Blog de David Valence

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Mot clé - 2007, année électorale

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samedi, juillet 21 2007

Beau comme un naufrage

Un de mes camarades de l'UDF, depuis égaré au MoDem, affirmait souvent qu'il était deux façons de faire de la politique : militer pour la beauté du geste ou des idées ; militer pour se présenter, un jour, aux électeurs. Qu'il ait choisi la seconde, c'est une autre histoire... Mais un brin d'auto-analyse me conduit à penser que la définition péche par étroitesse. On peut également militer en esthète, par plaisir d'entrer dans une arène où le discours et les actes se confondent souvent.

Aux heures les plus noires de mon engagement en politique, le plaisir esthétique trouvé là m'a retenu de couper court. Ainsi de la campagne présidentielle de François Bayrou. Défendu sur ce blog jusqu'au 22 avril, le député du Béarn n'a cessé depuis lors d'agacer le bon sens et de s'isoler. Etait-ce si imprévisible?

Il est temps de dire que notre campagne reposait sur une hypothèse, et une seule : la victoire. Une victoire qui eût défié l'histoire de notre pays, stupéfait l'Europe, dérouté chacun. Les militants de l'UDF, sur les marchés et les routes de France, portaient en bandoulière un fusil à un coup. Nous faisions comme s'il suffisait de savoir tirer pour l'emporter, mais d'autres étaient plus habiles que nous. L'esquif sembla un temps prendre le bon vent. On parlait de triomphe à la barbe des deux grands. On rosissait en pensant aux cabinets ministériels qui nous accueilleraient, aux cartes de visite. Quelle fierté, aussi, de se dire alors : "Nous avons eu raison contre tout le monde". C'est de cet opium-là que les MoDemistes vont avoir à se sevrer. Le 22 avril, le sort en fut jeté. Les Français ont préféré Nicolas Sarkozy, passez muscade.

A maintes reprises entre janvier et avril 2007, j'essayai de me convaincre que le pari bayrouiste touchait juste. Mes amis sont témoins qu'une autre voix me soufflait des réflexions moins amènes sur l'amateurisme de certains, le boy-scoutisme de beaucoup, le sectarisme de quelqu'une.

Aujourd'hui, rien ne bouge. Le Nouveau centre balbutie, le MoDem est encore l'UDF. Chacun regagne sa vie en regrettant la griserie des campagnes : petits matins près du métro, camaraderie sans façon aucune...

Je suis resté à l'UDF jusqu'à aujourd'hui : on ne m'a ni suspendu ni exclu. Pourquoi avoir surmonté mes doutes pendant la campagne de François Bayrou? La question revient comme un boomerang.

C'est ici que le "militantisme de l'esthète" refait surface. Lorsque tout est consommé, il demeure. Il me coûte beaucoup de l'avouer, mais la part d'amer plaisir n'était pas mince dans ma décision de croire en la réthorique bayrouiste.

Pour me faire comprendre, je renverrai les curieux à une nouvelle de Robert Louis Stevenson : "Les gais lurons". Titre trompeur! Un homme y trouve un plaisir atroce à regarder, depuis son île, sombrer les navires dans un océan d'encre, et glacé. Il en perd la raison... Le reste, vous le lirez peut-être.

Aujourd'hui, le ressac ramène chaque jour un débris de l'esquif centriste : ouverture, réforme des institutions, ...

Dirai-je que je regrette parfois d'avoir eu raison?

jeudi, mai 17 2007

Au revoir et... merci?

Certains amis me reprochent de préférer les responsables politiques une fois refroidis, c'est-à-dire sortis du champ de la vie publique, les pieds devant ou la tête haute. Les lignes qui suivent renforceront leur impression, puisqu'elles se veulent une manière de salut respectueux mais lucide adressé à Jacques Chirac, nouvel ex-président de la République.

A l'occasion de la passation de pouvoir du 15 mai 2007, qui vit Sarkozy succéder à son ancien mentor en politique, les journaux se penchèrent sur le bilan chiraquien. Inutile de préciser qu'on ne put, à cette occasion, les accuser de complaisance...

A l'heure qu'il est, le nom de Chirac irrite plus à droite à gauche : la relève très "libérale-conservatrice" de l'UMP n'a pas de mots assez durs, en privé, pour l'ancien hôte de l'Elysée. Cet homme aurait sacrifié à une forme de repentance systématique compromettant la fierté nationale (discours de 1995 sur la responsabilité de la France dans les déportations, ...), affermi par son discours un antilibéralisme supposé "naturel" aux Français, et surtout conforté la mauvaise conscience des hommes de droite en les persuadant qu'ils devaient penser le monde avec des idées de gauche, même nuancées.

Il n'est pas que de l'immérité dans ce procès. Que Chirac ait rejeté le libéralisme avec autant de fureur dans ses entretiens récents avec Pierre Péan (L'inconnu de l'Elysée) laissera songeur plus d'un modéré...

Pour autant, si on se place du simple côté du bilan, et de non de l'état d'esprit du pays, il est possible de conclure, en un clin d'oeil d'outre-Styx à Marchais, à un "globalement positif" argumenté. Les historiens ont pour manie de vouloir réhabiliter -pas toujours à raison- certains personnages supposés méconnus ou mésestimés, comme Henri III, Louis XVIII ou Georges Pompidou. Il faut croire que le métier "rentre" un peu, si je cède à ce penchant dès aujourd'hui.

S'agissant de Jacques Chirac, une première nécessité s'impose : celle de préciser que son bilan ne peut être jugé que sur 7 ans de présidence pleine, et non 12. En période de cohabitation, chacun le sait, l'Elysée se mue en camp retranché et impuissant, préparant méticuleusement l'élection d'après, si le président envisage de se succéder à lui-même. De 1997 à 2002, il serait malhonnête de dire que Chirac aura exercé le pouvoir, puisque la lettre de la Constitution invite, en cas de désaccord Parlement/Président, à une pratique parlementaire des institutions.

Sur ces 7 ans pleins (pour 3 premiers ministres), que porter à l'actif de l'ancien député de Corrèze?

La suppression du service militaire, d'abord, décision saluée par des générations de jeunes Français, dont la mienne. Inutile de revenir sur le mythe du service militaire comme "grand creuset national", pour mieux le briser, je renvoie ici à mon billet contre sa resucée hypothétique, le service civil obligatoire. Sur le plan de la Défense nationale, ajoutons de Jacques Chirac aura permis, entre 2002 et 2007, que la France augmente enfin son effort d'équipement, après plusieurs années de réduction des budgets. Cet acquis-là n'avait pas été mis en cause par Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, pas plus que par Nicolas Sarkozy.

Jacques Chirac a su agir avec constance pour la solidarité et la cohésion nationales, à une époque où tout semble les compromettre ou les éroder. On pense aux lois en faveur des handicapés, au Plan Cancer, dont les résultats sont d'ores et déjà remarquables, à la création de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (HALDE), à l'égalisation des différents niveaux de SMIC consécutifs aux 35 heures... Ce n'est pas négligeable.

Pour ma part, je retiendrai deux dimensions principales des sept ans de Chirac : la réforme des retraites de François Fillon en 2003 (certes incomplète, mais courageuse) et surtout la qualification de la France pour l'euro, essentiellement entre 1995 et 1997.

Ce dernier aspect demeure discret dans les procès à charge instruits par la presse. Pourtant, en mai 1995, chacun sait que le déficit public (aggravé par Balladur, avec Sarkozy comme ministre du Budget) représentait 6,2% du PIB français. Les critères de Maastricht imposaient de passer sous les 3%. En 1997, après deux années de croissance très molle, le déficit ne pesait "plus" que 3,6% du PIB. Autant dire que le reste de l'effort, accompli par Jospin et consorts, s'avérait un jeu d'enfant, en période de croissance forte.

De cette qualification de la France pour l'euro, il faut donc créditer le Président Chirac, son Premier ministre d'alors, le très courageux Alain Juppé, mais aussi Jean Arthuis, aujourd'hui sénateur UDF, alors Ministre de l'Economie et des Finances. Non, le bilan de Chirac en matière européenne n'est donc pas nul, contrairement à ce qu'affirment ceux qui lui avaient précisément réclamé que se tienne un référendum sur le Traité instituant une Constitution européenne (TCE).

Au total donc, un bilan mitigé. Qui ne mérite ni l'excès d'honneur du dernier carré chiraquien (Baroin, Jacob, toujours dithyrambiques), ni l'excès d'indignité auquel le vouent les socialistes les plus sectaires.

Que Chirac prenne le temps de se déshabituer de la politique, et il vivra -espèrons-le- assez vieux pour se voir traité avec plus de justice qu'aujourd'hui.

lundi, mai 7 2007

Être utile

La victoire de Nicolas Sarkozy -53,06% des suffrages exprimés, soit plus que Jacques Chirac en 1995 ou François Mitterrand en 1981- va conduire, dans les jours et les semaines qui viennent, à une recomposition profonde du paysage politique français. C’est une évidence. Examinons ensemble les possibilités tactiques et stratégiques qui s’ouvrent à un centre libéral et humaniste dans cette nouvelle configuration.

Les 18,5% réunis par François Bayrou et l’UDF lors du premier tour, dimanche 22 avril 2007, portent un message d’espoir, en même temps que de redoutables ambiguïtés.

Cet électorat se compose de multiples strates, qu’on résumera en parlant d’une frange issue de la droite modérée, d’une aile venue de la gauche sociale-démocrate et d’un marais d’anciens abstentionnistes ou électeurs « protestataires ».

Qui observe la carte du vote du dimanche 6 mai constate toute l’hétérogénéité de l’électorat hier bayrouiste : en Bretagne ou dans les Pyrénées atlantiques, il s’est massivement reporté sur Ségolène Royal ; en Alsace, en Lorraine ou en Rhône-Alpes, cet affluent est allé sans méandre rejoindre le fleuve Sarkozy.

Or, François Bayrou annonce, pour le Mouvement démocrate qu’il envisage de créer, une stratégie de désistement au cas par cas, en fonction des personnalités et dans l’intérêt de la démocratie. Les adversaires de cette stratégie ne manqueront pas de la qualifier d’opportuniste et de confortable, chaque élu "démocrate" choisissant de travailler avec qui bon lui semble, en fonction du rapport de forces local.

Une fois élus, les députés du MD (il faudra s’habituer à ce sigle) voteraient selon leur conscience, sans participer a priori d’une majorité ou d’une opposition.

Je doute que ce discours séduise d’autres militants que les centro-centristes.

Après tout, accepter que son député penche tantôt à droite, puis tantôt à gauche, sans garantie aucune, représente pour chaque citoyen une délégation de souveraineté assez exorbitante.

Entre le godillot, type UNR entre 1962 et 1967, et la ballerine souple version UDSR de la IVe République, il peut, il doit y avoir un moyen terme. Il est normal, dans une démocratie adulte, de savoir à quelle majorité participera ou ne participera pas le député pour lequel vous votez.

Des politologues comme Gérard Grumberg ont conclu de cette élection présidentielle que la bipolarisation était en marche dan notre pays.

S’il a déçu notre famille politique, le second tour du dimanche 6 mai a été voulu par 57% des Français environ (cumul des voix de Mme Royal et de M. Sarkozy). On ne peut raisonnablement prétendre que tous les murs sont tombés entre la droite et la gauche françaises.

Dès lors, dans la perspectives d’élections législatives qui pourraient conduire à un laminage des extrêmes, l’UDF se voit confrontée à deux perspectives : devenir le FDP allemand des années 80-90, ou le Parti libéral-démocrate britannique.

Dans un cas, il s’agissait –car le FDP est quelque peu déplumé par la grande coalition- d’une formation pesant entre 8 et 12% des voix, s’alliant presque systématiquement avec la droite au niveau national ; un parti où, en tous cas, les orientations stratégiques étaient définies à l’issue d’un vrai débat. Le FDP n’avait pas de vocation majoritaire, mais il pesait sur les décisions gouvernementales et les infléchissait en matière de libertés publiques, de politique fiscale ou d’environnement.

On m’objectera que le mode de scrutin allemand est très différent du français, comme la répartition des pouvoirs. On aura raison, mais la comparaison permet cependant de penser ce que pourrait être une UDF de centre-droit, exigeante à l’égard du nouveau pouvoir, mais cherchant à peser sur le cours des événements.

Le modèle des Libéraux-démocrates britanniques apparaît sensiblement différent. Ils quittèrent le pouvoir en 1919, pour ne jamais le retrouver, même s’il leur arrive de rassembler près de 25% des voix lors des scrutins fastes.

Ils représentent une force centrale et critique, aux idées assez floues sinon en matière européenne, où leur engagement tranche sur le scepticisme d’Outre-Manche. Mais, disons-le clairement, leur impact sur les décisions du gouvernement demeure négligeable. Le mode de scrutin britannique diffère également de celui de notre pays.

En l’état actuel des forces, nous avons donc le choix entre peser sur le cours des événements au prix d’un renoncement à l’Elysée, ou se lier les mains en espérant une improbable implosion d’une des deux familles politiques qui nous environnent.

Avoir l’ambition de servir et d’être utile, modestement, ou celle de renverser la table et de rafler une mise hypothétique : tel est le dilemme de François Bayrou et plus encore des militants de l’Union pour la démocratie française.

François Bayrou, c’est entendu, penche pour la seconde de nos éventualités.

Le débat avec les tenants de la première alternative doit pouvoir se dérouler dans des conditions optimales de sérénité, afin de dissiper la fâcheuse impression de centralisme démocratique que dégageaient les derniers votes internes à l’UDF (congrès de Lyon, conseil national d’Issy les Moulineaux).

La sérénité, cela suppose que les partisans d’une stratégie « à la FDP » ne soient pas systématiquement voués aux gémonies, car suspectés des calculs les plus mesquins. Les conditions d'un débat ouvert seront-elles réunies au moment de la création du Mouvement démocrate, jeudi 10 mai 2007?

Souhaitons-le...

dimanche, mai 6 2007

La victoire des Français

Première leçon de cette élection : partout en France, les électeurs ont montré une passion renouvelée pour la politique en se déplaçant aujourd'hui.

Les Vosges demeurent une exception, puisque 2159 suffrages y ont été perdus entre le 1er et le second tours. Signe que la consigne donnée par M. Le Pen a pu être suivie à la marge, dans un département victime d'une conjoncture économique difficile.

Second enseignement de ce vote : en choisissant de confier à Nicolas Sarkozy une part du destin de leur pays, les Français ont fait le choix du changement. Ségolène Royal proclamait que son élection serait "sans risque". Mais les entrepreneurs savent que la sécurité des choix débouche souvent sur l'immobilisme.

Je me sens d'autant plus conforté dans mon choix de voter pour Nicolas Sarkozy au second tour qu'il semble, d'après les sondeurs, que la majorité des électeurs de François Bayrou l'ait partagé.

Dans les Vosges, Nicolas Sarkozy l'emporte par 54,72% des voix. Un résultat net.

Oui, dans mon département natal, les électeurs centristes ont majoritairement choisi Nicolas Sarkozy. Mme Mercier -présidente de l'UDF-88- et M. Brousse, Délégué fédéral, n'ont absolument pas été suivis par ceux qui avaient opté pour François Bayrou.

La 3e circonscription, celle de Remiremont et Gérardmer, avait donné à François Bayrou ses meilleurs résultats au premier tour. Elle a accordé rien moins que 56,1% des suffrages à Nicolas Sarkozy dimanche 6 mai 2007, soit le résultat le plus large des quatre circonscriptions vosgiennes. Chacun sait qu'on n'est pas propriétaire de ses électeurs! A bon entendeur...

Saluons enfin la défaite historique de Christian Pierret dans la ville de Saint-Dié, dont il est le maire depuis 1989 : Nicolas Sarkozy y terrasse littéralement Ségolène Royal avec 53,61% des voix! Un résultat qui donne de l'espoir à l'opposition municipale, et à nos élus UDF à Saint-Dié, tout particulièrement Pascal Thomas.

Ce soir, Nicolas Sarkozy a dit son volonté d'ouvrir sa majorité, jusqu'à la gauche si besoin. Le président de la République a exprimé son respect pour Mme Royal. Par le ton, par la qualité du propos, le candidat hier excessif a montré qu'il avait entamé sa mue. Il est désormais le président de tous les Français.

Plutôt que de lever les lèvres en un mouvement de dédain, les responsables de l'UDF doivent écouter avec attention les propos du président de la République élu, et ne prendre position, pour la suite, qu'en considérant l'intérêt de la France.

J'espère que ce message sera entendu. Les Français ne comprendraient pas les centristes se retirent sur leur Aventin et jouent les Cassandres au lieu de saisir les moyens de changer la France, si d'aventure ils étaient réunis.

jeudi, mai 3 2007

Un certain désarroi

A l’issue du débat entre Mme Royal et M. Sarkozy, mercredi 2 mai 2007, François Bayrou a exprimé sa claire intention de ne pas voter pour l’ancien ministre de l’Intérieur.

Le président de l’UDF n’a pas donné plus de précisions sur son choix. Sa dernière déclaration vient cependant confirmer certains propos antérieurs (et sibyllins).

Dire qu’on refuse d’apporter sa voix à M. Sarkozy peut signifier trois choses : l’abstention -improbable pour un leader d’envergure nationale-, le vote blanc, le vote en faveur de Mme Royal. Entre ces deux dernières alternatives, François Bayrou tranchera dans le secret des isoloirs palois.

C’est sa liberté, celle d’un candidat qui a porté avec force et succès les valeurs d’un centre humaniste et libéral. Un candidat que des millions de Français ont choisi pour son courage, sa sincérité, sa probité granitique. Un candidat et un projet pour lesquels des milliers de militants et de sympathisants ont mouillé la chemise, le temps d’une campagne.

Le 22 avril 2007, François Bayrou nous avait délivré un message d’espoir. La « bonne nouvelle » toute profane de ce soir-là, portait un nom de roman : possibilité du centre.

Pour pérenniser cet élan, une condition nécessaire s’imposait : réserver à chacun la liberté de se prononcer pour l’un, l’autre ou aucun des deux protagonistes du second tour.

L’électeur de François Bayrou a pris le beau risque du centre, du vote hors des sentiers battus et bipolaires ; ce n’était certes pas pour se conformer plus tard aux oukases ou consignes de tel ou tel, fût-ce son candidat.

Depuis ce soir de premier tour, disons-le tout net, une certaine confusion prévaut dans nos rangs centristes.

D’aucuns –dont je suis- ont cru que la liberté de vote ne valait pas indignité pour l’un des bulletins. Ils ont pesé les arguments des uns et des autres, chaussant au besoin leurs lunettes pour mieux se fier aux écrits, plutôt qu’aux propos de Mme Royal et de M. Sarkozy.

Bien sûr, la racine de certains ralliements plonge sous la surface des seules opinions, jusqu’aux intérêts. Est-ce une raison pour vouer à l’opprobre ceux qui opteront pour M. Sarkozy, pour leur promettre un grand grincement de dents (restons bibliques) ? Est-ce une raison pour leur intenter des procès en centrisme et en sincérité ? Est-ce une raison pour les agonir d’injures, de reproches teintés d’un antiparlementarisme immémorial et nauséabond ?

Les derniers billets de ce blog ont annoncé la couleur de mon 6 mai. Ils ont aussi déclenché une salve de commentaires, dont la camaraderie est trop souvent absente.

Les centristes venus de la gauche m’y reprochent tout et le contraire de tout, ma liberté de ton et mon inféodation supposée aux "vilaines" puissances de la droite.

Je le dis tout net : si nous n’y prenons garde, les exclusives finiront par provoquer l’échec de notre dessein. A famille déchirée, ambition embourbée !

Les cadres ou les militants qu’on vilipende aujourd’hui sont souvent fidèles, quand l’engagement des contempteurs est neuf. Qu’aura-t-on gagné à gauchir trop strictement le centre, sinon une coupure avec un électorat solide ?

La dernière déclaration de François Bayrou, après un débat trop calme, faute d’enjeu, avec Mme Royal, vient accréditer en apparence les jeteurs d’anathèmes.

Telle n’est pas l’intention de notre candidat, je le sais. Mais l’amertume lui a peut-être fait lâcher des mots trop définitifs.

En explicitant son vote, il a donné les verges pour faire battre une partie de notre famille.

Je forme le vœu que nous saurons pourtant nous retrouver ensemble, au lendemain du 6 mai, pour porter l’espérance d’une France réconciliée avec elle-même, unie autour des valeurs humanistes et libérales.

mardi, mai 1 2007

Côté Royal : soutiens fragiles et adhésion négative

Une récente enquête TNS-Sofres pour RTL et Le Monde confirme ce que nous ressentions depuis plusieurs semaines : si Ségolène Royal était élue à la présidence de la Républiquele 6 mai prochain, elle ne disposerait que d'un "socle" politique très réduit.

Que veut-on dire par là? Le "coefficient personnel" d'un candidat, pour utiliser une expression gaullienne, tient à deux choses : sa capacité à incarner le changement d'une part ; l'adhésion positive qu'il suscite sur ses idées, d'autre part.

Le sondage auquel nous faisons référence a été publié dans l'édition du Monde datée du 2 mai 2007. Il indique que 63% des personnes interrogées s'attendent à un changement dans l'hypothèse où Nicolas Sarkozy serait élu. A l'inverse, 59% des sondés estiment que l'élection de Mme Royal n'amènerait que peu ou pas de changement.

S'il tient à bien des égards le rôle de candidat du pouvoir sortant, Nicolas Sarkozy aurait donc réussi à être considéré comme un homme volontariste, porteur d'un discours de rupture, quelqu'anxiogènes que certains de ses accents puissent sembler.

A l'inverse, Mme Royal serait l'incarnatiion d'un certain "statu quo" apaisé mais émollient. Un "sur-place" de plus.

Un autre aspect de cette étude a retenu mon attention : 60% des électeurs envisageant de voter pour Sarkozy au 2e tour le feraient par adhésion, contre seulement 42% des personnes se prononçant pour Mme Royal. L'électorat potentiel de cette dernière se détermine à 56% sur des éléments d'adhésion négative, soit la volonté de rejeter Nicolas Sarkozy.

Petite question : quelle serait l'assise d'une Présidente élue avec une majorité étroite (car il est improbable que la candidate socialiste gagne largement), et qui n'aurait représenté qu'un "choix contraint", ou un vote d'adhésion négative, pour les Français?

Le risque de cohabitation serait grand. Songeons que François Mitterrand, qui l'avait emporté nettement en 1988 dans une manière de référendum anti-Chirac, n'avait ensuite obtenu qu'une majorité très étriquée aux législatives.

Le vote anti-Sarkozy est le principal ressort du soutien à Ségolène Royal. Plus le temps passe, et plus l'impression s'impose qu'il est le seul...

dimanche, avril 29 2007

Le choix d'un homme libre : pourquoi Hervé Morin vote Sarkozy

Dans un entretien à paraître dans "L'éveil de Pont-Audemer" -ça ne s'invente pas-, Hervé Morin, Président du groupe UDF à l'Assemblée nationale, déclare qu'il votera Sarkozy "sans hésitation" le 6 mai prochain.

Ce soutien vient opportunément "calmer" ceux qui crient à la trahison chaque fois qu'un centriste avoue ne pas envisager de choisir la gauche.

Beaucoup feignent, ces derniers jours, de mépriser les parlementaires UDF qui ont exprimé l'intention de voter en faveur de Nicolas Sarkozy.

La seule peur de perdre leur mandat les habiterait, sans considération de l'intérêt du pays. Et de prononcer des mots insupportables dans un parti qui a toujours défendu le Parlement et ses membres contre les populismes.

Dans le cas du député de l'Eure, l'accusation tombe.

Non, Hervé Morin ne va pas "à la soupe" : dans sa circonscription, François Bayrou a flirté avec les 23%, soit un des meilleurs résultats nationaux. Hervé Morin sait qu'il serait réélu même contre l'UMP, bénéficiant d'une excellente implantation locale (confirmée par son score en juin 2002).

Le Président du groupe UDF à l'Assemblée est mû par l'intérêt de la France. Il ne conçoit pas de s'abstenir, et regrette de trouver Mme Royal "pas à la hauteur de la fonction" de chef de l'Etat, et prisonnière de ses alliances avec une gauche qui n'a pas fait sa mue idéologique.

Je rappelle que M. Morin avait souhaité prendre le temps de la réflexion avant de faire connaître son choix : lundi 22 avril dernier, il disait vouloir "écouter ce que di(raient) les candidats qualifiés pour le second tour" avant de se déterminer.

Il a vu, et a tranché en faveur de Nicolas Sarkozy, dont le projet est incontestablement plus proche du nôtre que celui du PS, notamment en matière économique.

François Bayrou a lui-même reconnu lors de son débat avec Mme Royal que, hors les institutions, il n'était guère de points communs entre l'UDF et le PS.

Ceux qui, dans nos rangs, appellent à voter Royal sont libres de le faire : je respecte, pour ma part, la liberté donnée par François Bayrou, contrairement à d'autres. Mais voter Royal au nom de l'irrationnel (la personnalité de Sarkozy ou sa supposée tendance à manipuler les médias), c'est se tromper de combat.

Les Français attendent de nous des prises de positions sur le fond, pas sur la façon de communiquer d'untel ou d'unetelle.

Projet contre projet, c'est le vote Sarkozy qui s'impose comme le plus cohérent pour nombre d'électeurs UDF convaincus.

Jean-Louis Bourlanges qui, comme Député européen, ne dépend pas des voix de l'UMP, puisqu'élu à la proportionnelle, est un homme libre : or, il a, lui aussi, déclaré qu'il voterait Sarkozy, en considération de l'archaïsme du PS en matière économique. C'était dans Le Figaro du 27 avril : http://www.lefigaro.fr/election-presidentielle-2007/20070427.WWW000000591_bourlanges_pourquoi_je_vote_pour_nicolas_sarkozy.html

Une dernière requête à mes amis ralliés au "royalisme" : de grâce, cessez de vous dire plus centristes que nous, ou plus purs! Les ralliements de certains responsables départementaux -très rares- au PS sont-ils vraiment exempts de considérations électorales?

Sans citer de nom ou de département, il est permis d'en douter...

vendredi, avril 27 2007

Perspectives et réalités : pourquoi je voterai Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007

La déception du dimanche 22 avril passée, chaque électeur de François Bayrou se voit confronté au choix du second tour.

Nos voix ont été beaucoup sollicitées dès que furent connues les premières estimations des instituts de sondages : avec brutalité par le candidat de la droite, avec une hypocrisie de maquignon du côté socialiste. Hier vilipendé, notre candidat s’est vu paré, notamment par Mme Royal, des qualités les plus éminentes tout au long de ce début d’entre-deux tours. On comprend que cette sollicitude prenne pour François Bayrou un goût de revanche.

Mais à l’électeur et au militant anonymes, le vertige des 18,57% ne saurait tenir longtemps lieu de ligne de conduite. Les plus déçus –et les moins lucides ?- de mes camarades envisagent de se retirer du jeu, de passer leur tour à la table où se décide l’avenir de la France. Que rêvent-ils, ces moines- soldats du centre ? Souvent jeunes ou neufs en politiques, ils ont formé l’espoir qu’un mouvement de taille réduite, privé de beaucoup de ses cadres les mieux implantés depuis la saignée de 2002 et armé du seul enthousiasme de ses néo-militants, pouvait terrasser deux mastodontes héritiers de décennies d’histoire politique.

Le combat valait la peine d’être mené, et je suis fier d’en avoir été, avec beaucoup d’autres. En votant UDF, nous avons affirmé avec force la possibilité d’un centre humaniste et libéral, pour peu que son projet s’incarne dans une personnalité de haute valeur.

La démocratie porte pourtant des règles que chacun doit respecter.

Malgré nos efforts conjugués, plusieurs millions de voix séparaient, dimanche 22 avril, François Bayrou de Ségolène Royal, et plus encore de Nicolas Sarkozy. Il importe désormais de tenir compte du fait majoritaire, sauf à contester jusqu’au principe de l’élection présidentielle.

Ceux qui refusent de trancher entre Mme Royal et M. Sarkozy sont maîtres de leur non-choix.

J’ose croire pour ma part qu’en tenant un discours de liberté et de courage, François Bayrou ne nous a pas fait franchir le Rubicon pour y pêcher à la ligne le 6 mai.

Deux préoccupations doivent gouverner l’intime conviction des centristes à l’approche du second tour : l’intérêt de la France, d’abord ; l’intérêt stratégique de l’UDF et du futur Parti démocrate, ensuite.

Il se trouve qu’ils coïncident en cette circonstance. L’intérêt de la France exige que se trouve placée, à la tête de l’Etat, une personnalité d’expérience, capable d’avoir la main sûre et la décision prompte en cas d’atteinte portée aux intérêts vitaux de notre pays.

Or, la candidate du Parti socialiste ne sait pas ce qu’elle veut pour la France, pas plus d’ailleurs que la pléiade de mouvements qui la soutiennent pour le second tour (LO, LCR, PCF, MRC, Les Verts, PS, PRG, …). C’est bien simple : depuis ses victoires de 2004, le Parti socialiste croit pouvoir emporter l’élection présidentielle sans avoir à effectuer en profondeur de révision de sa doctrine, qui « met le réformisme au service des espérances révolutionnaires » (la formule vaut toujours !).

Quant à la méthode employée par les gauches pour convaincre, elle évoque rien de moins que la IVe République. Ségolène Royal, sous prétexte de l’emporter au second tour, a cédé depuis dimanche aux poisons et délices de la combinazione, pensant acheter les électeurs du centre comme des clémentines sur un marché, au prix de deux ou trois strapontins ministériels.

Mais, amis centristes, souvenez-vous que nous avons su préserver notre indépendance en 2005, au moment où l’UMP formulait les mêmes propositions indécentes à certains de nos élus ! Pourquoi céder aujourd’hui, après avoir fait preuve de notre courage hier?

L’intérêt de la France me poussera dimanche 6 mai à choisir un bulletin au nom de Nicolas Sarkozy.

L’ancien Ministre de l’Intérieur a construit un projet clair, moins caricatural que le répètent ceux qui ne l’ont pas lu. Un projet qui, sur les questions économiques et sociales, demeure incontestablement proche de celui de François Bayrou, comme l’ont constaté de nombreux économistes. A l’heure où la principale préoccupation des Français demeure l’emploi, pouvons-nous appeler à voter pour le projet du tout-étatique?

Non, résolument non.

Sur l’immigration ou l’éducation, nous n’avons pas plus de points communs avec un PS laxiste et laïcard. L’approche sécuritaire de Nicolas Sarkozy mérite d’être nuancée par des propositions concrètes en matière de libertés publiques, mais elle répond aux attentes de très nombreux Français, et rejoint les analyses de Jean-Christophe Lagarde, par exemple.

Est-ce un hasard si le rédacteur de notre projet –Pierre Albertini-, notre Porte-parole –François Sauvadet- et un de nos Vice-présidents –Maurice Leroy- ont appelé sans ambiguïté à voter Nicolas Sarkozy, comme une majorité de parlementaires UDF ?

Remarquez bien qu’aucun député UDF n’a déclaré envisager de voter Royal !

Je suis prêt à parier qu’AUCUN ne le fera. Voter pour Royal pour voter contre Sarkozy, c’est faire le choix de l’irrationnel contre la cohérence, du fantasme antifasciste contre le réformisme.

En outre, notre mouvement comme le futur Parti démocrate ont tout intérêt à une victoire de Nicolas Sarkozy.

Réfléchissons un peu en cyniques -une fois n'est pas coutume- : quel est le principal enjeu des législatives à venir pour l’UDF ? Réponse : réussir à fidéliser les voix de gauche qui se portèrent sur François Bayrou le 22 avril 2007.

En cas de victoire « royaliste », les voix en question risqueraient d’être emportées dans la dynamique d’un vote de soutien au nouveau pouvoir. Pour peu que Mme Royal ait l’habileté d’appeler quelques attrape-bobos au gouvernement (Mmes Autain et Taubira, MM. Mamère et Montebourg), nous serions certains de retrouver les basses eaux du centrisme politique dans l’écrasante majorité des 577 circonscriptions de France.

En revanche, François Bayrou a tout intérêt à une victoire de Nicolas Sarkozy la plus large possible : elle accélérerait la recomposition du paysage politique, ferait entrer le PS dans une zone de turbulences, l’UDF pouvant lui dérober définitivement le feu social-démocrate.

Je ne suis ni un grand féodal, ni une éminence grise de l’UDF.

J’appartiens à cette génération de jeunes militants qui a rejoint la famille centriste et libérale depuis 2002.

C’est en homme libre, sans hésitation aucune, que je voterai Nicolas Sarkozy dimanche 6 mai 2007.

Je lance un appel à tous mes camarades qui ont fait le même choix : pour la France et dans l’intérêt du centre comme force politique, faîtes voter Nicolas Sarkozy, et n’hésitez pas à convaincre jusqu’aux plus réticents de vos proches !

Chaque voix comptera.

dimanche, avril 22 2007

Tristesse et beauté

On me permettra d'emprunter le titre de ce billet à Kawabata Yasunari, et à un roman que j'ai aimé. Mes sentiments quant aux résultats de ce premier tour se retrouvent dans leur balancement subtil.

Oui, j'éprouve une évidente tristesse à ce que le candidat de la famille centriste et libérale ne puisse être présent dans les isoloirs le 6 mai. Tristesse nuancée de joie, celle de voir près de 75% des Français se rassembler autour des trois principaux candidats : soit la promesse d'une vie politique qui se structure dans une diversité raisonnée plutôt qu'elle ne se fragmente à l'infini.

Bonheur de lire dans un taux de participation historique une soif de politique dont l'inextinguibilité est porteuse d'exigence.

Oui, beaucoup d'entre nous, à l'UDF, sont déçus. Pourtant, il y a de la beauté et du panache dans l'attitude de notre candidat au soir du premier tour. Pas de ralliement automatique, pas de négociations de marchands de tapis, mais une attitude digne et responsable.

Les militants en campagne manquent trop souvent de recul historique. Qui eût osé croire que François Bayrou réunirait 19% sur son nom, il y a six mois? Quelques inconditionnels, quelques brillantes passionnées du centre comme Quitterie Delmas, mais peu de militants "lambda", encore moins d'analystes politiques.

19%, c'est mieux que Raymond Barre en 1988 ou Jean Lecanuet en 1965. Notre famille a enfin retrouvé un résultat conforme à son identité et à la qualité de son projet pour la France.

Le second tour du 6 mai sera incertain, et se jouera à peu de voix près. Chacun de nous croit savoir quel sera son choix à ce moment-là, malgré la commotion reçue ce soir.

Mes préférences pour le second tour sont bien connues des habitués de ce blog, ou aisément devinables. Les millions de Français qui nous ont apporté leur confiance attendent de S. Royal et de N. Sarkozy une vraie vision des enjeux et une réelle capacité de rassemblement.

Gageons que l'UDF, avec François Bayrou, saura peser au trébuchet les positions et déclarations des uns et des autres pour s'exprimer sur le fond, et continuer à construire un grand parti ouvert et démocrate.

Le moment venu, Jean-Marie Cavada l'a dit, nous choisirons d'assumer nos responsabilités en donnant notre sentiment aux électeurs sur le meilleur chemin pour le pays. En Parti libre!

vendredi, avril 20 2007

Croire en la France

Drôle de période que celle qui précède le vote. Les éditorialistes se taisent, les Français relisent les professions de foi reçues à domicile ces jours derniers, chacun essaie d'obtenir des informations sur le verdict des urnes et le devenir de la France. On cite ici un sondage des RG, là les confidences d'un journaliste de la presse régionale...

D'autres, dont je suis, musardent dans les images ou textes du passé pour mieux affermir, s'il était besoin, une conviction forgée depuis longtemps.

La flânerie virtuelle a conduit mes yeux jusqu'au site de l'INA, et aux voeux de François Mitterrand le 31 décembre 1994. C'est dans cette allocution que le Président de la République d'alors avait évoqué les "forces de l'esprit".

L'expression avait frappé les Français : il est vrai que François Mitterrand pesait ses mots au trébuchet, guidé par une admirable connaissance de la littérature nationale.

Inutile de revenir sur la nature de nos sentiments à l'égard du Président Mitterrand, il serait trop malaisé de démêler ce qui relève de l'admiration coupable pour sa rouerie de Florentin et la reconnaissance pour un chef de l'Etat qui sut tenir son rang au nom de la France.

J'ai été frappé par les deux ultimes recommandations formulées à l'intention des Français dans cette allocution : deux recommandations pour l'avenir et pour guider le choix du peuple à la veille d'une campagne électorale.

Mitterrand nous enjoignait d'abord de ne jamais séparer les notions de liberté de celle d'égalité. On observera qu'il fit souvent profession de préférer la seconde à la première, c'est un fait.

Mais le conseil pèse de tout son poids ce 21 avril 2007, à l'heure où le brouillard persiste, qui empêche de bien discerner l'état des forces en présence avant la bataille du premier tour. Libre à chacun de murmurer en son for intérieur le nom du candidat qui concilie le mieux, à son sens, le lien intime entre la pensée libérale et l'aspiration à plus de justice.

La seconde recommandation mitterrandienne nous dissuadait de jamais séparer la grandeur de la France de la construction européenne. Demain, je veux croire que les Français porteront massivement leurs suffrages sur des candidats sincèrement Européens, sans préciser plus ma pensée, réglementation oblige.

Gardons à l'esprit la leçon de François Mitterrand, tout en sachant articuler sur les vingt dernières années de la France un jugement balancé mais plein d'espoir.

Notre pays, le Président Chirac l'a redit avec force il y a peu, n'a pas fini d'étonner le monde.

Demain, le courage et la fidélité à nos valeurs passeront par un vote qui porte l'audace de la raison.

mardi, avril 17 2007

Des verges pour se faire battre ?

Jean-Marie Le Pen vient de récidiver, qui a renvoyé Nicolas Sarkozy à ses origines étrangères en lui déniant le droit de parler au nom de la France.

J’ai déjà expliqué pourquoi, à mon sens, l’antisarkozysme n’était pas un antifascisme, même si les bonnes consciences d’aujourd’hui s’égarent plus facilement encore que celles d’hier, puisqu'elles se trompent d'ennemi.

Il faut condamner les propos de Le Pen affirmant que la « magyarité » de Sarkozy pourrait gêner les Français : c'est de l'ordre de la nécessité absolue. Que certains ricanent à ces sous-entendus ignobles, ou pire, les cautionnent par leur silence, voilà une chose que je ne puis comprendre.

Mon billet « un borgne contre la République » a suscité deux réactions assez argumentées mais souvent à côté de la plaque, sur le mode : « Sarkozy l’a bien cherché, c’est l’arroseur arrosé ». Pardonnez-moi, amis, de vous rappeler qu’en démocratie, il arrive de défendre des responsables politiques malgré eux.

L’exigence de dignité du débat public n’est pas à géométrie variable selon qu’il s’agit de Mme Royal ou de M. Sarkozy.

Or, les mêmes qui s’indignaient hier à juste titre de la misogynie anti-royaliste se taisent face à la xénophobie anti-sarkozyste.

Que diriez-vous, belles âmes, si Julien Dray se voyait reprocher d’avoir passé ses premières années en Algérie ? Que diriez-vous, si on lui contestait le droit de solliciter les suffrages des Français ? Vous parleriez d’antisémitisme larvé, et vous auriez raison.

Il est vrai que le coup d’envoi des hostilités douteuses avait été donné par M. Besson (depuis passé à droite) qui avait repeint Sarkozy aux couleurs du « Parti de l’Etranger » ; le diable, pour la gauche, c’est toujours l’Amérique…

Alors oui, je suis révolté par les propos de Sarkozy sur l’inné et l’acquis. Oui, je reproche au président de l’UMP d’être un candidat de division, et c’est même pour cela que je soutiens un autre candidat, celui du rassemblement : François Bayrou.

Mais on ne peut se satisfaire de voir la xénophobie et l’antisémitisme ainsi mis en scène pour déstabiliser un candidat. La joie mauvaise des hommes de gauche lorsqu’ils entendent attaquer Sarkozy par Le Pen me fait peur.

La démocratie exige de nous une vigilance de chaque instant : et s’il faut donner à certains l’impression que je défends ici Sarkozy, le candidat du fric et des grands media, peu m’importe.

Il est certains principes avec lesquels on ne transige pas, même -et surtout!- en période pré-électorale.

David Valence

lundi, avril 16 2007

Notre maître à tous

Samedi 14 avril 2007, René Rémond est, comme on dit, "entré dans le mystère de la mort". Gageons que ce croyant a abordé la fin de son existence avec sérénité, et dans l’espérance.

Au-delà des hommages parfois convenus au « Pape de l’histoire contemporaine », une génération plus verte que celles qu’il a formées se souvient de l’auteur de La Droite en France (titre passé au pluriel lors de la réédition de 1982), mais aussi d’un mandarin « pour rire », l’humilité en plus ; un vrai maître.

Si j’ai souvent aperçu la longue silhouette de René Rémond dans les couloirs de Sciences-Po, je ne lui avais jamais adressé la parole avant l'année 2006.

Provincial jusqu’à la moelle, arrivé à Paris sans appui autre que l’amour de mes parents et de ma soeur, j’ai été très ému, une fois entré sous le porche de la rue Saint-Guillaume, de pouvoir découvrir le visage de chercheurs émérites comme les professeurs Berstein, Azéma, ou le facétieux Alain-Gérard Slama. Ce sentiment d’irréalité, lié à la proximité d'historiens que j’admirais et admire, ne m’a jamais vraiment quitté : il est vrai que ces années-là ne sont pas encore trop lointaines…

Comme doctorant, je suis tenu depuis octobre 2005 d’assister à un séminaire hebdomadaire au Centre d’histoire de Sciences-Po, où des chercheurs viennent présenter un ouvrage récemment paru, et ouvrir un dialogue souvent fructueux avec les étudiants. René Rémond devait se soumettre à l’exercice pour ses « Droites aujourd’hui » début 2006 : en raison de mon objet de recherches, je fus préposé à l’avance à l’emploi de discutant pour cet ouvrage.

Je garde de René Rémond un souvenir plein de gratitude.

Tout à ma posture de doctorant un peu « tête brûlée », je m’efforçai le jour venu de poser des questions incisives, notamment sur la question des « sensibilités » en politique. Le toujours président de la FNSP se livra à l’exercice avec beaucoup de gentillesse et de courtoisie à mon égard : l’homme aimait visiblement, ayant ciselé ses analyses, les confronter à de jeunes interlocuteurs. Après plus de cinquante ans de vie intellectuelle, cette disponibilité m’avait beaucoup impressionné.

La jeunesse pour un chercheur, c’est peut-être cela : accepter de nuancer un argument, de préciser un point de détail, bref, de « reprendre le métier ». En cela, René Rémond restera un modèle de probité.

Ses travaux d’histoire politique considèrent plus volontiers l’histoire des idées que celle des cultures et des sensibilités ?

Sa tripartition des droites est souvent plus stimulante qu’opératoire, et ne permet pas d’appréhender pleinement la spécificité gaulliste ?

Qu’importe ! Sont-ils si nombreux, les ouvrages d’histoire savante écrits sous la IVe République, et constamment réédités depuis ? Vous savez bien que non.

L’honnêteté oblige les plus féroces de ses contradicteurs à reconnaître en René Rémond un des grands historiens du XXe siècle, avec François Furet –auquel il succéda à l’Académie française- ou Fernand Braudel, entre autres.

Pour le grand public, René Rémond restera aussi comme le visage aperçu sur le plateau de TF1 un certain 10 mai 1981, à 19h59, avant qu’Etienne Mougeotte et Jean-Pierre Elkabbach reprennent la parole pour annoncer le nom du futur président de la République…

La France se réveillerait un peu plus tard avec la gueule des mauvais jours, quelques milliards de francs en moins dans les caisses, et un million de chômeurs en plus.

Formons des vœux pour qu’au soir du 6 mai 2007, nul historien n’ait à commenter le succès du socialisme compassionnel…

David Valence

samedi, avril 14 2007

Le patriotisme de parti, péché mortel

Comme beaucoup de Français, je me sens lassé par cette campagne présidentielle. Peut-être un début de sagesse…

La passion politique du pays était hier encore intacte : nous regardions le débat électoral comme une ordalie démocratique ; le sort en déciderait l’issue, soit l’avenir de la Nation. Rien que ça !

Ainsi que François Furet a pu l’écrire, la France a tout parié sur le politique en 1789 ; elle ne cesse depuis lors de goûter à l’âpreté du désenchantement.

Que le politique ait moins de prise sur nos vies n’est pas nécessairement un mal.

Le phénomène surprendrait nos aînés, mais les réjouirait dans le même mouvement : l’absence d’une véritable société civile susceptible d’organiser le dialogue en son sein et de porter des valeurs d’émancipation individuelle fut longtemps le principal des maux français. Les choses ont assurément commencé de changer avec mai 1981, puis la chute du mur de Berlin.

Faut-il, par exemple, se désoler qu’une certaine violence verbale ait disparu des discours politiques, quand les ligues des années 30 ne reculaient pas devant des appels au meurtre (notamment à l’encontre de Léon Blum)? Faut-il regretter que plus personne n’ose se dire « contre l’Europe et la construction européenne », hormis le pittoresque et ridicule Gérard Schivardi ?

Au demeurant, les manifestations de désintérêt pour le suffrage demeurent plus limitées en France qu’ailleurs : il est impensable, par exemple, que plus d'un tiers du corps électoral choisisse de s’abstenir le 22 avril 2007, quand près de 50% des Américains "vont à la pêche" plutôt qu’à l’isoloir tous les quatre ans.

On peut souhaiter que les Français "qualifient" dimanche en huit les deux candidats qui leur auront semblé les moins démagogiques, les plus sincères. Ma conviction est qu'on ne perdra plus désormais les combats électoraux pour avoir pris le beau risque de la modestie et de l’indépendance.

Lâchant un moment ces journaux qui tachent le bout des doigts -un blâme à Libération, le plus «charbonneux» de tous!-, je me suis plongé il a quelque temps dans la biographie d’un ancien Président du Conseil socialiste : Guy Mollet. J’avoue préférer parfois les grands ancêtres aux fauves d’aujourd’hui ; rien de contradictoire avec ce qui précède, voyez-y plutôt un goût de l’exotisme.

La biographie que François Lafon consacre à Mollet est érudite, plutôt positiviste. Vous gagnerez assurément à ne pas vous attarder sur le détail des analyses de Georges Guille ou de Marceau Pivert, à moins de nourrir une passion d’entomologiste pour l’histoire du socialisme "alla francese". L’historien Lafon, après plusieurs années de contact avec le bonhomme Mollet, a fini par nouer avec lui un lien de camaraderie intellectuel, cela se sent mais ne nuit nullement aux grandes qualités de l'ouvrage.

En tournant la dernière page, on se dit que Mollet le sulfureux, Mollet le repoussoir, s’est perdu pour avoir trop aimé son parti. La cité Malesherbes, tel fut son poussiéreux royaume de septembre 1946 à décembre 1968.

En toutes choses, Guy Mollet considéra l’intérêt de son Parti : il « parlait d’abord aux socialistes, ensuite seulement aux autres citoyens ». La survie d’une machine politique préférée au bateau dont elle n’était qu’un des moteurs, en somme.

Ca ne suffit pas à expliquer la torture en Algérie, quoique François Lafon resitue avec justesse l’action de Mollet dans le contexte d’une époque où peu de voix s’élevèrent pour condamner l’avilissement des hommes, torturés comme tortionnaires : citons ici le général Pâris de La Bollardière, l’honneur de l’armée, et François Mauriac, celui des écrivains « de droite ».

Guy Mollet a donc souffert toute sa vie d’une maladie qui assèche et isole : le patriotisme de parti. Cette affection menacerait-elle aujourd’hui certains candidats à l’élection présidentielle ?

En apparence, Mme Royal et M. Sarkozy « roulent pour leur bosse » plus que dans l’intérêt d’une structure collective.

Pourtant, le refus socialiste d’envisager tout partenariat, toute coalition ou toute refondation partisane (selon le résultat du premier tour) avec l’UDF procède de la paresse intellectuelle aussi bien que du même patriotisme de parti.

Préserver ce qui a été construit à Epinay-sur-Seine –comme si Alain Savary n’avait pas préparé le terrain à un nouveau socialisme entre 1969 et 1971- : voilà ce qui anime les vieux grognards d’un général mort depuis un certain 8 janvier 1996, et dont Ségolène Royal convoque les mânes à chaque prise de parole publique.

Les socialistes oublient une chose : en politique, il n’est pas que des pesanteurs institutionnelles, il est aussi des dynamiques qui abattent les murs. La rue de Solférino pourra-t-elle attendre au coin de l’âtre que l’orage centriste passe, ou les Français la pousseront-ils à aérer un peu une « vieille maison » enfumée ?

A ignorer la volonté du peuple, certains pourraient bien finir asphyxiés dans les urnes…

David Valence

mardi, avril 10 2007

Débat jeudi 12 avril au siège de l'UDF

L'association "Ethique et progrès" organise, jeudi prochain, un débat autour du thème suivant :

"Le dépassement du clivage droite-gauche, évolution ou révolution?".

L'association "Ethique et progrès" a souhaité que je sois l'un des deux intervenants, l'autre étant Julien Frétel, maître de conférences en sociologie à l'IEP de Lille et spécialiste de l'UDF.

Si ce thème vous intéresse, n'hésitez pas à venir nombreux : le débat aura lieu au siège de l'UDF (133bis, rue de l'Université, station Invalides), amphithéâtre Jean Lecanuet, de 20 à 22h.

David Valence

lundi, avril 9 2007

Un borgne contre la République

Robert Badinter avait parlé, au milieu des années 90, d'une "lepénisation des esprits" à propos des lois sur l'immigration des ministres Pasqua et Jean-Louis Debré. Le propos, venant d'une des "consciences" de la gauche hexagonale, avait paru exagéré et contre-productif. Répondre à la peur du déclassement et à la colère de l'électorat frontiste par des propositions qui le ramènent dans la famille républicaine : tel était le défi que tous les responsables politiques de bonne volonté auraient dû s'assigner dans les années 90, plutôt que de stignatiser certains Français.

François Bayrou s'efforce aujourd'hui, à sa manière et avec l'UDF, de répondre à la détresse de beaucoup de Français qui, hier, votaient Le Pen comme on pousse un cri de colère.

C'est plutôt à une banalisation de Jean-Marie Le Pen et de ses ouailles à laquelle on assiste aujourd'hui. Jean-Marie Le Pen invité à Sciences-Po comme les autres candidats pour parler des femmes, Jean-Marie Le Pen qu'aucun journaliste n'ose interrompre sur un plateau de télévision pour contester la vérité des chiffres qu'il avance (souvent faux) et pointer l'incohérence prétendument rassembleuse de ses propositions. ..

Souvenons-nous : ce candidat-là soutenait autrefois, la lippe goguenarde et hargneuse, que le Sida se transmettait par la salive et la sueur, alors que les scientifiques étaient déjà largement en mesure de prouver le contraire. Dans un même élan, il précisait que l'essentiel des contaminations se produisaient via l'usage de drogue ou la sodomie. En clair, dans son esprit, le Sida était une affaire de camés et de pédés pour l'essentiel. Une partie de ces affirmations pouvaient trouver écho à l'époque, dans un climat de défiance à l'égard de la communauté homosexuelle, largement touchée par le virus ("ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés").

Sur cette affaire, Le Pen avait évidemment manqué de vision à long terme -quid des malades du Sida en Afrique noire, sont-ils tous vraiment des "sodomites" ou des drogués?- ; il s'était surtout révélé, une fois de plus, dans toute son ambiguïté vénéneuse. Le Pen ne mord pas, il progresse à coup d'insinuations fâcheuses, mais jamais trop dangereuses : les Républicains sentent bien que, derrière le "détail", les "Sidaïques", l'équipe de France "qui ne ressemble pas au pays", l'occupation allemande "pas si terrible" et la colonisation française "qui a beaucoup apporté aux Africains", c'est tout un paysage idéologique qui, pièce après pièce, se construit.

Le Pen n'a jamais exercé le pouvoir, à quelque échelon que ce fût : il n'a jamais été ni ministre, ni responsable d'un exécutif local (maire, président de conseil général, président de conseil régional). Ses idées n'ont donc guère subi les apories qu'impose le fait d'être aux responsabilités. Entre Le Pen version 1987 et Le Pen version 2007, il est -rien de plus naturel- moins de différences qu'entre le Sarkozy de 2007 et celui d'aujourd'hui.

J'en veux pour preuve deux interventions du borgne le plus célèbre de France au cours de la campagne présidentielle : le 3 avril et hier, 8 avril. "Le Monde" daté du 3 avril 2007 publiait un entretien avec le président du Front national. Les propos qu'y tenaient ce dernier jouaient sur tous les registres de l'extrême-droite la plus rance, mais je n'ai entendu personne s'émouvoir de leur teneur. Prenons le temps de décortiquer cet entretien pour saisir le raisonnement de Le Pen.

L'Evangile selon Jean-Marie pourrait commencer ainsi : "Au commencement était le complot...".

Pour l'ancien député poujadiste, qui siégea à l'Assemblée dès janvier 1956, il y a d'abord, quel que soit le sujet, complot. Cette figure chère aux paranoïaques (très nombreux en politique) finit toujours par transpercer les mots apparemment policés de Le Pen. Au début de l'interview du Monde, il dénonce ainsi des sondeurs qui "vendent une camelote qui n'existe pas" et cherchent à marginaliser le FN.

Agiter l'idée de complot flatte les plus faibles et les moins imaginatifs des Français : une "connexion", un "réseau", un dessein mystérieux suffirait à expliquer en vrac, le chômage, la construction européenne, l'euro, la fermeture de bureux de poste en milieu rural, la popularité passée de Ségolène Royal, que sais-je encore...

La fascination pour le complot est une grande maladie qui guette nos sociétés sans transcendance : la chaîne occulte des responsabilités et des intérêts tient lieu de mouvement et de sens de l'histoire pour beaucoup. Et pour Le Pen. On repère là une constante de l'extrême-droite qui, dans les années trente notamment, dénonçait un complot judéo-maçonnique pour expliquer l'abaissement de la France.

Chez Le Pen, après le complot, on trouve généralement le mensonge, ou l'inexactitude énorme, dont l'impact repose sur l'inculture de ses contradicteurs. Un exemple?

Dans l'entretien du 3 avril 2007, Le Pen se compare implicitement à de Gaulle en affirmant qu'avant son investiture par l'Assemblée comme Président du Conseil -le dernier de la IVe République-, le 1er juin 1958, de Gaulle "faisait 3%". Précisons ceci : de Gaulle ne s'était, avant fin 1958, jamais présenté à une élection, quelle qu'elle fût. Ce qui fait déjà une différence avec Le Pen. En outre, s'il avait crée et dirigé un mouvement politique, le RPF, le 7 avril 1947, le général de Gaulle avait mis en sommeil cette formation dès 1953. En 1958, de Gaulle ne "faisait" donc pas 3% : ceux qui se réclamaient de lui sans son accord (les Républicains sociaux de Jacques Chaban-Delmas) "faisaient" un peu plus.

Surtout, il est tout de même cocasse de voir un homme qui a dirigé la campagne de Tixier-Vignancour en 1965 se comparer à de Gaulle. De Gaulle voyait loin, Le Pen -nous l'avons vu sur le Sida- ne voit pas plus loin que le bout de ses mocassins.

De Gaulle, dans les moments critiques, a toujours choisi la République avant le reste ; Le Pen affirme, toujours dans cet entretien daté du 3 avril 2007, que la Nation l'emporte, pour lui, sur la République (comme si les deux devaient être distinguées, alors que la leçon de Valmy, élève Le Pen, est toute autre).

De Gaulle fit le choix du patriotisme et de l'honneur, même au prix d'une condamnation à mort -certes par contumace-, au moment critique ; qu'a fait Le Pen pour donner des leçons de patriotisme à la terre entière, et à M. de Villiers (dont le père fut un résistant héroïque) en particulier, dans cet entretien?

Il a accepté de torturer en Algérie, avec une bonne volonté marquée. Il a soutenu des hommes qui fomentaient un coup d'état colonialiste (en mai 1958) ou des assassinats (à l'époque de l'OAS). Le patriotisme dont se revendique M. Le Pen n'est pas celui des Républicains.

De la même manière, Le Pen se compare à Clemenceau en mettant en avant son âge : M. Le Pen a aujourd'hui 79 ans (mais Clemenceau en avait 76, soit trois de moins, en 1917, en revenant au pouvoir). S'il suffisait d'être septuagénaire, en politique, pour être Clemenceau, nous connaîtrions beaucoup de candidats, notamment du côté du Sénat ou même de l'Elysée!

En outre, cet homme compare la devise du pays "Liberté, égalité, fraternité" au "Tiens, v'là du boudin" de la Légion! Comment ne pas être indigné par ce mépris des valeurs nationales les plus généreuses?

Cet homme "ne croit pas à l'Europe", et veut faire "des confitures" de la monnaie unique. Que voir derrière ces affirmations? M. Le Pen ne croit pas à l'Europe parce qu'il est resté un Français de 1956, date où le temps pour lui s'est arrêté politiquement, avec l'érosion accélérée de ses ambitions politiques de premier plan. L'idéal européen ne peut rien lui évoquer, car c'est un idéal de concorde et de dialogue, quand il ne croit qu'au chacun pour soi et au chacun chez soi.

Quant aux "confitures", voilà bien de ces expressions faussement gouailleuses dont abuse l'ancien para fiévreux lorsqu'il n'a rien à dire! Ou comment enfumer le blaireau, pardon, le journaliste...

Notre tableau ne serait pas complet sans le registre scatologique, fréquent à l'extrême droite. M. Le Pen se moque, dans l'entretien du 3 avril, de ceux qui le disent vieilli en usant de l'ironie : parlant de lui à la troisième personne, il dit qu'"il fait sous lui, c'est bien connu". Si M. Le Pen entend rester sur ce registre, je lui rappelle le mot d'Edouard Herriot : la politique, c'est comme l'andouillette, ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop".

Le fumet nauséabond que dégage l'extrême-droite vient pourtant de s'enrichir d'une nouvelle nuance : M. Le Pen, lors du "Grand rendez-vous Europe1 / TV5 Monde / Le Parisien" a reproché à M. Sarkozy d'être "un candidat qui vient de l'immigration".

Il est temps que M. Le Pen jette le masque et avoue que beaucoup, à l'extrême-droite, rejettent Sarkozy avec une violence qu'explique partiellement leur antisémitisme. Il n'est que de surfer pour le web pour le voir...

M. Le Pen n'a pas changé. Sa vision de la France n'est pas la nôtre, et nous devons défendre pied à pied les symboles nationaux qu'il s'approprie. Le vrai visage de la France, comme le disait Malraux, c'est pour nous celui de Jean Moulin qui agonise dans un avion, au-dessus du pays dont il chérissait les principes et les valeurs ; ce visage-là, tuméfié, blessé, sanguinolent, sera toujours plus beau que celui de M. Le Pen...

David Valence

vendredi, mars 9 2007

Portrait de la campagne en patinoire

En politique, il n’est jamais bien vu de revêtir les habits de Cassandre.

Eric Besson l’apprit à ses dépens. Ayant souligné en interne les faiblesses de la campagne socialiste au moment où Mme Royal se voulait au zénith, le député de la Drôme se vit morigéné par les courtisans de Solférino, jusqu’à la rupture.

Rien de plus utile pourtant, en période électorale, que de partager un dîner avec des amis suffisamment proches pour vous bousculer. François Mitterrand, souvent dépeint en souverain d’Ancien Régime, put compter sur Georges Dayan pour remplir ce rôle, jusqu’en 1981 ; Jacques Chirac écoutait de même les conseils de Pierre Mazeaud, gaulliste intransigeant, légiste ombrageux, parlementaire émérite.

Dans cette campagne, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont longtemps péché par trop d’assurance : fermés sur eux-mêmes et ne voulant voir en leurs conseillers que des faiseurs de notes, ils ont progressivement perdu toute lucidité sur la nature de l’élection à venir. Focalisés sur le second tour, comme Lionel Jospin en son temps, ils n’ont pas cherché à construire autour de leurs idées, mais d’abord à s’affranchir de leurs soutiens, jusqu’à la solitude.

L’autisme tue, dans une campagne présidentielle, plus sûrement que les gaffes.



A quelques semaines du premier tour, François Bayrou semble en mesure de déjouer les pronostics strictement bipolaires. Quelles sont les raisons de son succès, de la faveur que rencontre notre famille politique, celle du centre démocrate et libéral ?

Pour le téléspectateur lambda, le candidat de l’UDF a commencé sa campagne en dénonçant des sondages truqués, ou commandés par l’UMP et le PS, lorsqu’ils lui promettaient 8 ou 9% des voix.

Puis, il a « enchaîné » sur la salutaire dénonciation du protocole médiatique, et essentiellement télévisuel : complaisant avec les supposés « forts » (Sarkozy, Royal), impitoyable de mauvaise foi avec les « petits » d’alors (Bayrou, Le Pen, Voynet, Villiers et Buffet).

Enfin, François Bayrou a su poser en candidat des « sans voix », en préférant –jusqu’au Zénith du 21 mars 2007- les petites réunions aux grands meetings, les salles studieuses aux gymnases surchauffés, la pédagogie tranquille au volontarisme creux. Issu d’un milieu modeste, ayant réussi à la force du poignet sans renier ses valeurs ou sa famille, assumant son provincialisme, ce candidat-là avait tous les atouts pour crever le plafond des 10, et même des 15%.

Or, voilà que le niveau des intentions de vote, comme pour d’autres l’argent, corrompt.

Pas le candidat de l’UDF, notre candidat, qui va répétant avec une heureuse modestie que le plus dur reste à faire, et que la dernière marche est peut-être plus difficile à gravir que toutes les autres réunies. Si la raison l'emporte chez François Bayrou, il est certain de mes camarades centristes qui perdent le nord.

C’est autour de soi, dans cette famille qu’on connaissait raisonnable mais fière de son indépendance, ouverte mais pas molle, qu’une dangereuse euphorie prend. Le sain scepticisme à l’égard de sondages autrefois boudeurs, aujourd’hui flatteurs, s’est évanoui.

N’entend-on pas évoquer par tel ou tel de nos camarades la soupe des cabinets ministériels ?

Les allées du centrisme commencent à retentir des mots mirobolants que d’aucuns, comme à la voiture des mariés les casseroles du bonheur, aimeraient accoler à leur nom : conseiller spécial, conseiller technique, directeur de cabinet, … Quoi de plus grisant que de se voir prêtée une influence qu’on n’a pas, ou un avenir immérité ?

Or, rien n’est joué dans cette campagne.

Le seul chiffre à retenir de sondages qui tombent comme à Gravelotte, c’est celui des indécis : entre 45 et 55% des Français, selon les instituts. Tel candidat qui semble réunir aujourd’hui 26% (Nicolas Sarkozy) pourrait se retrouver mécaniquement à 13%, si tous les indécis décidaient de le bouder.

Ajoutez à ceci que la marge d’erreur des sondages tourne, en temps normal, autour de 3%, et vous comprendrez que nul n’est assuré, à l’heure ultime, de ne pas voir son carrosse se transformer en citrouille.

Le responsable des sondages du Parti socialiste l’a déclaré en petit comité : cette campagne ressemble à s’y méprendre à une patinoire. Une patinoire enfumée, où chacun se meut dans le brouillard, pourrait-on ajouter.

Qui peut affirmer aujourd’hui que le mur Le Pen s’est éloigné de la glace où nous évoluons ?

La prudence reste de mise dans cet environnement incertain.

Armés de leur volonté de réformer le pays et de lui redonner enfin confiance, les centristes doivent continuer à défendre leurs idées avec modestie, à Pontivy, à Foix, à Altkirch, à Saint-Omer ou à Paris.

ll faut souhaiter pour la France que les électeurs se prononcent sur un projet, non simplement sur des images ; sur des idées, et pas uniquement sur des personnes.

Prendre le beau risque de l’exigence, tel est le vrai chemin de la famille centriste et libérale. Il ne passe pas, pour le moment, par les cafés à la mode où certains courtisans gagneraient à se rappeler la fable de la grenouille et du bœuf.

David Valence

lundi, février 19 2007

Défense du libéralisme

La pensée libérale n'a pas bonne presse en France.

Tantôt, c'est Jacques Chirac qui confesse à Pierre Péan sa haine du libéralisme, sans préciser qu'il songe plus à un anarcho-capitalisme mondialisé qu'à Benjamin Constant ou Raymond Aron.

Tantôt, c'est José Bové qui éructe que le libéralisme détruit l'homme et l'humanisme.

Le jugement porté par les Français sur l'adjectif "libéral" reste étrangement négatif, dans une Europe qui associe plutôt le mot à des valeurs positives et fondatrices de son identité.

La campagne présidentielle n'a fait qu'accentuer cette répugnance massive, cette méprise injuste : Nicolas Sarkozy, tout en lançant à ses auditoires des citations de Jaurès, a cherché à assécher les eaux libérales à son seul profit.

On peut douter que l'élection des 22 avril et 6 mai prochains accouche à l'UMP, et a fortiori au PS, d'un vrai projet libéral pour notre temps.

Rappelons-le : il n'est pas de libéralisme qu'économique. La pensée libérale se veut porteuse d'un projet global de société, construit autour du postulat que c'est l'individu qui préexiste à la société, non l'inverse.

S'agissant du rapport des individus les uns aux autres, la pensée libérale affirme l'égal respect mérité par chacun, et la nécessité que la liberté de l'un ne trouve de bornes que pour autant qu'elle heurte celle de l'autre. La redistrubution est une idée libérale : son objectif demeure de donner à chacun les moyens de pouvoir exercer sa propre liberté.

Concernant le rapport de l'individu aux groupes intermédiaires (syndicats, partis, mais aussi communautés ethniques ou religieuses), le libéralisme défend une indépendance radicale et non négociable. En clair, nul ne doit pouvoir vous contraindre à appartenir à une organisation ou vous réduire à une identité de fait. Le libéralisme s'oppose en principe au corporatisme, mais aussi au communautarisme dans sa forme "encadrée".

Quant aux rapports de l'individu à l'Etat, chacun sait que la capacité de se retirer en soi et chez soi, sans y subir d'intrusion de la puissance publique, reste essentielle à la pensée libérale.

Dans cet ordre d'idées, il est par exemple inconcevable que l'Etat puisse, concrètement, attenter à notre droit de disposer de notre propre existence.

Oui, en bon libéral, j'approuve l'interdiction de fumer dans les lieux publics, mais pas la verbalisation de l'oubli de la ceinture pour un conducteur.

Il serait temps de parler enfin juste.

A trop prêter de noires intentions au libéralisme, nous risquons de condamner subrepticement les valeurs les plus fondamentales de l'Occident.

David Valence

samedi, février 3 2007

Du danger des amalgames en démocratie : l'anti-sarkozysme n'est pas un antifascisme

Que mes visiteurs se rassurent, je ne suis pas atteint d'une poussée de sarkozyte. Mais il me semble que les amalgames indignes auxquels se livrent certains hommes de gauche doivent être dénoncés.

Renaud, chanteur et auto-proclamé tribun de la plèbe, a popularisé, dans une de ses dernières chansons, une équation que beaucoup d'élus de gauche développent aujourd'hui auprès de leurs électeurs : Sarko = facho.

On devrait toujours se méfier d'un mitterrandiste déçu.

Car Mitterrand, tout "francisquain" qu'il était, s'efforça avec succès, à partir du mitan des années 80, d'appliquer la technique du "reductio ad fascistum" à toute la droite française. L'adjectif, ou le substantif de "fasciste" étaient si forts, qu'il en restait toujours quelque chose dans l'inconscient collectif : discréditer un adversaire politique valait bien un petit procès en diffamation...

Un certain peuple de gauche (de préférence militant ou syndiqué) reprend aujourd'hui cette vieille antienne pour lutter contre un Sarkozy identifié au grand Satan.

Sarkozy serait "inquiétant".

Certains des aspects des 5 lois votées depuis 2002 sur la délinquance seraient "liberticides" (ce n'est pas faux), et ouvriraient la voie à une dérive autoritaire (cela relève du fantasme).

Jusqu'à Lilian Thuram, promu "spécialiste des banlieues" pour l'occasion, qui vient de dénoncer le prétendu "racisme" de Nicolas Sarkozy.

J'affirme qu'en faisant d'un Sarkozy l'égal d'un Le Pen, une certaine gauche s'efforce de désinhiber certains électeurs de la droite modérée, pour les pousser dans les bras du Front national, comme à la plus belle époque de la Mitterrandie.

J'affirme que la gauche française n'a rien d'autre à proposer aux Français, aujourd'hui, qu'un vote de rejet de la droite : elle ne cherche même pas créer de l'adhésion pour ses idées. Pour gagner, il lui suffirait que les électeurs rejettent Sarkozy... Comme ils rejetèrent Juppé en 1997.

Quand les attaques se font plus subtiles, elles ne perdent pas pour autant de leur nocivité.

J'affirme qu'en parlant de Sarkozy comme d'un "Américain à passeport français", certains députés socialistes ont utilisé, eux, un vocabulaire d'extrême-droite, voulant identifier un adversaire politique au "Parti de l'Etranger".

J'affirme que Nicolas Sarkozy est au contraire victime, sur le net notamment, de violentes attaques antisémites, que le PS s'honorerait à condamner.

Or, assimiler Sarkozy à un étranger revient à étayer, sans le dire et peut-être sans le savoir, les menées ignobles de l' extrême-droite blogueuse et connectée.

Choisir un candidat, ce n'est pas opter pour un moindre mal, après avoir dépeint l'adversaire en "monstre".

Décidément, les socialistes paraissent prêts à tout pour gagner, et rentrer dans l'Etat : rien de fait plus la preuve de l'absurdité d'une bipolarisation haineuse.

David Valence

jeudi, janvier 18 2007

La république des boules puantes

Les rumeurs qui ont couru sur le net ces derniers jours quant au patrimoine du couple Royal-Hollande relèvent d'une vieille tradition des campagnes présidentielles, vos éditorialistes favoris vous l'ont répété.

En l'espèce, la confusion entretenue par certains entre le siège de la SCI "La Sapinière" (associant Mme Royal, M. Hollande et les parents de ce dernier) et le domicile du couple médiatique n'était certes pas innocente. Il n'est pire ignorant que celui qui ne veut savoir, ou se dit convaincu de détenir un scoop juteux.

En revanche, la personnalité du propagateur le plus illustre (si on peut dire) de cette rumeur n'a pas suscité de commentaires dans la presse écrite.

Pour les naïfs, les "Robinsons qui reviennent tout juste de leur île déserte", et autres sevrés du déluge d'informations, précisons qu'il s'agit de Jacques Godfrain, ancien ministre de la Coopération et Député de l'Aveyron, ancienne tête de liste aux régionales de 2004 en Midi-Pyrénées (avec l'insuccès qu'on devine).

La Coopération, pour un gouvernement se réclamant du gaullisme, ce n'est jamais anodin.

Jacques Godfrain fut le ministre de la Coopération de Jacques Chirac de 1995 à 1997.

Deux faits nous paraissent significatifs pour prendre la mesure du personnage :

-d'abord, l'appartenance passée (et bien connue) de Jacques Godfrain au SAC (Service d'action civique), cette "part d'ombre du gaullisme" que l'historien François Audigier a su décrire et analyser avec finesse ; le SAC a certes suscité à gauche, dans les années 60 et surtout 70, les fantasmes les plus absurdes et les craintes les plus disproportionnées, mais la réalité trouble de ce mouvement politique "de choc" demeure, comme les indices de son implication dans la préparation de "coups tordus" (Affaire Markovic en 1968-69, diamants de Bokassa en 1980-81) destinés à déstabiliser des adversaires ou des ennemis politiques ;

-d'autre part, le rôle joué par Jacques Foccart, ancien résistant et surtout homme-clef des réseaux gaullistes en Afrique dans les années 60, à l'Elysée, auprès de Chirac, en 1995-1996 ; Godfrain, alors ministre en charge de la Coopération, put alors travailler en toute intelligence avec un Foccart qu'il connaissait de longue date ; Foccart, dont le nom sent le souffre pour beaucoup de spécialistes de l'Afrique noire, Foccart, à qui on a beaucoup (trop) prêté de complots et de crimes (l'affaire Ben Barka), Foccart qui fut, quoi qu'il en soit, le véritable "chef" du SAC jusqu'à dissolution de ce mouvement par le pouvoir socialiste, au début des années 80.

J'ajoute que Jacques Godfrain préside aujourd'hui la Société des amis de Jacques Foccart.

Deux conclusions :

-les journalistes feraient bien de lire des ouvrages d'histoire contemporaine, ou de soigner une culture politique trop souvent étique ;

-les méthodes de déstabilisation pratiquées par certaines officines proches du SAC dans les années 60 et 70 ne sont pas mortes avec ce mouvement, dont d'anciens membres (comme Charles Pasqua) ou "amis" continuent à graviter -certes isolés- dans les allées du pouvoir.

L'addiction aux boules puantes est une maladie grave, dont souffrent certains "entourages" en politique.

Je suggère d'offrir aux drogués de l'insinuation calomnieuse un séjour de longue durée en Suède ou en Norvège, pays où la morale publique condamne les corrompus comme les "grenouilleurs".

David Valence

samedi, janvier 6 2007

Hulot, soleil trompeur

Avis à beaucoup de mes camarades : ce qui suit ne leur plaira pas nécessairement ! Mais il est encore temps d'égratigner le candidat Nicolas Hulot, pour le convaincre de renoncer à une opération hasardeuse.

Pourquoi la gêne l'emporte-t-elle sur la sympathie à chacune des embardées politiques du baroudeur cathodique?

Reconnaissons d'abord que les soutiens de Nicolas Hulot sont encombrants. Il travaille pour TF1, donc pour le groupe Bouygues, ce même groupe qui pousse nombre de municipalités périurbaines à lancer des projets de lotissements.

Or, le paysage français ne cesse d'être "mité" et "rongé" par des étendues pavillonnaires sans âme : maisons crème, jardins avec fucus, et haies de cyprès taillées à 1 mètre. Ces constructions à l'américaine sont incroyablement consommatrices d'espace, alors que beaucoup de "coeurs de villes" ou de villages se voient désertés. Les pavillons construits relèvent souvent de l'aberration écologique, en termes de coûts de chauffage et de matériaux de construction.

D'aucuns reprochent aux politiques de ne pas faire preuve de "cohérence", de dire une chose et son contraire. Si M. Hulot envisage sérieusement d'entrer dans la course à la magistrature suprême, qu'il commence à rompre les amarres avec le premier bétonneur de France!

On ne m'ôtera pas de l'idée que "l'épiphénomène Hulot" traduit une tendance lourde du débat public en France. L'essentiel de l'aura hulotienne tient au phénomène du "vu à la télé" : il suffit d'occuper régulièrement les petits écrans pour se voir légitimé dans sa prise de parole politique.

Les Français, lassés de politiques que les médias décrivent comme corrompus, cyniques ou impuissants, en viennent à accorder plus de confiance à des héros de télévision, dont les avis seraient plus sincères et moins intéressés.

Tout commence par Hulot, dépeint en porte-parole d'une écologie généreuse et, somme toute, peu "dérangeante" ; dans quelques années, pourquoi ne ne verrait-on pas Gérard Klein, "l'instit" des longues soirées d'hiver sur France 2, donner des leçons de réforme au Ministre de l'Education nationale?

Beaucoup des leaders politiques qui ont signé le "Pacte écologique" du sieur Hulot ont été convaincus par leurs conseillers en communication. Une photo, ça ne coûte rien, et on reparlera de ce pacte par la suite...

On touche là au fond du "problème Hulot". J'ai la conviction qu'en ramenant le sujet de l'écologie et de la protection de la planète vers la seule société civile, supposée "interpeler" les politiques, Nicolas Hulot fait régresser la cause qu'il défend avec sincérité.

Hulot, c'est René Dumont en moins bien, en moins provocateur, en plus "people". René Dumont faisait campagne en 1974...

Non seulement les partis politiques "généralistes" développent aujourd'hui une réflexion approfondie sur les thèmes écologiques -voir surtout les projets de l'UDF et de l'UMP-, mais ils ont cessé de "sous-traiter" le sujet à des personnalités "mineures" ou incompétentes (Nelly Ollin dans le gouvernement actuel).

Or, si nous voulons agir concrètement contre le réchauffement climatique et pour la préservation de la biodiversité, ce n'est certes pas d'un feu de paille médiatique dont nous avons besoin, mais de femmes et d'hommes responsables, élus sur des objectifs courageux en matière d'écologie.

Les Verts ont beaucoup fait pour porter l'écologie dans le débat public. Une candidature Hulot les affaiblirait considérablement.

Elle aurait également pour conséquence de ruiner le travail effectué par d'autres, à l'UDF, à l'UMP, un peu moins au PS, pour convaincre que l'écologie était l'affaire de tous. Pourquoi s'occuper "à l'intérieur" de ce que d'autres (inoffensifs sur le plan électoral) traiteront "à l'extérieur", surtout quand le sujet est porteur de mesures parfois restrictives ou impopulaires?

Les industriels les plus cyniques ont bien compris cette équation, qui soutiennent la perspective d'une candidature Hulot sans le dire.

Ils pensent que l'animateur "neutralisera" le thème de l'écologie pendant la campagne ; que faute de "troupes" pour porter son message aux législatives et au gouvernement, "une fois la bise venue", il prêchera dans le désert ; que, même s'il entrait lui-même dans un gouvernement, Hulot aurait moins de poids que d'autres pour agir ; et donc, qu'in fine, les pollueurs pourront continuer à polluer en paix, les bétonneurs à bétonner en paix.

C'est pourquoi il faut dire "non" à la candidature de Nicolas Hulot, et convaincre cet homme plein de bons sentiments qu'il est plus utile là où il se trouve aujourd'hui qu'il ne le serait dans les urnes.

L'emballement médiatique autour de sa candidature est dû au goût du système pour "les siens".

Si Nicolas Hulot n'attrape pas une insolation à force d'exposition aux flashes et aux caméras, il aura droit à notre respect.

Car la lumière des flashes est un soleil trompeur.

David Valence

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