Blog de David Valence

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mardi, février 12 2008

Le rideau déchiré

Deux événements d'inégale importance confirmeront, dans les semaines prochaines, que le Mouvement démocrate s'est fondé sur un malentendu : soit les élections municipales en France et les législatives en Italie.

Nous croyons depuis mai 2007 que François Bayrou s'enlisera pour n'avoir pas choisi entre le rassemblement gaullien et la coalition de Troisième force. Prenons le scrutin de mars 2008 dans l'Hexagone : quelle ligne directrice le Mouvement démocrate y suivra-t-il? On nous répond cas par cas, arbitrage en fonction des intérêts locaux, ...

Il n'est pas mille manières d'exister lors d'élections.

Pour s'y affirmer dans la radicale singularité que porte l'idée de Rassemblement, le Mouvement démocrate aurait d'abord dû reconnaître la double appartenance. Rassembler ne signifie pas exiger des impétrants qu'ils abandonnent d'autres engagements. Pour prendre un exemple cher à François Bayrou, le RPF du général de Gaulle tolérait et recherchait même la double appartenance. Exit donc le modèle du Rassemblement au-dessus des autres partis -mais pas contre eux-.

Le Mouvement démocrate représentant -d'après ses fondateurs- un choix fondamentalement différent des logiques du système, il eût pu, dans un second temps, conduire des listes homogènes dans l'ensemble des villes de plus de 9.000 habitants. Au lieu de cela, que voit-on? Des accords conclus en fonction des intérêts de chacun des candidats, comme à Paris où la nécessité de faire réélire certains apparatchiks dont le Conseil de Paris est le gagne-pain pousse à un accord avec les socialistes.

On répliquera que le Mouvement démocrate ne souhaite pas nationaliser cette élection, ce qui expliquerait ce pragmatisme (cette tambouille électorale, diront les mauvaises langues). En cas de victoire à Pau et à Aix-en-Provence, François Bayrou n'hésitera pourtant pas à clamer que les Français ont voulu sanctionner le Chef de l'Etat et ouvrir une ère nouvelle de la vie politique française (sic d'anticipation). Le Mouvement démocrate ignore donc s'il va à la bataille en fonction d'enjeux locaux ou nationaux.

A l'inverse, si le Mouvement démocrate assumait dans les media ce qu'il s'apprête à pratiquer à l'échelon local -la coalition-, son Président cesserait de se rêver majoritaire. Il tiendrait ce langage, qu'il est préférable de peser dans une majorité avec 10% que de cheminer dans le désert avec 15 ou 18. J'ajoute que le Mouvement démocrate serait dès lors tenu de clarifier ses stratégies nationales d'alliance avant le jour du vote : nul n'accepterait une délégation de souveraineté si exorbitante, qu'elle en autoriserait le délégataire à négocier selon son bon plaisir.

Voilà donc un parti qui ressemble aux radicaux des années 1930 si on règle la focale sur le mode local, mais agit comme un parti de masses protestataire quant à la politique nationale, à l'image du RPF de 1947-1955. Ces deux modèles ne devraient pas inciter les dirigeants du Mouvement démocrate à l'optimisme. Et pourtant...

Le balancement entre ces pôles de fluidité et de rigidité explique une partie du succès militant du Mouvement démocrate : chacun y apporte et y lit ce qu'il veut, dans une schizophrénie inconsciente.

Chacun s'y retrouve :

-le conseiller-municipal-prêt-à-toutes-les-manoeuvres-pour-devenir-adjoint ;

-le rêveur-qui-voudrait-que-les-hommes-de-bonne volonté-se-donnent-la-main (comme à la messe) ;

-l'exalté-qui-rejette-les-moeurs-politiciennes-et-va-répétant "la pureté ou la mort" .

Le seul à ne rien comprendre, c'est l'électeur.

Les élections italiennes qui s'annoncent infirment également une antienne bien connue des anciens de l'UDF. A ceux qui lui objectaient l'impossibilité d'une grande formation majoritaire à elle seule et strictement centriste, une dirigeante de l'UDF-Paris opposait le modèle italien.

L'argument prenait pour terreau l'ignorance crasse des Français quant aux systèmes institutionnels différents du leur. La majorité de Romano Prodi était en effet située à gauche, sans ambiguïté aucune, comme l'ensemble des formations qui la composaient (y compris la Marguerite). Le scrutin qui s'annonce devrait même donner un caractère bipartisan à cette bipolarité.

Restait en général à la dirigeante parisienne la ressource de l'exemple allemand ou autrichien de grande coalition. A ceci près que, dans un cas comme dans l'autre, un grand parti de gauche et une grande formation de droite gouvernent ensemble sans qu'existe de formation centriste à vocation majoritaire...

Le modèle de Rassemblement que promeut le Mouvement démocrate n'existe ni dans le passé, ni à l'étranger.

Le rideau ne pourra manquer de se déchirer pour le MoDem d'ici quelques années, révélant à l'oeil public la réalité d'une schizophrénie mise au service d'un seul homme.

vendredi, novembre 30 2007

Fin de partie

A l'heure où ces lignes s'inscriront sur la toile, l'UDF aura vécu. Les vieux compagnons des années 1970, les ambitieux des années 1980, les égarés des années 1990, les idéalistes du nouveau siècle savent-ils bien ce qu'ils vont perdre? On peut faire accroire qu'aucun bras ne tremblera au moment de voter une mise en sommeil, nul doute qu'en plus d'un esprit naîtront alors de ces questions insidieuses qui sapent les engagements.

François Bayrou, lui, ne doute pas. Bouteille de chloroforme à la main, il jubile depuis mai 2007 à l'idée de pratiquer sur son parti une anesthésie définitive. A-t-il jamais aimé l'UDF, ce démocrate-chrétien qui enrageait dans les années 1980 de voir le libéralisme l'emporter sur son personnalisme imprécis?

Est-il d'un vrai démocrate de se penser "appelé" à l'incarnation de la France, au-delà des contingences électorales? Chez de Gaulle, cette conviction avait reçu l'assentiment de l'histoire. Chez François Bayrou, elle se contente du pain d'orgueil.

Prenons l'entretien que notre candidat du printemps accorde au "Matin plus" daté de ce 30 novembre 2007. Les journalistes évoquent devant Bayrou des troupes qui se dispersent, des rangs qui s'éclaircissent. Le futur maire de Pau -avançons-nous- laisse entendre qu'il est soulagé par ces amputations, qui accréditeraient son image d'homme libre dans l'opinion. Pis, il n'a pas un mot de regret pour Jean-Marie Cavada, comme s'il ne s'agissait pour un corps sain (le MoDem) que d'être vidé de sang noir (les grincheux, les ambitieux).

L'oeil rivé sur 2012, François Bayrou attend que tout empire. "Tout empire finira" se répète-t-il en songeant à sa rivalité avec le chef de l'Etat plutôt qu'à la France. Perdu dans la métapolitique -la réorganisation du paysage partisan-, il regarde à la fois trop haut et trop bas. Les défauts du vol plané et du rase-mottes en quelque sorte. Le rase-mottes à propos de Cavada : "Il n'y aucun mystère dans cette affaire. Cavada voulait à tout prix un portefeuille. Pour prix de ce maroquin, on lui a demandé de se rallier à l'UMP (...)". Le vol plané à propos de soi : "Je défendrai un autre projet de société, et je dirai la vérité. La vérité est plus forte que les mensonges", dixit François Bouche d'Or.

Qu'avance-t-il? La social-économie, qui n'est qu'un mot. La nécessité de réduire la dette, nous en sommes d'accord. Le refus d'une "société de l'argent-roi" (le veau d'or), le rêve d'"entreprises à qui on fait confiance" (le petit entrepreneur bien gentil et peu audacieux).

La France dont Bayrou parle, c'est celle d'avant-hier, celle des solidarités organiques, de la Foi qui imprègne jusqu'aux gestes les plus intimes sans défendre l'hypocrisie. Cette France-là ne reviendra pas, les électeurs urbains du printemps 2007 le savent mieux que quiconque.

Foin de mysticisme trompeur, posons-nous des questions simples et modestes : comment être utiles au Pays? Comment servir?

Je ne crois pas qu'on fasse preuve de courage en préférant son petit tas de rêves au grand bain du monde. Cette erreur-là, François Bayrou la commet depuis six mois avec application.

En tuant une UDF créée en 1978, il prive le pays d'une force d'équilibre, et la famille centriste et libérale d'un foyer où consommer ses retrouvailles. Chacun saura s'en souvenir!

jeudi, novembre 8 2007

Irradié

Un texte de 11 lignes, formules de politesse comprises : une vraie lettre de rupture. La fin d'une aventure et une mise au ban. C'est à cela que ressemble le courrier adressé à votre serviteur par M. Philippe Arnaud, Président de la Commission nationale d'arbitrage et de contrôle de l'UDF.

De quoi s'agit-il? De mon exclusion. Ou plutôt de ma "radiation" de l'Union pour la démocratie française. Rien que de logique, penseront mes amis Modemistes.

Comme certains billets l'ont laissé entendre, il m'arrive de regretter l'aventure de la présidentielle comme on se souvient d'une impasse ensoleillée.

En avouant mon émotion, je risque une double condamnation. Les Modémistes m'appelleront à reconsidérer ma position, tout en murmurant entre eux que je l'ai bien cherché. Les Néo-centristes me suspecteront peut-être de tiédeur pour leur frêle esquif, voire de duplicité.

Comment crever l'abscès pour reprendre la route demain et parler de politique sans amertume? En faisant confiance à ce qu'on est. En l'espèce : un amoureux des mots et des analyses de textes. Je décide donc de ressasser, de remâcher celui-là, reçu ce 8 novembre au soir.

Commençons par reproduire intégralement la lettre du sieur Arnaud :

"UDF Paris, le 5 novembre 2007 Le Président de la Commission Nationale D'Arbitrage et de Contrôle

Monsieur,

Plusieurs informations nous sont parvenues, qui tendent à indiquer que vous avez fait le choix d'adhérer à une autre famille politique que celle de l'UDF.

Comme vous le savez, nos statuts interdisent, dans leur article 4, la double appartenance à l'UDF et à un autre groupe politique. Dans un tel cas, il est précisé que la radiation est automatique.

Je vous informe donc, par la présente, de la décision qu'a prise la Commission Nationale d'Arbitrage et de Contrôle d'appilquer cet article 4 et de vous radier de la qualité de membre de l'UDF.

Dans l'hypothèse où nos renseignements seraient infondés ou érronés (sic), je vous serais reconnaissant de bien vouloir m'en avertir le plus rapidement possible, ce qui me permettrait de régulariser votre situation.

Je vous prie de croire, Monsieur, l'assurance (sic) de mes sentiments les meilleurs.

                                                                                                                     Philippe Arnaud"

Reprenons.

"UDF Le Président de la Commission Nationale D'Arbitrage et de Contrôle" : trop de majuscules injustifiées. On aurait pu écrire aussi bien "Le Président de la Commission nationale d'arbitrage et de contrôle" ou à la rigueur "Le Président de la Commission Nationale d'Arbitrage et de Contrôle" en considérant que le sigle de "CNAC" est souvent utilisé en interne. Les graphologues ou ici les linguistes distinguent dans l'abus de majuscules un signe de prétention ou de mégalomanie. On pourrait hasarder l'hypothèse d'un germanisme. Passons.

La "CNAC", pour les militants UDF, c'est un peu comme le Comité d'analyse et de prévision du Ministère des Affaires étrangères. Peu de gens en connaissent les membres, leur production écrite est assez limitée, mais votre oeil doit ciller en identifiant les initiales, car elles annoncent que les gros poissons se réveillent. Une fois la lecture du document achevée, vous pouvez reprendre votre souffle : les squales sont passés près de vous.

"Monsieur" : comme tout militant, j'ai reçu des milliers de lettres du "Siège". Précisons ma date d'adhésion : décembre 2002. Chacune de ces missives s'ouvrait par les mots de "Cher ami". A croire que je suis sale désormais, retourné à un anonymat total et définitif.

"Plusieurs informations nous sont parvenues" : de quoi fantasmer pour des semaines!

Un contact avec les RG? Une taupe au Nouveau centre? Un lecteur assidu de mon blog rue de l'Université, qui m'aurait balancé? Dans ce cas, pourquoi avoir attendu si longtemps avant de couper ma tête, si on admet que j'ai péché -je ne l'admets pas-?

Autre hypothèse : les adhérents de l'UDF qui n'ont pas rejoint le MoDem sont tous suspects. Ce serait assez étonnant. J'attends des témoignages...

"Vous avez fait le choix d'adhérer à une autre famille politique que l'UDF". On pourrait me dire que j'ai adhéré à une autre "formation politique", mais le choix familial se veut cruel. Je ne ferais plus partie du clan, pour m'être renié moi-même.

Merci, messieurs, mais je suis en paix avec ma conscience. Taquinez la vôtre avec cette question : "à quoi servent aujourd'hui les millions de voix qui ont fait le choix de François Bayrou le 22 avril 2007?" Un votant UDF de la présidentielle et, par amitié, un suffrage MoDem aux législatives vous suggèrent cette navrante réponse : à rien.

A qui la faute?

"Comme vous le savez, nos statuts interdisent, dans leur article 4, la double appartenance à l'UDF et à un autre parti politique". Je l'ignorais, faute d'avoir jamais pu me procurer les statuts en question. Un conseil d'ami pour plus de démocratie : adresser à chaque adhérent un exemplaire des statuts avec sa carte.

L'interdiction de la double appartenance est une vieille tradition démocrate-chrétienne, même quand elle joue contre une proximité d'idées ou une fraternité d'analyse. Qu'on se souvienne du MRP qui avait, en 1947, poussé les "gaullistes" ayant adhéré au RPF vers la porte : Michelet et Terrenoire se retrouvèrent sur le sable.

Je précise que le Parti radical autorisa la double appartenance jusqu'en 1951. Le MRP ne cessa de perdre du terrain électoral après ce choix de l'a-gaullisme.

"Dans un tel cas, il est précisé que la radiation est automatique". Pourquoi "automatique"? Est-ce une machine qui compile les données et crache ces lettres d'exclusion -j'ose le mot- à la louche? Est-ce une façon de me signifier qu'aucun recours n'est plus possible, que la justice est rendue?

"Je vous informe donc, par la présente, de la décision qu'a prise la Commission Nationale d'Arbitrage et de Contrôle" (ouf, une majuscule de moins!) d'appliquer cet article 4 et de vous radier de la qualité de membre de l'UDF". J'apprends donc que la CNAC a examiné mon cas en quelques secondes. Mais à quelle date? Pourrait-on me fournir les noms de mes compagnons d'indignité? Appel à témoignages! Un peu de grammaire cependant, M. Arnaud : on ne radie pas "de la qualité de membre". On ôte, on prive de la qualité de membre, et on radie d'une organisation ou d'une liste.

"Dans l'hypothèse où nos renseignements seraient infondés ou érronés (sic), je vous serais reconnaissant de bien vouloir m'en avertir le plus rapidement possible, ce qui me permettrait de régulariser votre situation". Qu'attendez-vous de moi, M. Arnaud? Un remords en lisant votre prose?

"Je vous prie de croire, Monsieur, l'assurance (sic) de mes sentiments les meilleurs". Changez de secrétaire, M. Arnaud. Le ou la vôtre maîtrise mal sa grammaire, ses accents et ses majuscules. Il (elle) bâcle les formules de politesse, ce qui fait mauvais genre. Mais je crois bien volontiers, cher camarade, cher ami, à l'assurance de vos sentiments les meilleurs.

"Philippe Arnaud". Je l'avoue avec honte, M. Arnaud, j'ignorais tout de vous avant de recevoir ces lignes. D'autres pourraient témoigner que je n'ai pas fait que passer à l'UDF. J'y ai mouillé la chemise à l'occasion. Pas plus, mais pas moins que d'autres. Et jamais je n'avais entendu parler de vous, M. Arnaud, même à propos de la CNAC.

Alors, oui, M. Arnaud, je vous ai "googlé". Mille excuses, M. le sénateur, mais vous êtiez demeuré à mes yeux de militant UDF dans une discrétion de bon aloi, jusque-là. Je connais un peu la Charente, j'aime assez la géographie électorale, et pourtant... Silence radio.

Je suis un numéro de carte à rayer pour vous ; vous n'avez pas daigné exciper de votre qualité d'élu de la Nation pour moi.

Inconnu pour inconnu, parlons-nous en militants, mon cher Philippe : il se trouve que beaucoup d'hommes et de femmes rêvent de retrouvailles du Centre dans les mois ou les années qui viennent.

Le ton de ta lettre, cher camarade, m'a glacé l'échine. Sache cependant qu'au jour attendu, notre accolade fraternelle n'aura rien d'un baiser Lamourette pour moi.

A toi sans rancune,

                                 David Valence.

jeudi, septembre 20 2007

Du bon usage de Retz

Les plus mitterrandiens de nos lecteurs savent que leur grand homme goûtait les mémorialistes du Grand Siècle. De sa dilection toute particulière pour Paul de Gondi, cardinal de Retz, le natif de Jarnac ne faisait pas mystère. Les proches racontent à qui veut l'entendre qu'une phrase du grand Frondeur revenait souvent sur les lèvres de Mitterrand : "on ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment".

Chacun pourra vérifier l'exactitude de la citation en se plongeant dans la touffeur des Mémoires. Ce n'est pas ici notre objet. Je révélerai au contraire que cette sentence cardinalice m'est revenue en mémoire à la faveur d'un colloque récent sur la réforme des institutions.

C'était hier 19 septembre, à l'Assemblée nationale.

Le décalage horaire lestait mes membres du poids de plus d'années que je n'en ai encore. L'événement étant organisé par le Nouveau Centre et le courant des Réformateurs (au sein de l'UMP) dans une belle salle de l'Assemblée nationale, je me suis cependant fait violence. A l'heure où la Commission Balladur entame ses travaux, comment se désintéresser de la loi commune et fondamentale?

Salle Colbert, du beau monde : notre ministre Hervé Morin, Philippe Houillon (député UMP, qui s'est illustré lors de la Commission d'enquête sur l'affaire d'Outreau), Arnaud Montebourg, le constitutionnaliste Bastien François, le politiste Pascal Perrineau, Jean-Christophe Lagarde, ainsi que Gérard Longuet. A voir ce dernier, remarquable Président du conseil régional de Lorraine avant 2004, mon coeur de Vosgien se réjouissait. Et le sénateur de la Meuse d'introduire en effet les débats avec précision et habileté.

Les orateurs qui suivirent se rejoignaient - hormis Jean-Christophe Lagarde- sur la nécessité de limiter, voire d'empêcher radicalement tout cumul des mandats pour les parlementaires, exception étant accordée au Sénat. Il fut aussi question de la limitation de l'usage du 49-3 au vote du budget, de la maîtrise de leur ordre du jour par les Chambres elles-mêmes, ainsi que de la nécessité de rompre avec la pratique du "domaine réservé" (théorisée par Chaban-Delmas) en permettant à l'Assemblée de se prononcer a priori sur le mandat des représentants de notre pays dans les négociations internationales ou européennes.

Après quelques minutes, ce bon vieux cardinal de Retz se rappelait toutefois à notre souvenir. "On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment".

Les intervenants l'avaient peut-être lu qui, Arnaud Montebourg, Bastien François et Jean-Christophe Lagarde mis à part, évacuaient soigneusement la question de la responsabilité du président de la République et de la suppression du Premier ministre. Mais aussi, comment résister aux blandices d'un régime mi-chèvre, mi-choux, à qui on reconnaît une bienfaisante souplesse (elle n'est qu'unidirectionnelle)? D'autant que la pratique institutionnelle permet au Président de se décharger des arbitrages embarassants sur un Premier ministre fragile. Douce, confortable ambiguïté, qui ne profite depuis des lustres qu'au seul Chef de l'Etat : comme si le vote présidentiel valait délégation absolue du pouvoir à un seul homme...

Humilité à part, il me semble que la question première que doivent se poser les membres de la commission Balladur est la suivante : devons-nous, oui ou non, trancher en faveur d'un régime présidentiel en droit, et contre un régime hyper-présidentiel en fait?

Des réponses différentes peuvent y être apportées : avec Arnaud Montebourg, Bastien François ou Jean-Louis Bourlanges, je pencherais spontanément, par incorrigible libéralisme politique, en faveur d'un régime parlementaire à l'allemande, qui offrît toutes les garanties de stabilité. Ce régime-là, c'est d'ailleurs celui que défendirent toujours les penseurs de la modération et du libéralisme (Thibaudet, Aron, ...). Las! Le souvenir de la IVe République a agi dans l'opinion publique comme un miroir déformant pour tout le parlementarisme, en réduisant les mérites à rien, et les défauts à l'essentiel, c'est-à-dire la survie de la Nation et de l'Etat.

L'élection du Président de la République au suffrage universel direct, la réforme du quinquennat et l'inversion du calendrier -que François Bayrou, tout à ses mirages élyséens, fut le premier à réclamer- ont fait glisser le régime de la Ve République sur une pente monarchique. Il eût pu en être autrement, et Michel Debré regretta un temps, après 1958, qu'on se résigne à cette lecture-là de notre Constitution.

La politique se veut art du possible : il ne sert à rien de regretter la lampe à huile ou la marine à voile, pas plus que les occasions perdues de revenir à la norme européenne d'un chef de l'Etat qui arbitre et d'un chef de gouvernement qui gouverne. Arnaud Montebourg et Bastien François eux-mêmes n'osèrent hier d'allusions que voilées à la vieille tradition républicaine : celle d'un Parlement qui légifère vraiment. Comme nous -humilité toujours à part-, ils semblaient prêts à accepter qu'on tournât le braquet dans l'autre sens, l'ambiguïté des institutions s'avérant à l'usage plus handicapante que bénéfique.

A cette heure, l'établissement en droit d'un régime présidentiel ne déferait pas beaucoup des plis imprimés à notre lecture de la Constitution. Il se traduirait surtout par un renforcement considérable des pouvoirs du Parlement. C'est une réalité méconnue en France, mais le Président des Etats-Unis d'Amérique se heurte souvent au Congrès, même quand celui-ci est dominé par son "camp". Dans de nombreux cas, il est contraint de négocier avec les (autres) représentants du peuple. Cet équilibre strict entre des pouvoirs qui ne procèdent nullement l'un de l'autre a pu produire des catastrophes (la réforme de la protection sociale par Bill Clinton en 1996 ; la guerre en Irak) comme des textes équilibrés et justes (les lois de lutte contre la discrimination votées sous Lyndon B. Johnson). Répétons-le : le président Sarkozy est aujourd'hui plus puissant dans les faits, en France, que George Bush ne l'est lui-même sur le territoire américain.

En refusant de trancher le noeud gordien -ici le caractère hybride du texte de 1958, qui ne convenait peut-être qu'à de Gaulle-, Hervé Morin, Gérard Longuet ou plus encore Philippe Houillon semblaient hier pécher par timidité. François Bayrou avait choisi de demeurer, lui aussi, dans l'ambiguïté sur ce sujet, pendant sa campagne présidentielle.

Certes, il est bon que la main tremble à l'heure d'opérer l'organe vital de la démocratie. Rien de plus naturel que de se méfier des remèdes de cheval. Mais on ne résoudra rien en multipliant les interventions bénignes, alors que c'est le coeur de la République qui est touché.

Comment expliquer que beaucoup rechignent, au Centre et à droite, à penser globalement une réforme institutionnelle, comme Jack Lang ou Edouard Balladur, en vieux praticiens du pouvoir, surent le faire autrefois?

Ne négligeons pas, d'abord, ce travers français qui veut qu'un titre, surtout lorsqu'il est prestigieux, ne puisse disparaître. Gare à celui qui supprimerait le Premier ministre, quand tant d'hommes rêvent des ors -et du jardin- de Matignon, sans en bien mesurer les servitudes! Ne minimisons pas non plus ce que peut avoir de confortable et de rassurant la présence hebdomadaire parmi eux, pour les députés ou les sénateurs, du 3e personnage de l'Etat. N'ignorons pas enfin que le chef du gouvernement prête une oreille plus compréhensive que le président de la République aux demandes de modification du tracé des routes ou de plan de sauvetage d'une usine...

Est-ce suffisant pour maintenir une fonction qui, en servant de paravent à l'omnipotence présidentielle, contraint les parlementaires à dialoguer avec l'exécutif pour l'amour du verbe et par intermédiaire? Notre réponse -et qui nous coûte, je le répète- est négative, sans ambiguïté. Jean-Christophe Lagarde nous a semblé pencher dans le même sens, pour des raisons proches.

Avec tout le soutien que je leur accorde dans leur action politique, et avec leur permission, je pourrais conseiller à certains des dirigeants présents en salle Colbert de préférer Alfred de Musset au cardinal de Retz, contre tout goût strictement littéraire. En matière constitutionnelle, je crois qu'"il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée" plus qu'au danger de rompre avec l'ambiguïté.

samedi, juillet 21 2007

Beau comme un naufrage

Un de mes camarades de l'UDF, depuis égaré au MoDem, affirmait souvent qu'il était deux façons de faire de la politique : militer pour la beauté du geste ou des idées ; militer pour se présenter, un jour, aux électeurs. Qu'il ait choisi la seconde, c'est une autre histoire... Mais un brin d'auto-analyse me conduit à penser que la définition péche par étroitesse. On peut également militer en esthète, par plaisir d'entrer dans une arène où le discours et les actes se confondent souvent.

Aux heures les plus noires de mon engagement en politique, le plaisir esthétique trouvé là m'a retenu de couper court. Ainsi de la campagne présidentielle de François Bayrou. Défendu sur ce blog jusqu'au 22 avril, le député du Béarn n'a cessé depuis lors d'agacer le bon sens et de s'isoler. Etait-ce si imprévisible?

Il est temps de dire que notre campagne reposait sur une hypothèse, et une seule : la victoire. Une victoire qui eût défié l'histoire de notre pays, stupéfait l'Europe, dérouté chacun. Les militants de l'UDF, sur les marchés et les routes de France, portaient en bandoulière un fusil à un coup. Nous faisions comme s'il suffisait de savoir tirer pour l'emporter, mais d'autres étaient plus habiles que nous. L'esquif sembla un temps prendre le bon vent. On parlait de triomphe à la barbe des deux grands. On rosissait en pensant aux cabinets ministériels qui nous accueilleraient, aux cartes de visite. Quelle fierté, aussi, de se dire alors : "Nous avons eu raison contre tout le monde". C'est de cet opium-là que les MoDemistes vont avoir à se sevrer. Le 22 avril, le sort en fut jeté. Les Français ont préféré Nicolas Sarkozy, passez muscade.

A maintes reprises entre janvier et avril 2007, j'essayai de me convaincre que le pari bayrouiste touchait juste. Mes amis sont témoins qu'une autre voix me soufflait des réflexions moins amènes sur l'amateurisme de certains, le boy-scoutisme de beaucoup, le sectarisme de quelqu'une.

Aujourd'hui, rien ne bouge. Le Nouveau centre balbutie, le MoDem est encore l'UDF. Chacun regagne sa vie en regrettant la griserie des campagnes : petits matins près du métro, camaraderie sans façon aucune...

Je suis resté à l'UDF jusqu'à aujourd'hui : on ne m'a ni suspendu ni exclu. Pourquoi avoir surmonté mes doutes pendant la campagne de François Bayrou? La question revient comme un boomerang.

C'est ici que le "militantisme de l'esthète" refait surface. Lorsque tout est consommé, il demeure. Il me coûte beaucoup de l'avouer, mais la part d'amer plaisir n'était pas mince dans ma décision de croire en la réthorique bayrouiste.

Pour me faire comprendre, je renverrai les curieux à une nouvelle de Robert Louis Stevenson : "Les gais lurons". Titre trompeur! Un homme y trouve un plaisir atroce à regarder, depuis son île, sombrer les navires dans un océan d'encre, et glacé. Il en perd la raison... Le reste, vous le lirez peut-être.

Aujourd'hui, le ressac ramène chaque jour un débris de l'esquif centriste : ouverture, réforme des institutions, ...

Dirai-je que je regrette parfois d'avoir eu raison?

lundi, juillet 9 2007

Retour de flamme

A la fois heureux et contraint de dédaigner l’événement, j’ai cru échapper pour quelques jours à la politique.

Le flux et le reflux des passions suivent en la matière une logique implacable : après l’excès d’aliments du printemps, où chaque heure amenait son information ou sa conversation politiques, le jeûne volontaire des mois à venir. J’entends déjà ici certains camarades me dire leur souci de prendre du champ, de mener leur carrière et d’assurer leurs arrières avant de s’immerger à nouveau dans le grand bain. Parions même que le nombre des naissances augmentera en mars ou avril 2008, qui traduira le retour à des flammes moins collectives mais tout aussi délicieuses.

Ce qui est vrai de beaucoup, je viens d’en faire l’expérience, ne se vérifie pas pour moi.

Encarté depuis l’âge de seize ans, je devrais me moquer de ce mirage de détachement qui resurgit, chaque fois plus séduisant, derrière le scrutin. Dans le loisir connu ces derniers temps, la politique m’aura abandonné trois jours –comme un alcoolique dit du vin qu’il le boude-. Trois jours sans radio allumée, sans encre au bout des doigts après la lecture de Libé, sans hypothèse échafaudée en privé sur la stratégie de tel ou tel.

Et puis, de manière subreptice, vous réclamez des journaux à vos proches, vous contraignant d’abord en n’en pas lire les pages de toujours pour vous les plus brûlantes… Avant de céder lamentablement. Une drogue. Un kif, pour plagier Anaïs Nin.

En l’espèce, j’ai été assez vite récompensé de mon intempérance par une information réconfortante. Depuis l’examen du projet de loi instituant un bouclier fiscal par la Commission des finances de l’Assemblée nationale, nul ne peut ignorer l’utilité des députés du Nouveau centre. A cette occasion, Charles de Courson, député de la Marne et inspecteur des finances en disponibilité, a pu faire adopter un amendement excluant dudit bouclier la CSG et le CRDS, au nom de la rigueur budgétaire et de la solidarité nationale.

Sous le voile du vote, on distingue certes l’union des contraires, qui vit les élus les plus libéraux, partisans d’une franche suppression de l’ISF, mêler leurs voix aux socialistes, anges redistributeurs, et à Courson le budgétaire sourcilleux. L’amendement en question a peu de chances d’être adopté dans l’hémicycle, car le président du groupe UMP, en redoutable garde-chiourme, croit avoir sifflé la fin de la récréation. Loin de moi donc l’idée de confondre la flibuste parlementaire avec l’influence.

Mais l’opinion informée sait désormais –François Sauvadet l’avait annoncé après le discours d’investiture de François Fillon- que les députés du Nouveau centre resteront fidèles aux convictions exprimées lors de la précédente législature : souci de réduire la dette, d’assurer une meilleure représentation de la société française au Parlement, de construire une république où les présidences de grands groupes publics ou d’organismes qualifiés cessent d’être vues comme autant de fromages à partager entre soi.

Qui entendra François Bayrou, orateur pourtant remarquable en ces lieux, au Parlement ?

Au Palais Bourbon, il ne suffit pas de parler pour être entendu, contrairement aux affirmations du député des Pyrénées atlantiques. Il n’est pas inutile, il est même indispensable, pour que la voix y porte, de la faire émerger d’un groupe.

Le président du MoDem se rêve désormais en tribun de la plèbe, isolé et magnifique parmi les brebis bêlantes. Mais à parler pour trois parmi 574 autres, on finit par s’égosiller, se fatiguer. Un exemple : les électeurs du MoDem sont-ils certains qu’un de leurs trois députés assistera à la discussion de la loi Dati sur les multirécidivistes ? Les contraintes d’emploi du temps se conjugueront pour rendre Jean Lassalle, Thierry Benoît et François Bayrou inaudibles demain à l’Assemblée.

Et les lumières de s’éteindre peut-être pour le plus beau Don Quichotte de l’histoire politique récente...

jeudi, juin 21 2007

Les libéraux-démocrates entre impuissance et influence

Nicolas Sarkozy n'a pas le privilège de l'ouverture, qui a souhaité inclure de nouvelles personnalités de gauche dans le gouvernement Fillon II. En Grande-Bretagne, le Chancelier de l'Echiquier Gordon Brown envisage de marquer sa prochaine accession au poste de Chef de gouvernement en intégrant certains élus libéraux-démocrates dans son équipe.

Rappelons d'abord que lors des dernières élections générales, le parti de Charles Kennedy avait rassemblé plus de 20% des suffrages exprimés en Grande-Bretagne. Depuis, le Roux le plus populaire du Royaume-Uni, convaincu d'alcoolisme, a été contraint de démissionner. Sir Menzies Campbell, un autre Ecossais -comme Gordon Brown- lui a succédé.

Rappelons encore que les Libéraux-démocrates n'ont plus dirigé le gouvernement britannique depuis 1919, et n'exercent que rarement des responsabilités ministérielles. Ce qui signifie certes pas que leurs élus soient inutiles, compte tenu du rôle du Parlement dans la vie publique, à Londres.

L'identité de cette formation est assez complexe pour un esprit français : positions très "ouvertes" en matière de libertés privées et publiques, europhilie inhabituelle outre-Manche, libéralisme économique parfois mâtiné, exigences électorales obligent, d'accents très sociaux. Globalement, les Libéraux-démocrates se distinguent par leur opportunisme en matière d'idées, conjugué à un jusqu'au boutisme stratégique qui leur fait souvent repousser les offres de leurs grands voisins conservateur et travailliste.

Toute ressemblance avec l'évolution que connaît actuellement une certaine formation politique serait fortuite...

Or, il semble que Gordon Brown souhaite élargir sa majorité en faisant entrer au gouvernement des hommes comme Lord Carlile (possible ministre de la Justice, ou plutôt Attorney general), Lord Lester, Lord Ashdown, le prédécesseur de Charles Kennedy à la tête des Libéraux démocrates. Ajoutons que Lord Ashdown avait poursuivi des négociations avec Tony Blair lors de la première victoire travailliste, en 1997, sans résultat. Les discussions actuelles pourraient s'avèrer plus fructueuses.

Au moment où -malgré les dénégations de Lord Campbell Menzies-, la question se pose en Grande-Bretagne d'un ouverture qui permette de mieux gouverner encore, dans un esprit de rassemblement, le MoDem devrait faire preuve de circonspection, avant de s'engager sur la voie d'un centro-centrisme puriste et sans retour.

mardi, juin 19 2007

Dernière minute : Jean-Christophe Lagarde rejoint le Nouveau centre

Le groupe parlementaire du Nouveau centre comptera donc 22 élus.

Dans mon billet sur "La pluralité des centres", je m'étais refusé à considérer Jean-Christophe Lagarde comme membre du MoDem...

La composition du gouvernement Fillon II, et quelques brefs commentaires

Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a annoncé, le 19 juin, la composition du nouveau Gouvernement de François Fillon.

Ce Gouvernement compte quinze ministres, seize secrétaires d’Etat et un haut commissaire :

Jean-Louis Borloo : ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables

Michèle Alliot-Marie : ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales

Bernard Kouchner : ministre des Affaires étrangères et européennes

Christine Lagarde : ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi

Brice Hortefeux : ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement

Rachida Dati : garde des Sceaux, ministre de la Justice

Michel Barnier : ministre de l’Agriculture et de la Pêche

Xavier Bertrand : ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité

Xavier Darcos : ministre de l’Education nationale

Valérie Pécresse : ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Hervé Morin : ministre de la Défense

Roselyne Bachelot-Narquin : ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports

Christine Boutin : ministre du Logement et de la Ville

Christine Albanel : ministre de la Culture et de la Communication

Eric Woerth : ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique

Roger Karoutchi : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement

Jean-Pierre Jouyet : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des Affaires européennes

Laurent Wauquiez : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement

Eric Besson : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques

Valérie Létard : secrétaire d’Etat auprès du ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, chargée de la Solidarité

Dominique Bussereau : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargé des Transports

Nathalie Kosciusko-Morizet : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargée de l’Ecologie

Christian Estrosi : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales, chargé de l’Outre-Mer

André Santini : secrétaire d’Etat auprès du ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, chargé de la Fonction publique

Jean-Marie Bockel : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie

Hervé Novelli : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, chargé des Entreprises et du Commerce extérieur

Fadela Amara : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Ville et du Logement, chargée de la Politique de la ville

Alain Marleix : secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens Combattants

Rama Yade : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’homme

Luc Chatel : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, chargé de la Consommation et du Tourisme

Martin Hirsch : haut commissaire auprès du Premier ministre, aux Solidarités actives contre la pauvreté

Bernard Laporte : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, chargé de la Jeunesse et des Sports (à compter de fin octobre 2007).

On peut regretter l'absence de Christian Blanc ou de Maurice Leroy. L'ouverture à gauche est plus large qu'au centre, sans doute pour des raisons cosmétiques. Mais je me réjouis tout particulièrement de l'entrée de Valérie Létard au gouvernement.

Autre défaut de cette équipe : l'absence de secrétaire d'Etat aux droits des femmes et à la Parité, alors qu'il reste beaucoup à faire pour lutter contre les mauvais traitements privés, ou les inégalités au travail.

Sur le plan géographique -un peu de Clochemerle-, certaines régions sont les "oubliées" du Gouvernement : Bretagne, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Franche-Comté, Lorraine, Basse Normandie et Corse (enfin, quoique, avec Santini et Estrosi...).

Quant à la nomination de Bernard Laporte, qu'en dire, sinon qu'elle relève du gadget?

Michel Barnier à l'Agriculture me semble en revanche une bonne idée sur le papier, compte tenu de la densité de ses réseaux européens. N'oublions pas que la PAC sera re-négociée à un horizon très, très prochain...

Sans rire, remarquons aussi que Roselyne Bachelot, Roger Karoutchi et André Santini font désormais contrepoids à Boutin-la-pudeur!

lundi, juin 11 2007

La saveur des regrets

Les résultats du 1er tour des élections législatives sont désormais connus, qui confirment malheureusement nos prévisions les plus pessimistes pour le MoDem.

Cette jeune formation politique a réuni 7,61% des suffrages exprimés, soit le niveau d'étiage de la famille centriste en France, un résultat comparable au score de Bayrou en 2002. Retour à la case départ, pourrait-on dire. Pas tout à fait : il faudrait parler plutôt d'une situation inédite.

Nous avions écrit ici que l'électorat de François Bayrou le 22 avril 2007, dont nous étions, se composait pour une part de votants de rencontre : il ne pouvait être que malaisément retenu par la marque MoDem. Ceci s'est vérifié jusqu'à la caricature.

A Paris, où François Bayrou avait réalisé 20% des voix des voix dans la quasi-totalité des arrondissements, aucun candidat du MoDem n'est en situation de se maintenir au second tour. D'après nos calculs, même Marielle de Sarnez, qui réalise le meilleur résultat parisien dans la 11e circonscription (ouest du 14e arrondissement) avec 18,37% des exprimés, ne passerait pas la barre des 12,5% des inscrits (11,9% exactement), laissant à Mme Guedj et à M. Cochet le soin d'en découdre.

S'agissant des derniers Mohicans du MoDem, la tableau est déjà très sombre. Si on met de côté Jean-Christophe Lagarde, présent lors de la rencontre de François Fillon avec les députés de la majorité à l'Hôtel Matignon, François Bayrou apparaît comme le seul sortant certain, à moins d'une monstrueuse surprise, d'être réélu.

Qu'on en juge :

-Jean Lassalle, dans la 4e circonscription des Pyrénées atlantiques, a été devancé par le candidat UMP ; mais ses chances de réélection sont importantes, de l'ordre du 55/45 ;

-Anne-Marie Comparini, élue sortante de la 1ere circonscription du Rhône, est déjà éliminée ; elle n'a obtenu que 17,37% des exprimés, et nettement moins de 12,5% des inscrits ; l'UMP devrait emporter aisément ce siège ;

-Gilles Artigues, député sortant, est arrivé en 3e position dans sa circonscription (1ere de la Loire), ne rassemblant que 20,8% des exprimés ; il ne peut, lui non plus, se maintenir au 2e tour, la participation ayant été particulièrement faible dans l'agglomération stéphanoise.

Hormis -et de manière hypothétique- Jean-Marie Cavada, qui affronte Henri Plagnol dans le Val de Marne (ballotage très défavorable pour le député européen), le MoDem ne peut espérer gagner aucun siège le 17 juin. La conclusion tombera alors, lapidaire : le MoDem devrait ne compter que deux députés (élus du même département, les Pyrénées atlantiques), voire un seul (ce n'est pas exclu) au soir du second tour ; j'ai nommé François Bayrou.

Sur le plan parlementaire, en somme, soit un parti régional, soit le parti d'un seul homme. On a vu plus grande réussite.

A titre personnel, et ayant naturellement conservé au MoDem de solides amitiés, je tiens à saluer les résultats obtenus par quelques proches, ou simples connaissances.

Que Mario Stasi (1ere circonscription de Paris) ou Julianne Bir (3e circonscription de Moselle) soient félicités pour leurs excellents résultats.

Que Pascal Thomas, qui réalise le 2e meilleur résultat vosgien du MoDem (7,58%), dans la circonscription la plus rétive à François Bayrou le 22 avril 2007, soit rassuré quant à son avenir déodatien : il se paie le luxe de faire mieux que la moyenne nationale du centre dans un territoire en crise (délocalisations multiples) et peu favorable a priori au message du MoDem. Chapeau, l'artiste!

Enfin, je tiens à dire à Aziz Senni, sans doute très déçu par son résultat à Mantes-la-Jolie, qu'il a posé au cours de cette campagne des jalons pour l'avenir et que la politique est affaire de volonté et de persévérance. Je sais qu'Aziz en fera preuve.

Plusieurs députés du Nouveau centre ont été réélus ou élus hier. Mes plus vives félicitations vont à :

-Hervé Morin, dans la 3e circonscription de l'Eure ;

-Rudy Salles, dans la 3e circonscription des Alpes maritimes ;

-Charles de Courson, dans la 5e circonscription de la Marne ;

-Francis Hillmeyer, dans 6e circonscription du Haut-Rhin ;

-François Sauvadet, dans la 4e circonscription de la Côte d'Or ;

-Philippe Vigier, élu pour la première fois dans la 4e circonscription d'Eure-et-Loir, avec 57,1% des suffrages exprimés.

Ajoutons à cette liste Pierre-Christophe Baguet, ancien membre du groupe UDF à l'Assemblée nationale, réélu dans la 9e circonscription des Hauts de Seine, et Christian Blanc, apparenté UDF, réélu dans la 3e des Yvelines.

Dépassent les 40% des exprimés :

-Nicolas Perruchot, dans la 1ere circonscription du Loir-et-Cher ;

-François Rochebloine dans la 3e circonscription de la Loire ;

-André Santini dans la 10e des Hauts de Seine ;

-Jean Dionis du Séjour dans la 1ere du Lot-et-Garonne ;

-Jean-Christophe Lagarde dans la 5e de Seine Saint-Denis ;

-Jean-Pierre Abelin dans la 4e de la Vienne ;

-Yvan Lachaud dans la 1ere circonsciption du Gard ;

-Stéphane Demilly dans la 5e circonscription de la Somme ;

-Olivier Jardé dans la 2e circonscription de la Somme ;

-Michel Hunault dans la 6e circonscription de Loire-Atlantique.

Maurice Leroy -affaibli par un divers droite au 1er tour dans la 4e circonscription du Loir-et-Cher- et Philippe Folliot, dans la 3e circonscription du Tarn sont eux aussi, presque certains d'être réélus.

Le compte n'y est pas pour l'instant, puisque les noms cités ne représentent que 19 élus, soit un de moins qu'il n'est nécessaire pour former un groupe parlementaire. Il convient dès lors que des combats plus hasardeux, serrés ou difficiles soient emportés dans la 1ere circonscription de Vendée, par Jean-Luc Préel (triangulaire prévisible), dans les 2e et 3e circonscriptions du Calvados (Rodolphe Thomas et Claude Leteurtre), dans la 7e circonscription du Nord (Francis Vercamer), enfin dans la 2e circonscription de Haute-Savoie (Bernard Bosson).

L'essentiel tient à ceci : les électeurs ont donné les moyens à un centre utile mais libre d'exister. Je suis convaincu que, demain, nos amis du MoDem sauront tirer le bilan des embardées à gauche de François Bayrou, et reformer avec nous la grande famille de l'UDF.

mardi, juin 5 2007

Conférence sur l'avenir du MoDem, mardi 5 juin 2007

Mardi 5 juin 2007 à 19h15, la très efficace équipe de l'UDF-Mouvement Démocrate Sciences-Po organise une soirée-débat avec Jean Peyrelevade, Ancien PDG du Crédit Lyonnais, ancien membre du cabinet de Pierre Mauroy à Matignon, et Co-auteur du programme économique de François Bayrou.

Jean Peyrelevade interviendra autour de la thématique suivante :

"Au lendemain du 6 mai, quel avenir pour le Centre ?"

Les responsables de l'UDF-Modem à Sciences-Po Paris m'ont invité à tenir le rôle de discutant lors de ce débat. Je m'exprimerai en tant que (jeune) chercheur en histoire, et non en qualité de membre de l'UDF.

Je tiens d'ailleurs à saluer ici l'ouverture de l'UDF-Modem Sciences-Po : les étudiants qui en sont responsables, quoiqu'opposés aux positions que j'ai pu prendre sur ce blog, m'ont fait crédit de mon indépendance d'esprit.



N'hésitez pas à venir nombreux!

Sciences-Po, amphithéâtre Albert Sorel 27 rue Saint Guillaume, Paris 7e. Métro Rue du Bac, Sèvres-Babylone, Saint-Germain-des-Prés Entrée libre

dimanche, juin 3 2007

Pour Eric Woerth

La crainte d'alimenter une forme de haine du politique retient souvent l'analyste, lorsqu'il s'agit de pointer les écarts entre promesses de campagne et réalisations effectives.

Ce hiatus-là tient d'abord à ce que les projets présidentiels et législatifs raisonnent plus volontiers sur le structurel que sur le conjoncturel ; il faudrait, pour changer la donne, que les candidats élaborassent des scénarii de court terme ; ils pourraient ensuite dévoiler aux électeurs les lignes de conduite qu'ils choisiraient d'adopter dans telle ou telle situation.

La principale explication du fossé entre intentions et réalisations, c'est évidemment la démagogie. Je ne me prononcerai pas sur les intentions de Nicolas Sarkozy quand il évoqua, en campagne, la déductibilité des intérêts de l'emprunt sur l'assiette de l'impôt.

Chacun se fera une idée à cet égard. On sait pourtant les défauts de cette mesure, cadeau insensé aux acquéreurs de résidences secondaires, stimulant irresponsable à la croissance des prix de l'immobilier.

Au lendemain de la victoire de Sarkozy, le nouveau ministre des Comptes publics, Eric Woerth, précisa les contours du propos présidentiel. En en rabotant un peu les coins, c'est entendu. Mais j'avoue avoir soupiré de soulagement en apprenant que seuls les intérêts concernant les emprunts à contracter pour l'achat d'une résidence principale seraient visés, à hauteur de 20%. Le grand argentier tenait son rang, qui rappelait chacun à l'orthodoxie financière, à la raison têtue du chiffre.

On se disait que la droite avait peut-être trouvé un Poincaré au petit pied, un Reynaud d'arrière-boutique, un Pinay de seconde main, un Giscard de second rang. Las! La règle du maître d'école Sarkozy corrigea les os digitaux du pauvre Woerth, ci-devant maire de Chantilly.

Au Havre, Nicolas Sarkozy a parlé d'une loi qui s'appliquerait à l'ensemble des emprunts en cours. Pour mieux menacerà l'Elysée, jeudi 30 juin, l'élu de l'Oise : "un de mes ministres a succombé aux sirènes du politiquement correct, je ne laisserai pas dénaturer mon projet".

Il ne s'agit pas de "politiquement correct", mais de l'opportunité d'une annonce "rigoureuse" en campagne électorale, bien sûr.

Outre le soutien que j'apporte à M. Woerth sur le fond, je m'avoue troublé sur la forme.

Est-il bien sain que le ministre des Comptes publics tienne un rôle de fusible, quand il est aussi un ministre de l'Avenir, au même titre que ceux de l'Ecologie ou de l'Education nationale? Est-il souhaitable que le président de la République couvre la voix de la maîtrise des dépenses publiques?

Que M. Woerth, en son bureau surplombant la Seine, se sache assuré de notre estime.

Il appartiendra demain aux députés du "Nouveau centre" de s'ériger en vigies constructives mais libres d'une possible dérive des comptes publics dans les cinq années qui viennent.

jeudi, mai 31 2007

Confusion d'après-bataille, ou de la pluralité des centres

Renouer avec l'analyse politique est pénible, en ces heures de digestion post-présidentielle. On voudrait avoir cheminé le long de sentes littéraires ou artistiques, avant de pouvoir évoquer sans lassitude la mêlée électorale.

Las! Les servitudes du calendrier m'imposent, comme à chaque électeur, de retourner aux urnes les 10 et 17 juin prochains : certains seront dispensés de 2e tour, mais il est hautement improbable que ce soit mon cas. En passant, rien ne dit mieux la soumission de notre Parlement, et sa faiblesse, que l'enchaînement de la petite foulée législative sur le marathon présidentiel. A posteriori, chacun s'interrogera en son for intérieur sur l'opportunité passée de l'inversion du calendrier électoral, décidée en 2002 par Lionel Jospin, avec l'accord plein et entier de François Bayrou.

Or donc, il faudrait peser à nouveau, se passionner encore, et vibrer derechef. L'heure n'est plus pourtant où les citoyens pouvaient s'abstraire dans un combat collectif au long cours, et les conversations de bistrots tournent à nouveau, depuis le 6 mai 2007, autour des vacances en Bretagne, de la collègue qui va accoucher ou de la dernière série télévisée de TF1.

C'est dans cette apathie apparente que point un nouveau parti centriste, installé librement dans la majorité présidentielle. Lancé le 29 mai dernier à l'Assemblée nationale, il rassemblera l'essentiel des députés UDF sortants, parmi lesquels Hervé Morin, devenu ministre de la Défense, François Sauvadet, Maurice Leroy, Rudy Salles, Francis Hillmeyer ou Charles de Courson. Quelques sénateurs devraient également le rejoindre, comme l'ancien ministre des Finances Jean Arthuis.

Les ex-UDF passés au Mouvement démocrate raillent ce "Nouveau centre", assimilé à un parti-croupion de l'UMP, en tous cas à un parti soumis. Comme si alliance valait suzeraineté!

Plus récemment, l'examen de la liste des candidats "PSLE" (Parti social-libéral européen), qui se réclament d'un centre libre dans la majorité présidentielle, a autorisé un certains nombres de "Modemistes" à en rajouter dans le mépris et l'amertume. Ces candidats ne seraient que des marionnettes, des prête-noms pitoyables, et Hervé Morin un séide de Sarkozy, le "Nouveau centre" ayant pour contrat d'assécher les terres bayrouistes.

Je reconnais que l'urgence n'a pas toujours permis aux hommes du "Nouveau centre" de peser au trébuchet l'intérêt de telle ou telle candidature. Nécessité fait loi, et le devoir incombait aux parlementaires UDF de montrer qu'un centre-droit ouvert et libre pouvait exister, loin des imprécations d'un centro-centrisme stérile.

La liste des candidats du Modem est-elle beaucoup plus convaincante, quand ce parti a eu le temps nécessaire, lui, pour préparer son implantation? Le cas de Paris nous fournit une première réponse.

Les candidats du Modem dans la capitale ont été annoncés au dernier moment. La liste concoctée par Marielle de Sarnez se veut représentative de la diversité et du renouvellement attendus par les Parisiens. Une savante mixture assurément : un fond d'héritiers et de chevaux de retour (4 particules pour 21 candidats ; trois anciens Adjoints au Maire de Paris), un touche de gauche grâce aux éternels aigris du PS et des Verts (3 candidats issus des Verts, mais très marginalisés dans cette formation politique ; une ex-socialiste du Val-de-Marne), pour qui le Modem fait office de voiture-balai ; enfin, une salutaire pincée de diversité visible, essentiellement dans les circonscriptions "râpeuses".

Grands absents : les présidents de section (hormis Elisabeth de Fresquet) et militants de terrain qui, depuis des mois, mouillent leur chemise pour un centre libre mais responsable, incarné à la présidentielle par François Bayrou. Moralité : peu de promotion interne, et des premiers rôles réservés aux copains de toujours ou aux ouvriers de la onzième heure. Est-cela, la rénovation de la vie politique?

Inutile d'insister en évoquant l'investiture de Djamel Bouras (Seine Saint-Denis), qui manifesta jadis aux côtés de l'UOIF ; celle de l'imposteur Claude Ribbe (Val d'Oise), auteur d'un livre scandaleux historiquement, dont le seul propos était de convaincre Bonaparte de crime contre l'humanité et de génocide ; celle d'une ancienne "Bovétiste" à Lyon. J'en passe, et de plus croquignolets encore.

Un certain nombre de mes camarades d'hier sont passés d'une légitime hostilité à l'encontre du bipartisme à un rejet de la bipolarisation, entre 2002 et 2007. Ce m'est d'ailleurs un déchirement que de perdre des amitiés et des fraternités militantes pour avoir souhaité être utile sans tarder.

Je reconnais que beaucoup des ex-UDF ralliés au Modem le font sur une base de conviction, ou plutôt sur celle d'un joli rêve unanimiste, parfois égotiste.

En revanche, les "ralliements" mis en scène face à la presse (Corinne Lepage, Jean-Luc Benhamias, Azouz Begag) relèvent de la plus pure tradition de l'opportunisme politique. Un parti où chacun amène ce qu'il a, sans devoir adhérer à autre chose qu'au "ni-ni" : telle est la voie sur laquelle s'engage le MoDem, qu'on pourrait surnommer "Aubesp" (Auberge espagnole), avec un peu de mauvais esprit.

Pas de danger que les clients de cette auberge-là se plaignent du menu, puisqu'il sont venus avec leurs propres mets, qu'ils ne changeront pour aucun autre. La tentation de l'aubergiste, afin de ne pas laisser entendre du dehors une cacophonie trop fâcheuse pour la réputation de son établissement, sera d'y imposer une discipline de fer, un maintien militaire ou des moeurs spartiates.

Croit-on que les nouveaux adhérents du Modem, cyniques ou pas, se laisseront brider par le centralisme démocratique de feue l'UDF? On peut en douter. Et rien ne garantit en 2012, le succès d'une équation posée en 2007 par François Bayrou : il faudrait pour cela que la France s'enfonçât dans la crise, ce que nous ne pouvons souhaiter.

Enfin, je voudrais faire un sort à une comparaison développée par beaucoup de "Modémistes". Oui certes, la comparaison entre le Bayrou de 2007 et le de Gaulle trahi par une partie de ses parlementaires, en 1952, est pour partie pertinente. Pour partie seulement :

-en 1952, de Gaulle plaidait pour un changement de régime, Bayrou seulement pour un changement de coalition ;

-le prophétisme de De Gaulle ne s'est trouvé vérifié qu'à la faveur d'une guerre : on peut souhaiter que la France soit en paix en 2012 ;

-en 1952, de Gaulle demeurait très entouré, et par des hommes de grande valeur (Malraux, Debré, Pompidou) ; François Bayrou est un homme seul, ou du moins est-ce ainsi que les Français le perçoivent ;

Et puis, rappelons-le comme une évidence : Bayrou, malgré toutes les qualités que nous lui trouvions jusqu'au 22 avril 2007, n'est pas de Gaulle... Son 18 juin à lui, c'est un discours appelant à voter une motion de censure!

Fin de la comparaison...

dimanche, mai 20 2007

L'action comme devoir

Le gouvernement Fillon est désormais connu ; chacun des quotidiens nationaux a consacré des pages futiles à la présentation des ministres, précisant formation et loisirs.

Chez mes amis et anciens camarades du MoDem - nom épouvantable!-, deux sentiments dominent depuis lors : la satisfaction d'avoir pesé sur le fonctionnement de la vie politique française en rendant nécessaire une ouverture du gouvernement jusqu'à la gauche, pour les plus modérés ; la haine d'un Sarkozy qu'ils dépeignent affamé par les voix de Bayrou, haine souvent ponctuée de serments grandiloquents sur le mode "nous ne baisserons pas la tête, nous ne cèderons pas, nous entrons en résistance", pour d'autres.

A l'égard d'Hervé Morin, beaucoup éprouvent de la déception, et lui reprochent son manque de foi dans le prétendu "idéal" centriste.

Dans cette perspective, la position prise par les Jeunes UDF quant au gouvernement me paraît de bon sens, même si je n'en assume pas l'aspect "langue de bois", ni le "centro-centrisme" étroit.. En bref : voeux formés pour le succès du gouvernement, promesse de veille républicaine sur les décisions, nécessité du maintien de l'UDF sur une ligne de crête étroite entre droite et centre.

L'attitude que j'adopterai à l'égard du gouvernement Fillon sera guidée par deux principes simples :

1°Chacun a le devoir, au centre et ailleurs, de souhaiter que le gouvernement Fillon et le président Sarkozy réussissent dans leur combat contre le chômage de masse et le déclinisme à la française ; cet espoir ne vaut pas forcément appui enthousiaste et aveugle ; quant aux députés UDF qui se réclament de la majorité présidentielle, ils soutiendront l'action du gouvernement dans l'ensemble, en n'abandonnant pas leur liberté de parole, quitte à tirer sur la sonnette d'alarme si nécessaire.

2°L'entrée d'Hervé Morin et demain d'autres centristes (Maurice Leroy, François Sauvadet, André Santini) dans le gouvernement Fillon ne procède pas d'une quelconque félonie ou d'un médiocre appétit de maroquins, mais bien d'une volonté profonde de servir la France. Nul ne peut contester que la majorité obtenue par le chef de l'Etat lui donne autorité pour engager l'oeuvre de réforme que réclame la société française. Hervé Morin veut y participer, d'abord parce que l'aventure est exaltante, ensuite pour pouvoir mieux infléchir que depuis un Aventin stérile certaines des dispositions les plus contestables du projet de Nicolas Sarkozy.

Dans l'ensemble, nous l'avons dit, les orientations économiques du candidat Sarkozy étaient proches de celles de notre candidat, François Bayrou. Sur le plan purement politique, la large ouverture pratiquée par Sarkozy (4 ministres issus de la gauche sur 18) reprend un thème cher à François Bayrou, même s'il s'agit plus d'une nécessité institutionnelle que d'une volonté avérée de "pomper" l'électorat du centre.

Hervé Morin succède à Michèle Alliot-Marie, avec le souci d'être utile, à sa place, sans abdiquer complètement sa liberté d'appréciation.

J'entends souvent ici et là parler d'un centre-droit vassalisé par l'UMP. C'est une fable, puisque les meilleurs résultats du centre furent obtenus en 1981 et 1974, lorsque le centre-droit, grâce à une personnalité d'exception, l'avait emporté au 1er tour sur les gaullistes. Ce paysage politique n'est plus, mais je fais confiance à Hervé Morin et même au Président Sarkozy pour assurer que la majorité restera "ouverte" et "libre".

A nous, centristes nous situant avec détermination mais vigilance dans la majorité présidentielle, d'endosser ce beau rôle de vigie sur des sujets comme les libertés publiques (plus de moyens pour la justice, réforme des modalités de la garde à vue et de la mise en détention provisoire), l'environnement (ouverture d'un large débat public sur l'EPR, augmentation des crédits d'impôts pour les particuliers s'équipant pour produire des énergies renouvelables) et l'Europe (relance de l'idée d'une réforme institutionnelle par la mise au point d'un texte court et lisible ; renforcement de l'axe franco-allemand).

Bien sûr, il nous faudra faire des concessions, avaler quelques couleuvres à l'issue de négociations serrées. Mais n'est-ce pas là la servitude glorieuse de ceux qui exercent des responsabilités?

La France va trop mal pour qu'on puisse se permettre d'attendre encore 5 ou 10 ans pour la réformer : ce mandat-là, c'est aussi nous, électeurs de second tour de Nicolas Sarkozy, qui le lui avons donné.

Aidons-le à le respecter.

mardi, mai 15 2007

Candidat nomade ou candidat mystère?

Les instances nationales du Mouvement démocrate ont attendu jusqu'au jeudi 10 mai 2007 pour délivrer les investitures aux candidats aux législatives. Ce retard est un désavantage, alors que l'UMP et le PS ne font actuellement que procéder à quelques ajustements, l'essentiel de leurs perspectives ayant été précisé fin 2006.

Dans les Vosges, Nathalie Mercier représentera le MD dans la 1ere circonscription (Epinal), Pascal Thomas dans la 2e (Saint-Dié) et Maryse Ohnenstetter dans la 4e (Neufchâteau).

Chacun aura compris que je n'envisage pas d'adhérer au MD en l'état actuel des choses, mais je me réjouis tout particulièrement que Mme Ohnenstetter et M. Thomas puissent être candidats. Il s'agit de deux élus de très grande qualité, qui ont su rester à l'écart des imprudentes embardées vers la gauche de certains autres cadres de l'UDF-88.

Une incertitude complète semble toujours planer sur le nom du candidat démocrate dans la 3e circonscription (Remiremont-Gérardmer). Cette discrétion surprend d'autant plus que François Bayrou a réalisé son meilleur résultat vosgien dans ce secteur, avec plus de 18%.

A ceux de mes lecteurs qui l'auraient ignoré, je précise qu'il avait été envisagé que je sois candidat dans cette circonscription. Des raisons personnelles m'ont amené à y renoncer fin 2006, ainsi qu'un réel malaise quant au comportement de certains responsable locaux de l'UDF. Peut-être étais-je aussi trop jeune pour tenter l'expérience...

Depuis lors, l'hypothèse du parachutage d'un "gros poisson" centriste a pu être évoquée ici et là, notamment sur le blog "ami" -quoique socialiste- de Steve Bekaï. Jean-Marie Cavada, pourtant député européen, aurait imaginé servir de challenger au très implanté François Vannson : il est évident que la non-qualification de François Bayrou pour le second tour a, depuis, calmé les ardeurs de ce remarquable élu, Vosgien de coeur et de naissance.

On annonce désormais Jean-Marie Cavada à Paris, à Strasbourg, cependant que le mirage de sa candidature à Montpellier s'estompe.

Le Mouvement démocrate entendait faire de la politique autrement, mais ce nomadisme électoral de Cavada est une façon de renouer avec des pratiques politiques archaïques et méprisantes pour les électeurs, quelle que soit l'éminente qualité du pressenti.

Que Jean-Marie Cavada choisisse une fois pour toutes entre l'Est, le Sud et l'Ile de France! Il y va de son honneur en politique.

Quant à la 3e circonscription des Vosges, le mystère reste entier sur le candidat "démocrate" qui sortira du chapeau, s'il en est un. Espèrons que les combinaisons d'arrière-cuisine ne feront pas surgir quelque apparatchik nourri au biberon d'un centro-centrisme sectaire.

Si tel devait être le cas, je ne manquerais pas de faire connaître mon point de vue, quitte à redire mon désaccord avec un mouvement qui érige le flou en valeur politique.

dimanche, mai 13 2007

L'avenir d'une illusion

Jeudi 10 mai 2007, une nouvelle formation politique est née : le Mouvement démocrate. Autant le préciser tout de suite : je n’ai pas assisté au Conseil national de l’UDF qui a entériné la volonté de François Bayrou.

Il n’était pas difficile de deviner que les opposants à cette évolution, minoritaires dans une salle emplie d’apparatchiks ou de jeunes idéalistes, seraient hués, sifflés, voire humiliés, si d’aventure on les laissait s’exprimer.

Seul Jean-Louis Bourlanges a, paraît-il, eu le cran de tenir le discours de la responsabilité au chœur des « bayrouisto-bayrouistes ». Résultat : l’intelligence la plus vive de l’UDF a quitté ses anciens camarades sous les lazzis. Belle leçon de démocratie !

Ce Conseil national décrit à lui seul le fossé dans lequel le Mouvement démocrate s’apprête à verser.

Depuis quelques mois, voire quelques années, l’UDF a été entièrement cadenassée par un petit noyau dur. Une phalange qui, loupe à la main, a mené la guerre aux esprits libres pour leur substituer des affidés, fédération par fédération.

Les statuts de l’UDF ont été appliqués selon le principe du centralisme démocratique, cher à l’ancien PCF : vous pouvez exposer vos idées, mais le débat direct entre les courants est interdit ; in fine, un vote tranchera la controverse, mais l’union devra au préalable se faire autour des seuls projets nourris « en haut ». D'où des votes à mains levées (lors de la création du Mouvement démocrate) ou des résultats de république bananière (investiture de François Bayrou ; Congrès de Lyon).

Jusqu’à la méfiance à l’égard des élus, teintée désormais d’un antiparlementarisme nauséabond, qui rappelle le PCF de la grande époque ! Seulement, là où les communistes se battaient pour changer le monde, l’UDF ne lutte officiellement que pour changer le mode de scrutin...

La vérité, c’est que la famille centriste et libérale a été victime d’une OPA progressive, visant à la transformer en un club de supporters.

J’ai beaucoup d’estime pour François Bayrou, pour qui j’ai mené campagne jusqu’au 22 avril 2007. Mais je rappelle à tous mes camarades de l’UDF que nos idées ont existé avant François Bayrou, et qu’elles lui survivront.

La personnalisation du pouvoir représenta toujours, pour la démocratie-chrétienne, un tentation ; elle n’y avait jamais cédé jusqu'à 2002, hostile par principe à l’idée que la vérité appartiendrait à un homme seul.

François Bayrou se sent investi d’une mission au service de notre pays, c’est là sa force et sa faiblesse. Ne pas douter rend plus fort, plus inébranlable, et vous donne parfois aux yeux des naïfs un air d’homme d’Etat. Ceux qui vous créditent de la sorte se trompent : Mendès France doutait par méthode, de Gaulle avec angoisse, Clemenceau avec fureur. En politique, on n’EST jamais le meilleur. On le devient, et au contact des autres.

Or, j’ai vu l’UDF, rejointe en 2002, se muer en parti de supporters, de fans plus ou moins intéressés. Un parti qui ne se révélait, à l'usage, pas plus ouvert que les autres, avec les mêmes tyranneaux de sous-préfecture, les mêmes cercles d'influence, les mêmes rumeurs, ...

Je ne répéterai pas ici les mots de Jean-Louis Bourlanges à propos de l'impasse où le centro-centrisme conduirait l'UDF. Disons qu'il s'agirait d'un sectarisme du "ni-ni", d'une stérilisation accélérée de millions de voix, aggravés par le verrouillage des instances dirigeantes du Mouvement démocrate.

La logique de François Bayrou repose sur un double pari : celui de l'échec du gouvernement à venir, d'une part ; celui d'un enlisement du processus de rénovation de la gauche. Il faut toujours se méfier des hommes qui remettent aux autres les clefs de leur propre destin, surtout s'ils prétendent entraîner des décennies de tradition politique à la semelle de leurs souliers.

Comment peut-on souhaiter que la France ne se relève pas, que la gauche ne se réforme pas?

Le Mouvement démocrate est une initiative sympathique, mais condamnée à l'échec parce que le masque débonnaire du centro-centrisme finira par tomber. Révélant aux militants qu'ils ont été abusés au nom de l'ambition d'un seul homme.

mardi, mai 8 2007

Appel des députés UDF pour un centre libre, dans la majorité présidentielle

Je reproduis ici une tribune paru dans Le Figaro, ce mardi 8 mai 2007 :

"Par les députés du groupe UDF et apparentés Jean-Pierre Abelin, Pierre Albertini, Pierre-Christophe Baguet, Christian Blanc, Charles de Courson, Stéphane Demilly, Jean Dionis du Sejour, Philippe Folliot, Francis Hillmeyer, Olivier Jarde, (suppléant de Gilles de Robien), Yvan Lachaud, Maurice Leroy, Claude Leteurtre, Hervé Morin, Nicolas Perruchot, Jean-Luc Preel, François Rochebloine, Rudy Salles, André Santini, François Sauvadet, Francis Vercamer, et Philippe Vigier, (candidat dans la 4 e circonscription d’Eure-et-Loir)



À l’issue du premier tour de l’élection présidentielle, qui avait conduit près de 7 millions de Français à se reconnaître dans le projet du centre défendu ­par François Bayrou, les 4/5 des députés UDF, de nombreux sénateurs et députés européens ont décidé de voter pour Nicolas Sarkozy. Cette décision était fondée sur trois raisons ma­jeures.



Il était clair d’abord que le programme de Ségolène Royal était incompatible sur des points centraux – économie, retraites, 35 heures, interventionnisme public débridé – avec les exigences de redressement de la France. Le projet de Nicolas Sarkozy, son souci d’en finir avec le tout-État, sa volonté de réformer les modalités d’intervention de la puissance publique et sa détermination à fonder la relance économique du pays sur une mobilisation beaucoup plus forte des capacités de travail, d’innovation et d’investissement, rencontrent très largement les préoccupations de l’UDF.



S’agissant de l’État impartial, au respect duquel l’UDF a toujours été particulièrement attentive, nous avons accueilli positivement les propositions de Nicolas Sarkozy relatives au statut de l’opposition et à la ratification des nominations aux grands emplois par les commissions parlementaires compétentes décidant à la majorité qualifiée. Nous avons noté l’accord de principe de Nicolas Sarkozy sur l’introduction d’une dose de proportionnelle pour les élections législatives de 2012 et nous souhaitons que cette introduction ne se fasse pas à des doses homéopathiques, mais vise à permettre à la majorité des députés de représenter une majorité des électeurs.



Sur l’Europe, les propositions institutionnelles de Nicolas Sarkozy, qui reprennent l’essentiel des avancées du traité constitutionnel, nous ont semblé de nature à amorcer le processus de relance de la construction européenne et à remettre la France à sa place, la première, dans les instances de décision de l’Union. Nous nous sommes réjouis de la volonté affichée par le nouveau président d’infléchir la négociation avec la Turquie dans la direction d’un partenariat privilégié. De plus, il ne s’est pas associé, comme Ségolène Royal, à des forces antieuropéennes, Jean-Pierre Chevènement ou Laurent Fabius.



Au soir du 1 er tour de l’élection présidentielle, la question qui se posait pour nous était la suivante : comment faire en sorte que les 6,7 millions d’électeurs qui avaient entendu le message de François Bayrou et voté pour lui puissent peser sur la vie politique des cinq prochaines années ? Comment, par exemple, faire en sorte que sur la rénovation de la vie politique, la construction européenne, l’éducation ou les 35 heures, le message de François Bayrou soit pris en compte dans la nouvelle majorité ?



Puisque, tant à gauche qu’à droite, dès le matin du 23 avril, on estimait l’UDF compatible, il fallait poser sur la table les conditions d’un accord de gouvernement, clairement et pu­bliquement, en indiquant les points incontournables d’un gouvernement de coalition avec un groupe parlementaire conséquent pour veiller à l’application de cet engagement réciproque. C’eût été au moins dans la pure logique de notre campagne.



L’UDF aurait pu ainsi marquer fortement de son empreinte la politique des cinq prochaines années et rendre utiles les 6,7 millions de voix qui s’étaient portées sur François Bayrou au 1er tour.



En désignant Nicolas Sarkozy comme l’adversaire principal, l’UDF — même transformée en Parti démocrate — court un risque d’isolement important ; d’autant qu’il lui faudra bien, quoi qu’on en dise, passer un accord au soir du 1 er tour des élections législatives, si l’UDF veut encore se faire entendre à l’Assemblée nationale durant ces cinq prochaines années. Cet accord ne peut pas être passé avec l’UMP puisque François Bayrou déclarait que Nicolas Sarkozy était le candidat pour lequel il ne fallait pas voter…



Nous considérons qu’il est du devoir d’une UDF libre de concourir à sa manière, avec ses méthodes et ses priorités, à l’œuvre de redressement qui s’impose aujourd’hui. Nous sommes attachés à la constitution d’une majorité pluraliste, fondée sur le dialogue et la coopération de formations politiques porteuses de la diversité des sensibilités françaises. Nous constatons à cet égard que Nicolas Sarkozy a marqué de longue date ses réserves à l’idée d’un parti unique de la majorité. Nous observons qu’il se déclare, avec plus de sagesse que son pré­décesseur, favorable à l’exis­tence d’un centre libre au sein d’une nouvelle majorité présidentielle.



C’est pourquoi, tout en conservant notre autonomie au Parlement, et sans intégrer l’UMP, nous inscrivons sans hésitation notre démarche dans la majorité présidentielle qui se dessine. Il est impératif de créer les conditions du rassemblement le plus large possible, dont la France a tant besoin… et que nous avons défendu avec acharnement durant toute la campagne électorale".

lundi, mai 7 2007

Être utile

La victoire de Nicolas Sarkozy -53,06% des suffrages exprimés, soit plus que Jacques Chirac en 1995 ou François Mitterrand en 1981- va conduire, dans les jours et les semaines qui viennent, à une recomposition profonde du paysage politique français. C’est une évidence. Examinons ensemble les possibilités tactiques et stratégiques qui s’ouvrent à un centre libéral et humaniste dans cette nouvelle configuration.

Les 18,5% réunis par François Bayrou et l’UDF lors du premier tour, dimanche 22 avril 2007, portent un message d’espoir, en même temps que de redoutables ambiguïtés.

Cet électorat se compose de multiples strates, qu’on résumera en parlant d’une frange issue de la droite modérée, d’une aile venue de la gauche sociale-démocrate et d’un marais d’anciens abstentionnistes ou électeurs « protestataires ».

Qui observe la carte du vote du dimanche 6 mai constate toute l’hétérogénéité de l’électorat hier bayrouiste : en Bretagne ou dans les Pyrénées atlantiques, il s’est massivement reporté sur Ségolène Royal ; en Alsace, en Lorraine ou en Rhône-Alpes, cet affluent est allé sans méandre rejoindre le fleuve Sarkozy.

Or, François Bayrou annonce, pour le Mouvement démocrate qu’il envisage de créer, une stratégie de désistement au cas par cas, en fonction des personnalités et dans l’intérêt de la démocratie. Les adversaires de cette stratégie ne manqueront pas de la qualifier d’opportuniste et de confortable, chaque élu "démocrate" choisissant de travailler avec qui bon lui semble, en fonction du rapport de forces local.

Une fois élus, les députés du MD (il faudra s’habituer à ce sigle) voteraient selon leur conscience, sans participer a priori d’une majorité ou d’une opposition.

Je doute que ce discours séduise d’autres militants que les centro-centristes.

Après tout, accepter que son député penche tantôt à droite, puis tantôt à gauche, sans garantie aucune, représente pour chaque citoyen une délégation de souveraineté assez exorbitante.

Entre le godillot, type UNR entre 1962 et 1967, et la ballerine souple version UDSR de la IVe République, il peut, il doit y avoir un moyen terme. Il est normal, dans une démocratie adulte, de savoir à quelle majorité participera ou ne participera pas le député pour lequel vous votez.

Des politologues comme Gérard Grumberg ont conclu de cette élection présidentielle que la bipolarisation était en marche dan notre pays.

S’il a déçu notre famille politique, le second tour du dimanche 6 mai a été voulu par 57% des Français environ (cumul des voix de Mme Royal et de M. Sarkozy). On ne peut raisonnablement prétendre que tous les murs sont tombés entre la droite et la gauche françaises.

Dès lors, dans la perspectives d’élections législatives qui pourraient conduire à un laminage des extrêmes, l’UDF se voit confrontée à deux perspectives : devenir le FDP allemand des années 80-90, ou le Parti libéral-démocrate britannique.

Dans un cas, il s’agissait –car le FDP est quelque peu déplumé par la grande coalition- d’une formation pesant entre 8 et 12% des voix, s’alliant presque systématiquement avec la droite au niveau national ; un parti où, en tous cas, les orientations stratégiques étaient définies à l’issue d’un vrai débat. Le FDP n’avait pas de vocation majoritaire, mais il pesait sur les décisions gouvernementales et les infléchissait en matière de libertés publiques, de politique fiscale ou d’environnement.

On m’objectera que le mode de scrutin allemand est très différent du français, comme la répartition des pouvoirs. On aura raison, mais la comparaison permet cependant de penser ce que pourrait être une UDF de centre-droit, exigeante à l’égard du nouveau pouvoir, mais cherchant à peser sur le cours des événements.

Le modèle des Libéraux-démocrates britanniques apparaît sensiblement différent. Ils quittèrent le pouvoir en 1919, pour ne jamais le retrouver, même s’il leur arrive de rassembler près de 25% des voix lors des scrutins fastes.

Ils représentent une force centrale et critique, aux idées assez floues sinon en matière européenne, où leur engagement tranche sur le scepticisme d’Outre-Manche. Mais, disons-le clairement, leur impact sur les décisions du gouvernement demeure négligeable. Le mode de scrutin britannique diffère également de celui de notre pays.

En l’état actuel des forces, nous avons donc le choix entre peser sur le cours des événements au prix d’un renoncement à l’Elysée, ou se lier les mains en espérant une improbable implosion d’une des deux familles politiques qui nous environnent.

Avoir l’ambition de servir et d’être utile, modestement, ou celle de renverser la table et de rafler une mise hypothétique : tel est le dilemme de François Bayrou et plus encore des militants de l’Union pour la démocratie française.

François Bayrou, c’est entendu, penche pour la seconde de nos éventualités.

Le débat avec les tenants de la première alternative doit pouvoir se dérouler dans des conditions optimales de sérénité, afin de dissiper la fâcheuse impression de centralisme démocratique que dégageaient les derniers votes internes à l’UDF (congrès de Lyon, conseil national d’Issy les Moulineaux).

La sérénité, cela suppose que les partisans d’une stratégie « à la FDP » ne soient pas systématiquement voués aux gémonies, car suspectés des calculs les plus mesquins. Les conditions d'un débat ouvert seront-elles réunies au moment de la création du Mouvement démocrate, jeudi 10 mai 2007?

Souhaitons-le...