montpellier s'estompe.

Le Mouvement démocrate entendait faire de la politique autrement, mais ce nomadisme électoral de Cavada est une façon de renouer avec des pratiques politiques archaïques et méprisantes pour les électeurs, quelle que soit l'éminente qualité du pressenti.

Que Jean-Marie Cavada choisisse une fois pour toutes entre l'Est, le Sud et l'Ile de France! Il y va de son honneur en politique.

Quant à la 3e circonscription des Vosges, le mystère reste entier sur le candidat "démocrate" qui sortira du chapeau, s'il en est un. Espèrons que les combinaisons d'arrière-cuisine ne feront pas surgir quelque apparatchik nourri au biberon d'un centro-centrisme sectaire.

Si tel devait être le cas, je ne manquerais pas de faire connaître mon point de vue, quitte à redire mon désaccord avec un mouvement qui érige le flou en valeur politique.

dimanche, mai 6 2007

La victoire des Français

Première leçon de cette élection : partout en France, les électeurs ont montré une passion renouvelée pour la politique en se déplaçant aujourd'hui.

Les Vosges demeurent une exception, puisque 2159 suffrages y ont été perdus entre le 1er et le second tours. Signe que la consigne donnée par M. Le Pen a pu être suivie à la marge, dans un département victime d'une conjoncture économique difficile.

Second enseignement de ce vote : en choisissant de confier à Nicolas Sarkozy une part du destin de leur pays, les Français ont fait le choix du changement. Ségolène Royal proclamait que son élection serait "sans risque". Mais les entrepreneurs savent que la sécurité des choix débouche souvent sur l'immobilisme.

Je me sens d'autant plus conforté dans mon choix de voter pour Nicolas Sarkozy au second tour qu'il semble, d'après les sondeurs, que la majorité des électeurs de François Bayrou l'ait partagé.

Dans les Vosges, Nicolas Sarkozy l'emporte par 54,72% des voix. Un résultat net.

Oui, dans mon département natal, les électeurs centristes ont majoritairement choisi Nicolas Sarkozy. Mme Mercier -présidente de l'UDF-88- et M. Brousse, Délégué fédéral, n'ont absolument pas été suivis par ceux qui avaient opté pour François Bayrou.

La 3e circonscription, celle de Remiremont et Gérardmer, avait donné à François Bayrou ses meilleurs résultats au premier tour. Elle a accordé rien moins que 56,1% des suffrages à Nicolas Sarkozy dimanche 6 mai 2007, soit le résultat le plus large des quatre circonscriptions vosgiennes. Chacun sait qu'on n'est pas propriétaire de ses électeurs! A bon entendeur...

Saluons enfin la défaite historique de Christian Pierret dans la ville de Saint-Dié, dont il est le maire depuis 1989 : Nicolas Sarkozy y terrasse littéralement Ségolène Royal avec 53,61% des voix! Un résultat qui donne de l'espoir à l'opposition municipale, et à nos élus UDF à Saint-Dié, tout particulièrement Pascal Thomas.

Ce soir, Nicolas Sarkozy a dit son volonté d'ouvrir sa majorité, jusqu'à la gauche si besoin. Le président de la République a exprimé son respect pour Mme Royal. Par le ton, par la qualité du propos, le candidat hier excessif a montré qu'il avait entamé sa mue. Il est désormais le président de tous les Français.

Plutôt que de lever les lèvres en un mouvement de dédain, les responsables de l'UDF doivent écouter avec attention les propos du président de la République élu, et ne prendre position, pour la suite, qu'en considérant l'intérêt de la France.

J'espère que ce message sera entendu. Les Français ne comprendraient pas les centristes se retirent sur leur Aventin et jouent les Cassandres au lieu de saisir les moyens de changer la France, si d'aventure ils étaient réunis.

mardi, décembre 19 2006

Du féodalisme en politique (la décentralisation pervertie)

Le journal Libération a consacré, hier 18 décembre 2006, deux pages à un reportage sur "le système Philippe de Villiers" en Vendée.

La réalité décrite avait de quoi surprendre les naïfs : le vicomte, ancien ministre et énarque, règne véritablement sur ce département, dont il préside le Conseil général.

Sa domination n'est aucun cas menacée par l'UMP ou le PS. En effet, les élus récalcitrants, ou réticents face aux lubies de M. de Villiers, se verraient menacés financièrement (subventions), voire intimidés verbalement et harcelés, calomniés.

Ce système, fait de copinage, de réseaux de notabilités et d'amitiés de trente ans, empêche l'émergence de toute contestation, et transforme un département tout entier en fief où rien ne peut être décidé sans l'accord du "seigneur local".

Que Philippe de Villiers se rassure : son cas n'est pas isolé. Il peut dormir en paix, son autorité ne sera pas remise en cause. Il faudrait pour cela que des outils existent, qui permettent aux citoyens d'influer réellement sur la prise de décision publique. A ce titre, les jurys citoyens de Mme Royal apparaissent comme une piste intéressante au niveau local, car permettant d'évaluer l'action publique en dehors des échéances électorales.

Sans trop allonger la liste, les Vosges de M. Poncelet -parlementaire depuis 1962!- ou le Montpellier de M. Frêche (qui en a pourtant quitté la mairie en 2004) présentent le même visage que la Vendée de M. de Villiers.

Des entreprises bruyantes ou polluantes, mais dont personne n'ose mettre en cause la responsabilité, sous peine de s'attirer l'ire du "seigneur" local, car le patron concerné est un de ses "copains".

Des projets présentés comme écologiques, et pourtant jugés aberrants par les Verts, que tous les entrepreneurs du secteur critiquent, sans pouvoir s'exprimer publiquement. C'est que le potentat local leur aura interdit de le faire, sous peine de se voir brisés et privés de subventions!

Tels sont les symptômes de la tentation féodale qui gagnent certains élus locaux, cumulards le plus souvent.

Leur pouvoir ne rencontre aucun contre-pouvoir, et leur influence aucun démenti.

Les citoyens en ont assez du clientélisme qui assure des rentes électorales, des menaces face au moindre cheveu qui dépasse, des cumulards sans principe.

Ils veulent mettre fin au règne des copains et des coquins dans trop de nos collectivités locales.

Cela passe par une nouvelle loi sur le cumul des mandats, qui empêche d'effectuer plus de deux mandats successifs au même poste.

La démocratie est l'affaire de tous, dans les régions, départements et municipalités.

Sa confiscation au profit de quelques-uns doit cesser à Montpellier ou à La Roche sur Yon, pour que la grande majorité des élus locaux, exempts de ce reproche, puisse retrouver la confiance du peuple français.

David Valence

jeudi, septembre 28 2006

Eloyes et Arches : Les écologistes vent debout contre le projet d'usines utilisant la biomasse

Alarmé par les informations que m'avaient fournies des proches, j'avais voulu, après d'autres, dénoncer le projet de construction de deux centrales produisant de l'énergie à partir de la combusion de biomasse.

Ce projet présente en effet la particularité d'être envisagé au nom de l'écologie... et critiqué par les Vosgiens soucieux de protection de la nature.

Je tiens ici à saluer l'implication de Vosges Ecologie -une Association sise à Saint-Nabord- sur ce dossier : lors de l'enquête publique, ses membres avaient alerté les responsables publics sur l'absurdité du projet, il y a déjà plusieurs mois.

Leurs conclusions figurent sur internet (tapez Eloyes et biomasse, vous trouverez).

Plus récemment, Jean-François Fleck, Conseiller régional, élu des Vosges et membre des Verts, a tenu une réunion publique contre ces centrales. Retenu par ailleurs, je n'ai pu y assister, mais salue l'initiative : sur les dossiers qui engagent l'avenir des Vosgiens, il doit être possible de prendre position sans esprit de parti ou de "camp" stérile.

Je lance un appel aux utilisateurs de ce blog, afin qu'ils suggèrent des modes d'action contre ce projet : pétitions, alerte donnée dans la presse nationale, courriers à la Ministre de l'Ecologie, à des personnalités politiques nationales, ...

Il n'est pas possible que, sur ce dossier, l'intérêt de quelques-uns l'emporte sur celui des Vosgiens.

dimanche, septembre 10 2006

Loi sur l'apprentissage à 14 ans : le Conseil régional de Lorraine fait de l'obstruction

Une loi, même contestable, s'impose à tous. La gauche, en Lorraine, semble l'avoir oublié.

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mercredi, août 16 2006

Accueillir les gens du voyage : un casse-tête pour les maires

Faut-il réviser la loi Besson?

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lundi, août 7 2006

Bienvenue

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