Le match ouvert entre les intérêts économiques locaux et les préoccupations écologiques est clos, à entendre les déclarations vertueuses du Président de la République, de Jean-Louis Borloo et de Michel Barnier.
On note en effet que la responsabilité écologique et sociale des entreprises intègre les discours des dirigeants patronaux. Depuis plusieurs années, des initiatives ont été prises afin de regrouper des acteurs du monde de l’entreprise « durable » : le souci de l’avenir à long et moyen terme ne signifie pas la faillite à court terme. Nous citerons ici l’association « Entreprendre Vert », présidée par notre amie Andrée Buchmann, conseillère régionale d’Alsace (http://www.entreprendrevert.org).
Ces perspectives « rassembleuses » ne font pas oublier qu’à l’heure du choix en matière de réglementation ou de législation, la main de l’Etat tremble trop souvent devant les lobbies. Cette observation vaut tout particulièrement pour le ministère de l’Agriculture. Prenons un exemple concret : la culture du maïs.
A ceux de mes lecteurs dont les notions céréalières pèchent par minceur, je précise que le grain d’or ramené d’Amérique a tendance à appauvrir les sols, et surtout à les raviner. La rotation des cultures d’une année sur l’autre permet rarement de réparer les dégâts causés par le maïs : champs sillonnés de multiples petites crevasses et asséchés.
Je ne sache pas que les Européens consomment directement beaucoup de maïs ; sans doute cette céréale fournit-elle la matière à maints extraits mystérieux qui entrent dans la composition de produits alimentaires préparés. Ce sont ces usages-là qui expliquent la multiplication des champs plantés de maïs dans le secteur des Vosges dont je suis originaire (cantons de Bruyères et de Remiremont).
Voilà une céréale peu chère à la semence, qui rapporte bien et demande peu d’entretien. Sauf que… Les ravines dans une terre appauvrie ne facilitent pas l’absorption de l’eau par le sol, mais plutôt sa stagnation en surface, ou au contraire son écoulement trop rapide vers l’aval, avec les risques que cela suppose en périodes de crue des rivières.
Mon intention n’est pas de proposer un retour aux bonnes vieilles cultures d’autrefois, style choux-orge-avoine, d’autant que cet article se nourrit de la seule observation d’un phénomène qui peut n’être que localisé. Il ne semble pas déraisonnable cependant de conseiller au ministère de l’Agriculture de poursuivre sa mue et de se détacher du productivisme, pour réglementer au plus près des réalités physiques de la France. En l’espèce, cela signifie que la culture du maïs devrait cesser d’être encouragée aveuglément.
Nous ne sommes pas les propriétaires, ni même les légataires d’un espace naturel, mais ses usagers, parmi des milliards d’autres : c’est ce principe qui devrait inspirer notre agriculture, au moins autant que les intérêts des grands groupes agroalimentaires.
