La psychologie des peuples est un vice qui ronge les raisonnements les plus huilés, les argumentaires les plus solides.

François Furet y sacrifia en observant que les Français avaient tout parié sur la politique en 1789. Que penser de cette affirmation? On pourrait en trouver une confirmation dans le culte du "volontarisme" au détriment de la volonté ; dans l'idée que le verbe "est" action ; dans le goût des utopies généreuses ; dans le mépris pour l'économie.

L'imaginaire français est hanté par l'Etat ; les grands entrepreneurs n'y ont jamais trouvé de place. Si fortune vient, le crime n'est pas loin, répétait-on autrefois. La plupart des bacheliers de notre pays n'a jamais suivi de cours d'économie, fût-ce pour une heure. A l'inverse, le goût de la politique se traduit par une survalorisation de la discipline historique dans l'enseignement primaire et secondaire. Avouez que je prêche contre ma paroisse...

Les media, en même temps qu'ils chérissent les signes extérieurs de richesse, ne font rien pour éclairer les Français sur le fonctionnement des marchés financiers ou la gestion d'une entreprise. Une émission de France Culture aura achevé de me convaincre de ce biais hier matin.

Le programme radiophonique se proposait de livrer à l'auditeur le témoignage de deux conseillers bancaires employés au Crédit lyonnais. De l'un, on nous dit avec gourmandise qu'il a 25 ans, porte un costume noir et une cravate fluo. Jeune, aimant se mettre en avant : c'est l'ennemi. De l'autre, on nous raconte l'engagement syndical, le long passé au sein de la même banque. 55 ans environ, de gauche, articulant ses revendications salariales à la qualité du service aux clients : c'est la gentille.

Le reste se maintint dans les mêmes eaux. Les réponses du jeune-ambitieux-individualiste-qui-n'aime-pas -perdre-son-temps-avec-les-gens-qui-n'ont-pas-d'argent sont entrecoupées de musiques de westerns ou de l'attente téléphonique du Crédit Lyonnais. Voix si atone qu'on s'interroge sur son naturel.

Ne manquait plus que le générique de Dallas : "Dallas, ton univers impitoyable", ...

Entendons-nous : nul ne songe à regretter l'ORTF, ses programmes marmoréens et les coups de fil d'Alain Peyrefitte. Moins encore les campagnes de presse haineuses de certains titres au moment de la guerre d'Algérie, fustigeant les "capitulards", les fourriers de la "décadence", les artisans d'une démoralisation de l'armée. Il s'agit d'exiger de la nuance dans le traitement de l'information. Nous sommes d'autant plus à l'aise au moment de le dire que nous contestons la pollution de la presse par les intérêts des grands groupes industriels.

A quand une émission sur John Stuart Mill, David Ricardo ou Adam Smith sur France Culture? A quand un Thema sur Raymond Aron?

On attend toujours (Godot?).