En mémoire d'Adrien
Par David Valence le lundi, août 24 2009, 10:19 - Lien permanent
Il est des mots que l'hypermédiatisation de la vie publique a comme frappé de désuétude. La vertu figure à ce nombre. Qui oserait écrire aujourd'hui d'un dirigeant politique qu'il offre un modèle de vertu, sinon sur le mode ironique?
Il s'agit donc de s'entendre sur l'acception du terme avant d'en proposer un usage contemporain. Trop souvent, le vertueux se confond avec le cagot ou appelle le tartuffe dans nos représentations. Une définition exigeante de la vertu publique pourrait au contraire être la suivante : la volonté de mener une existence en accord avec ses conceptions philosophiques et religieuses. Serait vertueux celui qui mène une "vie philosophique" au sens où Socrate l'entendait.
Qui veut évoquer l'existence d'Adrien Zeller se trouve condamné à un vocabulaire d'un autre temps. La vertu et la probité se bousculeront dans son texte, auxquelles l'humanisme ajoutera un peu de chair. Vertueux, probe, humaniste, Adrien Zeller le fut en effet comme peu d'hommes publiques de sa génération.
Issu d'une famille de modestes élus locaux, il offre un exemple supplémentaire de ces élus des confins, nourris à l'altérité culturelle, qui savent le poids du hasard dans nos identités. En d'autres temps, Adrien Zeller aurait pu naître en Allemagne ou au Luxembourg, comme Robert Schuman. L'engagement européen de ces personnalités ne valait pas négation des caractères : l'expérience quotidienne de la différence culturelle les avait plutôt conduits à penser la construction de l'Europe comme un dialogue institutionnalisé.
Adrien Zeller servit d'abord la France et l'Europe en qualité de fonctionnaire international, spécialiste des questions agricoles.
Il les servit ensuite comme parlementaire -à partir de 1973-.
Il les servit enfin comme élu régional, patron d'une région que l'enchevêtrement très ancien de la latinité et du germanique ne suffisent pas à décrire. Adrien Zeller fut avant tout un Rhénan, un homme dont le dialogue gouvernait l'identité. Un Lotharingien ajouterait-on en guise de coquetterie lexicale.
Son engagement en faveur de l'Europe, de la décentralisation, son goût de construire des consensus dépassant les lignes Maginot de la politique partisane, il les nourrissait aussi d'une foi à la fois secrète et profonde. Sa vie donnait sens au vieux nom de démocratie chrétienne : passion pour la confrontation des idées quand elle ne prend pas le visage hideux de l'affrontement gratuit, attachement à la démocratie et en particulier au parlementarisme, souci de faire émerger des contre-pouvoirs au niveaux local ou national pour empêcher que l'autorité centrale se retrouve seule à agir sur le réel.
Privilégier l'action au "bruit", avoir le sens du temps, ce qui évite procrastination comme précipitation, et tenir bon sur ses convictions les plus profondes : tels étaient les môles autour desquels se structura l'engagement d'Adrien Zeller. Sa vertu ne lui valut pas la faveur des journalistes, mais emporta l'estime de ses concitoyens. N'est-ce pas là l'essentiel?
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