Blog de David Valence

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Mot clé - Région Lorraine

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mercredi, décembre 12 2007

Ni école du crime, ni lieu d'humiliation

Les nouvelles règles pénitentiaires européennes imposent désormais de distinguer les prévenus et accusés des condamnés jusque dans la géographie carcérale. Plutôt que de prévoir des prisons spécifiques, l'administration française s'oriente lentement mais à raison vers des établissements où des quartiers distincts correspondraient aux deux types de détenus.

Comme nous l'apprenait "Le Monde" daté du 11 décembre 2007, la maison d'arrêt de Metz-Queuleu a été choisie comme site pilote pour cette évolution. L'occasion est donc donnée par la réglementation européenne de repenser les règles de l'environnement carcéral. Surpeuplées -situation que la politique judiciaire de Madame Dati ne saurait résoudre-, nos prisons sont trop souvent vécues comme des écoles du crime ou comme des lieux d'humiliation par ceux qui y vivent contraints et forcés.

On sait le sujet sensible, et la polémique nauséabonde sur ces détenus "qui ont la télévision et tout le confort". Contre une certaine doxa officielle, il est urgent d'affirmer que l'augmentation du nombre d'incarcérations ne représente pas une fin en soi, sauf à rêver des effarantes statistiques américaines.

Une limitation du nombre de prévenus et d'accusés en prison : voilà qui devrait constituer un des horizons de notre politique pénale. Cela supposerait un meilleur encadrement de la détention provisoire (vaste chantier) ou une extension du bracelet électronique aux non-condamnés : mieux vaut une liberté surveillée que l'engeôlement. Les substituts à l'emprisonnement (travaux d'intérêt général, voire d'autres formats à étudier) pourraient d'être autre part être privilégiés : croit-on que la prison apprendra quoi que ce soit à un adulte qui incendie une voiture?

Pour éviter d'exposer les condamnés comme les prévenus/accusés à de "mauvaises fréquentations", tout plan de construction et de rénovation des prisons nécessite de déterminer au préalable un plafond de personnes emprisonnées. On ne juge pas un magistrat au nombre d'incarcérations qu'il obtient!

La politique de défense des libertés publiques se porte mal ces temps derniers, et nulle voix ne s'élève pour en redire la noblesse.

Dans ce contexte peu favorable, on saluera le choix de Véronique Vasseur comme tête de liste de l'UMP dans le 13e arrondissement de Paris...

jeudi, septembre 20 2007

Du bon usage de Retz

Les plus mitterrandiens de nos lecteurs savent que leur grand homme goûtait les mémorialistes du Grand Siècle. De sa dilection toute particulière pour Paul de Gondi, cardinal de Retz, le natif de Jarnac ne faisait pas mystère. Les proches racontent à qui veut l'entendre qu'une phrase du grand Frondeur revenait souvent sur les lèvres de Mitterrand : "on ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment".

Chacun pourra vérifier l'exactitude de la citation en se plongeant dans la touffeur des Mémoires. Ce n'est pas ici notre objet. Je révélerai au contraire que cette sentence cardinalice m'est revenue en mémoire à la faveur d'un colloque récent sur la réforme des institutions.

C'était hier 19 septembre, à l'Assemblée nationale.

Le décalage horaire lestait mes membres du poids de plus d'années que je n'en ai encore. L'événement étant organisé par le Nouveau Centre et le courant des Réformateurs (au sein de l'UMP) dans une belle salle de l'Assemblée nationale, je me suis cependant fait violence. A l'heure où la Commission Balladur entame ses travaux, comment se désintéresser de la loi commune et fondamentale?

Salle Colbert, du beau monde : notre ministre Hervé Morin, Philippe Houillon (député UMP, qui s'est illustré lors de la Commission d'enquête sur l'affaire d'Outreau), Arnaud Montebourg, le constitutionnaliste Bastien François, le politiste Pascal Perrineau, Jean-Christophe Lagarde, ainsi que Gérard Longuet. A voir ce dernier, remarquable Président du conseil régional de Lorraine avant 2004, mon coeur de Vosgien se réjouissait. Et le sénateur de la Meuse d'introduire en effet les débats avec précision et habileté.

Les orateurs qui suivirent se rejoignaient - hormis Jean-Christophe Lagarde- sur la nécessité de limiter, voire d'empêcher radicalement tout cumul des mandats pour les parlementaires, exception étant accordée au Sénat. Il fut aussi question de la limitation de l'usage du 49-3 au vote du budget, de la maîtrise de leur ordre du jour par les Chambres elles-mêmes, ainsi que de la nécessité de rompre avec la pratique du "domaine réservé" (théorisée par Chaban-Delmas) en permettant à l'Assemblée de se prononcer a priori sur le mandat des représentants de notre pays dans les négociations internationales ou européennes.

Après quelques minutes, ce bon vieux cardinal de Retz se rappelait toutefois à notre souvenir. "On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment".

Les intervenants l'avaient peut-être lu qui, Arnaud Montebourg, Bastien François et Jean-Christophe Lagarde mis à part, évacuaient soigneusement la question de la responsabilité du président de la République et de la suppression du Premier ministre. Mais aussi, comment résister aux blandices d'un régime mi-chèvre, mi-choux, à qui on reconnaît une bienfaisante souplesse (elle n'est qu'unidirectionnelle)? D'autant que la pratique institutionnelle permet au Président de se décharger des arbitrages embarassants sur un Premier ministre fragile. Douce, confortable ambiguïté, qui ne profite depuis des lustres qu'au seul Chef de l'Etat : comme si le vote présidentiel valait délégation absolue du pouvoir à un seul homme...

Humilité à part, il me semble que la question première que doivent se poser les membres de la commission Balladur est la suivante : devons-nous, oui ou non, trancher en faveur d'un régime présidentiel en droit, et contre un régime hyper-présidentiel en fait?

Des réponses différentes peuvent y être apportées : avec Arnaud Montebourg, Bastien François ou Jean-Louis Bourlanges, je pencherais spontanément, par incorrigible libéralisme politique, en faveur d'un régime parlementaire à l'allemande, qui offrît toutes les garanties de stabilité. Ce régime-là, c'est d'ailleurs celui que défendirent toujours les penseurs de la modération et du libéralisme (Thibaudet, Aron, ...). Las! Le souvenir de la IVe République a agi dans l'opinion publique comme un miroir déformant pour tout le parlementarisme, en réduisant les mérites à rien, et les défauts à l'essentiel, c'est-à-dire la survie de la Nation et de l'Etat.

L'élection du Président de la République au suffrage universel direct, la réforme du quinquennat et l'inversion du calendrier -que François Bayrou, tout à ses mirages élyséens, fut le premier à réclamer- ont fait glisser le régime de la Ve République sur une pente monarchique. Il eût pu en être autrement, et Michel Debré regretta un temps, après 1958, qu'on se résigne à cette lecture-là de notre Constitution.

La politique se veut art du possible : il ne sert à rien de regretter la lampe à huile ou la marine à voile, pas plus que les occasions perdues de revenir à la norme européenne d'un chef de l'Etat qui arbitre et d'un chef de gouvernement qui gouverne. Arnaud Montebourg et Bastien François eux-mêmes n'osèrent hier d'allusions que voilées à la vieille tradition républicaine : celle d'un Parlement qui légifère vraiment. Comme nous -humilité toujours à part-, ils semblaient prêts à accepter qu'on tournât le braquet dans l'autre sens, l'ambiguïté des institutions s'avérant à l'usage plus handicapante que bénéfique.

A cette heure, l'établissement en droit d'un régime présidentiel ne déferait pas beaucoup des plis imprimés à notre lecture de la Constitution. Il se traduirait surtout par un renforcement considérable des pouvoirs du Parlement. C'est une réalité méconnue en France, mais le Président des Etats-Unis d'Amérique se heurte souvent au Congrès, même quand celui-ci est dominé par son "camp". Dans de nombreux cas, il est contraint de négocier avec les (autres) représentants du peuple. Cet équilibre strict entre des pouvoirs qui ne procèdent nullement l'un de l'autre a pu produire des catastrophes (la réforme de la protection sociale par Bill Clinton en 1996 ; la guerre en Irak) comme des textes équilibrés et justes (les lois de lutte contre la discrimination votées sous Lyndon B. Johnson). Répétons-le : le président Sarkozy est aujourd'hui plus puissant dans les faits, en France, que George Bush ne l'est lui-même sur le territoire américain.

En refusant de trancher le noeud gordien -ici le caractère hybride du texte de 1958, qui ne convenait peut-être qu'à de Gaulle-, Hervé Morin, Gérard Longuet ou plus encore Philippe Houillon semblaient hier pécher par timidité. François Bayrou avait choisi de demeurer, lui aussi, dans l'ambiguïté sur ce sujet, pendant sa campagne présidentielle.

Certes, il est bon que la main tremble à l'heure d'opérer l'organe vital de la démocratie. Rien de plus naturel que de se méfier des remèdes de cheval. Mais on ne résoudra rien en multipliant les interventions bénignes, alors que c'est le coeur de la République qui est touché.

Comment expliquer que beaucoup rechignent, au Centre et à droite, à penser globalement une réforme institutionnelle, comme Jack Lang ou Edouard Balladur, en vieux praticiens du pouvoir, surent le faire autrefois?

Ne négligeons pas, d'abord, ce travers français qui veut qu'un titre, surtout lorsqu'il est prestigieux, ne puisse disparaître. Gare à celui qui supprimerait le Premier ministre, quand tant d'hommes rêvent des ors -et du jardin- de Matignon, sans en bien mesurer les servitudes! Ne minimisons pas non plus ce que peut avoir de confortable et de rassurant la présence hebdomadaire parmi eux, pour les députés ou les sénateurs, du 3e personnage de l'Etat. N'ignorons pas enfin que le chef du gouvernement prête une oreille plus compréhensive que le président de la République aux demandes de modification du tracé des routes ou de plan de sauvetage d'une usine...

Est-ce suffisant pour maintenir une fonction qui, en servant de paravent à l'omnipotence présidentielle, contraint les parlementaires à dialoguer avec l'exécutif pour l'amour du verbe et par intermédiaire? Notre réponse -et qui nous coûte, je le répète- est négative, sans ambiguïté. Jean-Christophe Lagarde nous a semblé pencher dans le même sens, pour des raisons proches.

Avec tout le soutien que je leur accorde dans leur action politique, et avec leur permission, je pourrais conseiller à certains des dirigeants présents en salle Colbert de préférer Alfred de Musset au cardinal de Retz, contre tout goût strictement littéraire. En matière constitutionnelle, je crois qu'"il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée" plus qu'au danger de rompre avec l'ambiguïté.

mercredi, août 8 2007

Perspectives vosgiennes

Beaucoup s'en désolent mais je m'en réjouis : l'été prend un charme automnal ces jours-ci. Les congés s'écoulent dans la maison familiale en compagnie du silence ou d'un gazouillis pluvieux. Quelles perspectives? Lire Balzac et voir le dernier Chabrol. S'atteler par goût à de menues tâches historiques. Et rompre la monotonie des jours par quelques conjectures électorales...

L'année 2008 ne sera pas blanche pour les assesseurs vosgiens. Comme ailleurs, les élections municipales concentreront l'attention citoyenne, à Saint-Dié en particulier. Les mauvais résultats de Christian Pierret aux législatives y ont en effet lâché la bonde aux ambitions.

Plus décisives nous apparaissent cependant les cantonales. On se souvient que le dernier renouvellement du Conseil général, en 2004, avait donné lieu à une offensive un peu brouillonne de Christian Pierret contre la citadelle Poncelet. Pas un cheveu du président du Sénat ne s'en était trouvé dérangé, sauf peut-être dans le canton du Thillot, où son protégé Dominique Peduzzi avait mordu la poussière.

L'année prochaine, les regards se braqueront sur le canton de Remiremont, dont Christian Poncelet est l'élu depuis 1963 sans discontinuer. Après 45 ans de mandat, dont 32 comme président du Conseil général, l'artiste entendra-t-il l'appel des coulisses? Rien n'est moins sûr.

Christian Poncelet est aujourd'hui le plus "capé" des parlementaires, puisque son premier mandat national remonte à 1962, date à laquelle il entrait au Palais-Bourbon. Si Dieu le veut, il exercera son mandat de sénateur jusqu'à 2014, année de ses 86 ans.

Sans sombrer dans le jeunisme, on pourrait rappeler qu'une proposition de loi fut formulée jadis, qui visait à fixer à 70 ans l'âge maximal de tout candidat au Parlement. L'abbé Hervé Laudrin (dernier ecclésiastique à siéger à l'Assemblée), François Grussenmeyer et François Missoffe (le père de Mme de Panafieu) la déposèrent sur le bureau de l'Assemblée le 5 novembre 1970 ! Je pense pour ma part qu'un texte précisant que tout titulaire de mandat serait présumé démissionnaire à l'âge de 80 ans ne nuirait pas à l'exercice du suffrage universel. Les évêques quittent leur charge d'âmes à 75 ans...

Quelle que soit la décision d'un homme qui fit beaucoup pour les Vosges, par des voies également rectilignes ou tortueuses, il devrait y avoir du sport à Remiremont en 2008.

Une candidature du député François Vannson, brouillé avec Poncelet, n'est pas à exclure : le parlementaire, autrefois thillotin, réside désormais dans la cité des Chanoinesses. On voit d'ici le tableau : un duel non fratricide, mais patricide ou infanticide, c'est selon. Les socialistes se savent mal placés dans ce secteur, où leur dernier succès remonte à la Libération, avec le directeur d'école Maurice Poirot, conseiller général de 1945 à 1951. Qui présenteront-ils? La conseillère régionale et maire de Raon-aux-Bois Jacqueline Bédez-Stouvenel apparaît handicapée par la médiocrité de son résultat législatif.

Il serait sage que Christian Poncelet renonce à briguer un nouveau mandat à 80 ans révolus. Qu'il se rappelle Jean Vilmain, déboulonné de la présidence du conseil général à 76 ans pour cause d'échec à Rambervillers, après 31 ans de mandat...

L'ennui est que Christian Poncelet n'a pas vraiment préparé sa succession.

Le député Jean-Jacques Gauthier, député de la "Plaine" et conseiller général de Vittel depuis avril 2007, connaît encore mal les travées départementales. Raymond Dégémard (Châtel-sur-Moselle) ou Michel Langlois (Bruyères) ne seraient que des papes de transition : pas sûr qu'ils en aient envie. Quant à Philippe Faivre, il s'est fâché avec Christian Poncelet en se portant candidat aux sénatoriales de 2004.

On en vient à envisager un succès possible de Jackie Pierre (Xertigny), sénateur depuis 2004 et conseiller général depuis 1985. C'est peu dire que cette perspective n'enchante guère les journalistes, qui jugent l'homme sous-dimensionné pour cette fonction. La règle pourrait néanmoins jouer en sa faveur, qui veut qu'en politique le meilleur des amateurs ne vale pas le plus mauvais des professionnels.

Affaire à suivre...

mardi, juin 26 2007

La France de l'Est dans l'imaginaire national

Lundi 11 juin 2007, j’ai vu arriver le TGV en gare d’Epinal, et y ai pris place.

Qu’on me pardonne de parler de moi, mais voilà huit ans déjà que je suis un familier de la liaison Paris-Epinal dans les deux sens. Huit ans à effectuer ce trajet de 3h45. Encore faudrait-il y ajouter le temps mis pour rejoindre la gare de l’Est depuis mon domicile (10 minutes avant un déménagement courant février, 30 minutes depuis), et le trajet séparant Epinal de ma thébaïde vosgienne (soit 15-20 minutes). On comprend que l’aller-retour dans une journée, même en cas de circonstances dramatiques, me soit demeuré inenvisageable jusqu’à ce jour.

Inutile que nous songions ensemble aux heures gagnées, si la grande vitesse avait gagné l’Est en même temps que les littoraux...

Au reste, j’avoue que mon tempérament s’accommode mal des déplacements rapides, et répugne à passer d’un espace urbain à un milieu montagnard en trop peu de temps.

Qui dira le charme de ces derniers trains avant l’extinction des feux, départ de Nancy à 20h34, qui nous valaient des arrêts fréquents dans de petites gares éclairées d’orange, à Toul, Commercy, Bar-le-Duc, Vitry-le-François, Epernay, voire Château-Thierry ?

Chacun avait ses points de repère sur les trajets, ses paysages fétiches. J’évoquerai pour ma part la cuesta meusienne et son absence de réseau téléphonique, ainsi que Liverdun et son double visage si français : l’éperon rocheux qui abrite les prières et les drapeaux ; la ville basse industrieuse. Las! Le TGV évite désormais ces charmes-là.

La pente affective m’a mené assez loin de mon propos de départ : pourquoi le TGV Est est-il le dernier né des projets de ligne à grande vitesse ? Pourquoi a-t-on jugé plus urgent de faire circuler des TGV vers l’Ouest, le Nord et le Sud ?

Ecartons d’abord le prétexte technique. Je sais bien qu’il est, de Paris à Strasbourg, des obstacles naturels, des contreforts des Vosges à la Montagne de Reims. Chacun sait pourtant que la volonté fait des miracles, et que nous disposions déjà en 1997 de techniques permettant de rapprocher l’Est de Paris par le rail (TGV pendulaire).

L’identification d’un obstacle politique est apparemment plus utile. Le trop-plein d’élus de poids, désireux que le TGV arrive dans « leur » ville, plutôt que chez le voisin, a peut-être nui au pilotage du projet, ou du moins à la qualité des arbitrages. Les anciens (et l'actuel) ministres Chevènement (Belfort), Trautmann (Strasbourg), Bockel (Mulhouse), Rossinot (Nancy), Rausch (Metz), Longuet (Bar-le-Duc), les présidents Séguin (député d’Epinal jusqu’en 2002) et Poncelet ont souvent cherché à tirer la couverture à eux sans souci de concertation : beaucoup d’entre eux prennent d’ailleurs l’avion pour rejoindre leurs terres d’élection.

La principale raison du « retard » vivement ressenti par les Français de l’Est, me semble plus irrationnelle. Malgré une fréquentation très correcte, les lignes de l’Est de la France n’apparaissaient pas « porteuses » aux yeux de la SNCF et des décideurs nationaux. Question d’image.

La France de l’Est a pu fasciner, en des temps où les marches orientales tenaient lieu de rivage des Syrtes avant la lettre.

Les Vosges en particulier, que chacun croit découvrir en lisant Barrès. Las ! Le Carpinien n’aimait pas sa terre natale. Et je me suis laissé dire que Julien Gracq haïssait le relief si particulier du plateau lorrain, raison pour laquelle « Un Balcon en forêt » se situe dans les Ardennes. Evidemment, depuis la paix, tout effet de fascination a disparu : l’imaginaire national ne retenait plus de l’Est que des villes de garnison grises (Metz, Epinal), des hauts-fourneaux sinistres (la Moselle), des idiomes germanisants (Moselle, Alsace), une humidité intrusive et un froid perçant (les Vosges), sans parler du caractère besogneux et réfrigérant des populations. N’en jetez plus !

Les poncifs ont la peau dure : je me tue à expliquer à certains amis que la Lorraine fut longtemps une des régions les plus riches de France. Et que la douceur alsacienne n’a rien à envier à celle de l’Anjou, rimée par du Bellay.

Aux séductions faciles d’un Sud mythifié, à la fraîcheur supposée d’un Océan autrefois ignoré (Braudel), le charme âpre des Vosges a peu à "répliquer".

Nous ne voulons pas opposer telle ou telle partie du territoire, mais convaincre que l’imaginaire national devrait récupérer la France de l’Est sous une forme plus rieuse. Terres de patriotes (Poincaré, Louis Marin) et de grands Européens (Pierre Pflimlin, Robert Schuman), la France de l’Est est aussi celle des vignes touloises, des lacs vosgiens, de l’aérien gothique rhénan. Prions pour le TGV Est dynamite les lieux communs qui désobligent !

lundi, mai 7 2007

Être utile

La victoire de Nicolas Sarkozy -53,06% des suffrages exprimés, soit plus que Jacques Chirac en 1995 ou François Mitterrand en 1981- va conduire, dans les jours et les semaines qui viennent, à une recomposition profonde du paysage politique français. C’est une évidence. Examinons ensemble les possibilités tactiques et stratégiques qui s’ouvrent à un centre libéral et humaniste dans cette nouvelle configuration.

Les 18,5% réunis par François Bayrou et l’UDF lors du premier tour, dimanche 22 avril 2007, portent un message d’espoir, en même temps que de redoutables ambiguïtés.

Cet électorat se compose de multiples strates, qu’on résumera en parlant d’une frange issue de la droite modérée, d’une aile venue de la gauche sociale-démocrate et d’un marais d’anciens abstentionnistes ou électeurs « protestataires ».

Qui observe la carte du vote du dimanche 6 mai constate toute l’hétérogénéité de l’électorat hier bayrouiste : en Bretagne ou dans les Pyrénées atlantiques, il s’est massivement reporté sur Ségolène Royal ; en Alsace, en Lorraine ou en Rhône-Alpes, cet affluent est allé sans méandre rejoindre le fleuve Sarkozy.

Or, François Bayrou annonce, pour le Mouvement démocrate qu’il envisage de créer, une stratégie de désistement au cas par cas, en fonction des personnalités et dans l’intérêt de la démocratie. Les adversaires de cette stratégie ne manqueront pas de la qualifier d’opportuniste et de confortable, chaque élu "démocrate" choisissant de travailler avec qui bon lui semble, en fonction du rapport de forces local.

Une fois élus, les députés du MD (il faudra s’habituer à ce sigle) voteraient selon leur conscience, sans participer a priori d’une majorité ou d’une opposition.

Je doute que ce discours séduise d’autres militants que les centro-centristes.

Après tout, accepter que son député penche tantôt à droite, puis tantôt à gauche, sans garantie aucune, représente pour chaque citoyen une délégation de souveraineté assez exorbitante.

Entre le godillot, type UNR entre 1962 et 1967, et la ballerine souple version UDSR de la IVe République, il peut, il doit y avoir un moyen terme. Il est normal, dans une démocratie adulte, de savoir à quelle majorité participera ou ne participera pas le député pour lequel vous votez.

Des politologues comme Gérard Grumberg ont conclu de cette élection présidentielle que la bipolarisation était en marche dan notre pays.

S’il a déçu notre famille politique, le second tour du dimanche 6 mai a été voulu par 57% des Français environ (cumul des voix de Mme Royal et de M. Sarkozy). On ne peut raisonnablement prétendre que tous les murs sont tombés entre la droite et la gauche françaises.

Dès lors, dans la perspectives d’élections législatives qui pourraient conduire à un laminage des extrêmes, l’UDF se voit confrontée à deux perspectives : devenir le FDP allemand des années 80-90, ou le Parti libéral-démocrate britannique.

Dans un cas, il s’agissait –car le FDP est quelque peu déplumé par la grande coalition- d’une formation pesant entre 8 et 12% des voix, s’alliant presque systématiquement avec la droite au niveau national ; un parti où, en tous cas, les orientations stratégiques étaient définies à l’issue d’un vrai débat. Le FDP n’avait pas de vocation majoritaire, mais il pesait sur les décisions gouvernementales et les infléchissait en matière de libertés publiques, de politique fiscale ou d’environnement.

On m’objectera que le mode de scrutin allemand est très différent du français, comme la répartition des pouvoirs. On aura raison, mais la comparaison permet cependant de penser ce que pourrait être une UDF de centre-droit, exigeante à l’égard du nouveau pouvoir, mais cherchant à peser sur le cours des événements.

Le modèle des Libéraux-démocrates britanniques apparaît sensiblement différent. Ils quittèrent le pouvoir en 1919, pour ne jamais le retrouver, même s’il leur arrive de rassembler près de 25% des voix lors des scrutins fastes.

Ils représentent une force centrale et critique, aux idées assez floues sinon en matière européenne, où leur engagement tranche sur le scepticisme d’Outre-Manche. Mais, disons-le clairement, leur impact sur les décisions du gouvernement demeure négligeable. Le mode de scrutin britannique diffère également de celui de notre pays.

En l’état actuel des forces, nous avons donc le choix entre peser sur le cours des événements au prix d’un renoncement à l’Elysée, ou se lier les mains en espérant une improbable implosion d’une des deux familles politiques qui nous environnent.

Avoir l’ambition de servir et d’être utile, modestement, ou celle de renverser la table et de rafler une mise hypothétique : tel est le dilemme de François Bayrou et plus encore des militants de l’Union pour la démocratie française.

François Bayrou, c’est entendu, penche pour la seconde de nos éventualités.

Le débat avec les tenants de la première alternative doit pouvoir se dérouler dans des conditions optimales de sérénité, afin de dissiper la fâcheuse impression de centralisme démocratique que dégageaient les derniers votes internes à l’UDF (congrès de Lyon, conseil national d’Issy les Moulineaux).

La sérénité, cela suppose que les partisans d’une stratégie « à la FDP » ne soient pas systématiquement voués aux gémonies, car suspectés des calculs les plus mesquins. Les conditions d'un débat ouvert seront-elles réunies au moment de la création du Mouvement démocrate, jeudi 10 mai 2007?

Souhaitons-le...

dimanche, mai 6 2007

La victoire des Français

Première leçon de cette élection : partout en France, les électeurs ont montré une passion renouvelée pour la politique en se déplaçant aujourd'hui.

Les Vosges demeurent une exception, puisque 2159 suffrages y ont été perdus entre le 1er et le second tours. Signe que la consigne donnée par M. Le Pen a pu être suivie à la marge, dans un département victime d'une conjoncture économique difficile.

Second enseignement de ce vote : en choisissant de confier à Nicolas Sarkozy une part du destin de leur pays, les Français ont fait le choix du changement. Ségolène Royal proclamait que son élection serait "sans risque". Mais les entrepreneurs savent que la sécurité des choix débouche souvent sur l'immobilisme.

Je me sens d'autant plus conforté dans mon choix de voter pour Nicolas Sarkozy au second tour qu'il semble, d'après les sondeurs, que la majorité des électeurs de François Bayrou l'ait partagé.

Dans les Vosges, Nicolas Sarkozy l'emporte par 54,72% des voix. Un résultat net.

Oui, dans mon département natal, les électeurs centristes ont majoritairement choisi Nicolas Sarkozy. Mme Mercier -présidente de l'UDF-88- et M. Brousse, Délégué fédéral, n'ont absolument pas été suivis par ceux qui avaient opté pour François Bayrou.

La 3e circonscription, celle de Remiremont et Gérardmer, avait donné à François Bayrou ses meilleurs résultats au premier tour. Elle a accordé rien moins que 56,1% des suffrages à Nicolas Sarkozy dimanche 6 mai 2007, soit le résultat le plus large des quatre circonscriptions vosgiennes. Chacun sait qu'on n'est pas propriétaire de ses électeurs! A bon entendeur...

Saluons enfin la défaite historique de Christian Pierret dans la ville de Saint-Dié, dont il est le maire depuis 1989 : Nicolas Sarkozy y terrasse littéralement Ségolène Royal avec 53,61% des voix! Un résultat qui donne de l'espoir à l'opposition municipale, et à nos élus UDF à Saint-Dié, tout particulièrement Pascal Thomas.

Ce soir, Nicolas Sarkozy a dit son volonté d'ouvrir sa majorité, jusqu'à la gauche si besoin. Le président de la République a exprimé son respect pour Mme Royal. Par le ton, par la qualité du propos, le candidat hier excessif a montré qu'il avait entamé sa mue. Il est désormais le président de tous les Français.

Plutôt que de lever les lèvres en un mouvement de dédain, les responsables de l'UDF doivent écouter avec attention les propos du président de la République élu, et ne prendre position, pour la suite, qu'en considérant l'intérêt de la France.

J'espère que ce message sera entendu. Les Français ne comprendraient pas les centristes se retirent sur leur Aventin et jouent les Cassandres au lieu de saisir les moyens de changer la France, si d'aventure ils étaient réunis.

mardi, décembre 19 2006

Du féodalisme en politique (la décentralisation pervertie)

Le journal Libération a consacré, hier 18 décembre 2006, deux pages à un reportage sur "le système Philippe de Villiers" en Vendée.

La réalité décrite avait de quoi surprendre les naïfs : le vicomte, ancien ministre et énarque, règne véritablement sur ce département, dont il préside le Conseil général.

Sa domination n'est aucun cas menacée par l'UMP ou le PS. En effet, les élus récalcitrants, ou réticents face aux lubies de M. de Villiers, se verraient menacés financièrement (subventions), voire intimidés verbalement et harcelés, calomniés.

Ce système, fait de copinage, de réseaux de notabilités et d'amitiés de trente ans, empêche l'émergence de toute contestation, et transforme un département tout entier en fief où rien ne peut être décidé sans l'accord du "seigneur local".

Que Philippe de Villiers se rassure : son cas n'est pas isolé. Il peut dormir en paix, son autorité ne sera pas remise en cause. Il faudrait pour cela que des outils existent, qui permettent aux citoyens d'influer réellement sur la prise de décision publique. A ce titre, les jurys citoyens de Mme Royal apparaissent comme une piste intéressante au niveau local, car permettant d'évaluer l'action publique en dehors des échéances électorales.

Sans trop allonger la liste, les Vosges de M. Poncelet -parlementaire depuis 1962!- ou le Montpellier de M. Frêche (qui en a pourtant quitté la mairie en 2004) présentent le même visage que la Vendée de M. de Villiers.

Des entreprises bruyantes ou polluantes, mais dont personne n'ose mettre en cause la responsabilité, sous peine de s'attirer l'ire du "seigneur" local, car le patron concerné est un de ses "copains".

Des projets présentés comme écologiques, et pourtant jugés aberrants par les Verts, que tous les entrepreneurs du secteur critiquent, sans pouvoir s'exprimer publiquement. C'est que le potentat local leur aura interdit de le faire, sous peine de se voir brisés et privés de subventions!

Tels sont les symptômes de la tentation féodale qui gagnent certains élus locaux, cumulards le plus souvent.

Leur pouvoir ne rencontre aucun contre-pouvoir, et leur influence aucun démenti.

Les citoyens en ont assez du clientélisme qui assure des rentes électorales, des menaces face au moindre cheveu qui dépasse, des cumulards sans principe.

Ils veulent mettre fin au règne des copains et des coquins dans trop de nos collectivités locales.

Cela passe par une nouvelle loi sur le cumul des mandats, qui empêche d'effectuer plus de deux mandats successifs au même poste.

La démocratie est l'affaire de tous, dans les régions, départements et municipalités.

Sa confiscation au profit de quelques-uns doit cesser à Montpellier ou à La Roche sur Yon, pour que la grande majorité des élus locaux, exempts de ce reproche, puisse retrouver la confiance du peuple français.

David Valence

dimanche, septembre 10 2006

Loi sur l'apprentissage à 14 ans : le Conseil régional de Lorraine fait de l'obstruction

Une loi, même contestable, s'impose à tous. La gauche, en Lorraine, semble l'avoir oublié.

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lundi, août 7 2006

Bienvenue

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