Blog de David Valence

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Mot clé - Gouvernement Fillon

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vendredi, août 31 2007

Le calme et l'audace des vieilles troupes

La comité chargé de réfléchir à la réforme des institutions ne compte , et c’est heureux, pas que des Jerphanion : aussi vénérables que nous paraissent MM. Balladur, Lang, Duhamel et Bourlanges, le souvenir de leur énergie, au coeur de la mêlée, reste vif.

Les sages, c’est connu, réfléchissent mieux à l’ombre cependant. Qui sait où le comité en question se réunira ? Auditionnera-t-il des responsables politiques, syndicaux, des intellectuels, comme le fit naguère la Commission Stasi ? Chacun fait mine de l’ignorer.

A celui qui rechigne, on oppose la torpeur estivale. Circulez, on vous donnera quelque chose à voir dans deux semaines, trois mois ou six, c’est selon. En cas de calendrier désertique, gageons que le président de la République saura sommer les « Sages » de se presser, pour recevoir de leurs mains de nouvelles Tables de la loi fondamentale.

J’ai dit il y a peu mon sentiment quant au contenu de la feuille de route tracée par le président de la République. En bref, ce qui étonne, c’est la propension du pouvoir à invoquer la culture républicaine pour user de ses valeurs dans le sens de la fermeture, tout en affectant d’ignorer cette composante essentielle de la République telle que l’entendaient Léon Gambetta, Jules Ferry ou Georges Clemenceau : le parlementarisme.

Le comité de la réforme constitutionnelle ouvrira-t-il le bocal où le débat parlementaire se dessèche depuis 1958 ? L’avenir, ou l’oracle Balladur le diront. Les signes les plus concrets et les plus déchiffrables d’une évolution institutionnelle vers le haut, dans le sens d’une relative déconcentration des pouvoirs, viennent pour le moment d’ailleurs. Du Parlement lui-même, où beaucoup de députés, bousculés et bluffés à la fois par Sarkozy, ont décidé dès aujourd’hui de « l’ouvrir ».

Un exemple ? Pierre Méhaignerie, dans Le Monde daté du 29 août 2007.

La voix du député d’Ille-et-Vilaine n’a rien d’un organe de stentor : timide, sinueuse, la phrase en tient plus de Pinay que de Mendès France, de Chautemps que de Blum. Son « non à la TVA sociale » s’est perdu dans la forêt des tribunes qui paraissent chaque jour : qui écoute encore Pierre Méhaignerie à Paris ? Pas les journalistes, qui boudent ce cheval de retour peu glamour, dont le seul titre de gloire récent est d’avoir refusé un ministère –l’Agriculture- qu’un autre, plus jeune et plus « capé » pourtant, s’est fait un plaisir d’accepter.

Regardons de plus près l’article de M. Méhaignerie. Il commence par ces mots : « Le gouvernement se trompe ». C’est le président de la Commission des Affaires sociales, culturelles et familiales qui le dit. Du fond de l’article, on pourra discuter plus tard. Il importe beaucoup aux démocrates et libéraux de ce pays, en revanche, qu’un président de commission parlementaire autre que Didier Migaud écrive ces mots : « Le gouvernement se trompe ».

M. Copé peut s’époumoner, hurler au respect strict et entier du vote des Français, rien n’y fait : la voix de M. Méhaignerie perce pour notre oreille le hourvari orchestré par le président du groupe UMP. La TVA sociale ne figurait pas dans le projet de Nicolas Sarkozy, rien n’interdit donc à un ancien Secrétaire général de l’UMP d’en critiquer publiquement le principe. Quant aux électeurs de M. Sarkozy, ne vous en faîtes pas une tunique trop moulante, M. Copé, sous peine de subir le sort d’Héraclès dans celle de Nessus.

Oui, il est des électeurs de M. Sarkozy au second tour qui souhaitent des députés plus libres, une démocratie plus profonde et responsable.

Cette audace-là se trouve aujourd’hui dans la bouche et sous la plume des vieilles troupes. Je forme le vœu que demain, les députés français sachent retenir la leçon de M. Méhaignerie, ou des parlementaires britanniques : voter contre ses convictions, c’est laisser à la réalité le soin de trancher de la qualité de la loi. Avec les risques que cela suppose.

mardi, juin 19 2007

La composition du gouvernement Fillon II, et quelques brefs commentaires

Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a annoncé, le 19 juin, la composition du nouveau Gouvernement de François Fillon.

Ce Gouvernement compte quinze ministres, seize secrétaires d’Etat et un haut commissaire :

Jean-Louis Borloo : ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables

Michèle Alliot-Marie : ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales

Bernard Kouchner : ministre des Affaires étrangères et européennes

Christine Lagarde : ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi

Brice Hortefeux : ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement

Rachida Dati : garde des Sceaux, ministre de la Justice

Michel Barnier : ministre de l’Agriculture et de la Pêche

Xavier Bertrand : ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité

Xavier Darcos : ministre de l’Education nationale

Valérie Pécresse : ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Hervé Morin : ministre de la Défense

Roselyne Bachelot-Narquin : ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports

Christine Boutin : ministre du Logement et de la Ville

Christine Albanel : ministre de la Culture et de la Communication

Eric Woerth : ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique

Roger Karoutchi : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement

Jean-Pierre Jouyet : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des Affaires européennes

Laurent Wauquiez : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement

Eric Besson : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques

Valérie Létard : secrétaire d’Etat auprès du ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, chargée de la Solidarité

Dominique Bussereau : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargé des Transports

Nathalie Kosciusko-Morizet : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargée de l’Ecologie

Christian Estrosi : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales, chargé de l’Outre-Mer

André Santini : secrétaire d’Etat auprès du ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, chargé de la Fonction publique

Jean-Marie Bockel : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie

Hervé Novelli : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, chargé des Entreprises et du Commerce extérieur

Fadela Amara : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Ville et du Logement, chargée de la Politique de la ville

Alain Marleix : secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens Combattants

Rama Yade : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’homme

Luc Chatel : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, chargé de la Consommation et du Tourisme

Martin Hirsch : haut commissaire auprès du Premier ministre, aux Solidarités actives contre la pauvreté

Bernard Laporte : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, chargé de la Jeunesse et des Sports (à compter de fin octobre 2007).

On peut regretter l'absence de Christian Blanc ou de Maurice Leroy. L'ouverture à gauche est plus large qu'au centre, sans doute pour des raisons cosmétiques. Mais je me réjouis tout particulièrement de l'entrée de Valérie Létard au gouvernement.

Autre défaut de cette équipe : l'absence de secrétaire d'Etat aux droits des femmes et à la Parité, alors qu'il reste beaucoup à faire pour lutter contre les mauvais traitements privés, ou les inégalités au travail.

Sur le plan géographique -un peu de Clochemerle-, certaines régions sont les "oubliées" du Gouvernement : Bretagne, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Franche-Comté, Lorraine, Basse Normandie et Corse (enfin, quoique, avec Santini et Estrosi...).

Quant à la nomination de Bernard Laporte, qu'en dire, sinon qu'elle relève du gadget?

Michel Barnier à l'Agriculture me semble en revanche une bonne idée sur le papier, compte tenu de la densité de ses réseaux européens. N'oublions pas que la PAC sera re-négociée à un horizon très, très prochain...

Sans rire, remarquons aussi que Roselyne Bachelot, Roger Karoutchi et André Santini font désormais contrepoids à Boutin-la-pudeur!

dimanche, mai 20 2007

L'action comme devoir

Le gouvernement Fillon est désormais connu ; chacun des quotidiens nationaux a consacré des pages futiles à la présentation des ministres, précisant formation et loisirs.

Chez mes amis et anciens camarades du MoDem - nom épouvantable!-, deux sentiments dominent depuis lors : la satisfaction d'avoir pesé sur le fonctionnement de la vie politique française en rendant nécessaire une ouverture du gouvernement jusqu'à la gauche, pour les plus modérés ; la haine d'un Sarkozy qu'ils dépeignent affamé par les voix de Bayrou, haine souvent ponctuée de serments grandiloquents sur le mode "nous ne baisserons pas la tête, nous ne cèderons pas, nous entrons en résistance", pour d'autres.

A l'égard d'Hervé Morin, beaucoup éprouvent de la déception, et lui reprochent son manque de foi dans le prétendu "idéal" centriste.

Dans cette perspective, la position prise par les Jeunes UDF quant au gouvernement me paraît de bon sens, même si je n'en assume pas l'aspect "langue de bois", ni le "centro-centrisme" étroit.. En bref : voeux formés pour le succès du gouvernement, promesse de veille républicaine sur les décisions, nécessité du maintien de l'UDF sur une ligne de crête étroite entre droite et centre.

L'attitude que j'adopterai à l'égard du gouvernement Fillon sera guidée par deux principes simples :

1°Chacun a le devoir, au centre et ailleurs, de souhaiter que le gouvernement Fillon et le président Sarkozy réussissent dans leur combat contre le chômage de masse et le déclinisme à la française ; cet espoir ne vaut pas forcément appui enthousiaste et aveugle ; quant aux députés UDF qui se réclament de la majorité présidentielle, ils soutiendront l'action du gouvernement dans l'ensemble, en n'abandonnant pas leur liberté de parole, quitte à tirer sur la sonnette d'alarme si nécessaire.

2°L'entrée d'Hervé Morin et demain d'autres centristes (Maurice Leroy, François Sauvadet, André Santini) dans le gouvernement Fillon ne procède pas d'une quelconque félonie ou d'un médiocre appétit de maroquins, mais bien d'une volonté profonde de servir la France. Nul ne peut contester que la majorité obtenue par le chef de l'Etat lui donne autorité pour engager l'oeuvre de réforme que réclame la société française. Hervé Morin veut y participer, d'abord parce que l'aventure est exaltante, ensuite pour pouvoir mieux infléchir que depuis un Aventin stérile certaines des dispositions les plus contestables du projet de Nicolas Sarkozy.

Dans l'ensemble, nous l'avons dit, les orientations économiques du candidat Sarkozy étaient proches de celles de notre candidat, François Bayrou. Sur le plan purement politique, la large ouverture pratiquée par Sarkozy (4 ministres issus de la gauche sur 18) reprend un thème cher à François Bayrou, même s'il s'agit plus d'une nécessité institutionnelle que d'une volonté avérée de "pomper" l'électorat du centre.

Hervé Morin succède à Michèle Alliot-Marie, avec le souci d'être utile, à sa place, sans abdiquer complètement sa liberté d'appréciation.

J'entends souvent ici et là parler d'un centre-droit vassalisé par l'UMP. C'est une fable, puisque les meilleurs résultats du centre furent obtenus en 1981 et 1974, lorsque le centre-droit, grâce à une personnalité d'exception, l'avait emporté au 1er tour sur les gaullistes. Ce paysage politique n'est plus, mais je fais confiance à Hervé Morin et même au Président Sarkozy pour assurer que la majorité restera "ouverte" et "libre".

A nous, centristes nous situant avec détermination mais vigilance dans la majorité présidentielle, d'endosser ce beau rôle de vigie sur des sujets comme les libertés publiques (plus de moyens pour la justice, réforme des modalités de la garde à vue et de la mise en détention provisoire), l'environnement (ouverture d'un large débat public sur l'EPR, augmentation des crédits d'impôts pour les particuliers s'équipant pour produire des énergies renouvelables) et l'Europe (relance de l'idée d'une réforme institutionnelle par la mise au point d'un texte court et lisible ; renforcement de l'axe franco-allemand).

Bien sûr, il nous faudra faire des concessions, avaler quelques couleuvres à l'issue de négociations serrées. Mais n'est-ce pas là la servitude glorieuse de ceux qui exercent des responsabilités?

La France va trop mal pour qu'on puisse se permettre d'attendre encore 5 ou 10 ans pour la réformer : ce mandat-là, c'est aussi nous, électeurs de second tour de Nicolas Sarkozy, qui le lui avons donné.

Aidons-le à le respecter.