Le titre du dernier film de Claire Simon sonne comme une provocation. "Les bureaux de Dieu" : voilà un nom de baptême inattendu -et heureux- pour un documentaire-fiction consacré au Planning familial. Une interprétation s'en impose, qui insiste sur l'âge d'émancipation ouvert pour les femmes avec la maîtrise de leur fécondité. Dans cette perspective, la contraception revêt une dimension prométhéenne. Elle contrarie la loi de l'espèce et du hasard -ce que d'aucuns appellent "Dieu"-.

La réalisatrice a choisi de mêler actrices professionnelles et anonymes pour incarner des scènes observées dans plusieurs centres du Planning familial entre 2001 et 2007. Cela nous vaut quelques moments de grâce à la Maurice Pialat.

Une jeune femme dont les troubles psychiques se révèlent progressivement au spectateur confie son espoir à Nicole Garcia. Espoir d'amour auquel elle n'ose croire et que le refus de maternité consacre au lieu de le condamner. Prendre le temps de vivre ce qui s'offre de beau "pour soi" avant de décider, le cas échéant, de donner la vie : les quelques minutes de cette scène offrent un antidote humaniste à beaucoup de préjugés.

Autre merveille, la variation autour du canevas de la prostituée amoureuse. Celle d'aujourd'hui est bulgare, blonde, presque masculine. On sent chez elle l'habitude des choses du corps. Et la pudeur pour celles du coeur, dissimulée derrière une précision presque médicale ("j'ai fait l'amour le 18 août"). Quelle histoire merveilleuse que celle d'une femme qui tombe enceinte trois fois du même homme, après chaque étreinte partagée!

De précieux moments de répit entre deux plongées dans l'intime sont offerts au spectateur. Le médecin (Michel Boujenah, étonnant) change une ampoule, Nathalie Baye (merveilleuse de subtilité) s'étend sur le sol pour reprendre de l'énergie, les cigarettes s'allument et s'éteignent sur le balcon.

Un regret : le cadrage ne sert pas toujours le propos de Claire Denis. Trop large, il ne permet pas toujours de saisir les visages dans leur entier et ouvre des lignes de fuite dans un décor banal. Le grain de l'image aurait pu être travaillé dans un esprit plus cuivré, moins électrique. Ces menus défauts donnent (à tort) l'impression que le film compte dix ou quinze minutes inutiles.

En résumé, hâtez-vous de voir "les bureaux de Dieu", oeuvre d'art autant qu'acte militant.