Ni école du crime, ni lieu d'humiliation
Par David Valence le mercredi, décembre 12 2007, 17:00 - Lien permanent
Les nouvelles règles pénitentiaires européennes imposent désormais de distinguer les prévenus et accusés des condamnés jusque dans la géographie carcérale. Plutôt que de prévoir des prisons spécifiques, l'administration française s'oriente lentement mais à raison vers des établissements où des quartiers distincts correspondraient aux deux types de détenus.
Comme nous l'apprenait "Le Monde" daté du 11 décembre 2007, la maison d'arrêt de Metz-Queuleu a été choisie comme site pilote pour cette évolution. L'occasion est donc donnée par la réglementation européenne de repenser les règles de l'environnement carcéral. Surpeuplées -situation que la politique judiciaire de Madame Dati ne saurait résoudre-, nos prisons sont trop souvent vécues comme des écoles du crime ou comme des lieux d'humiliation par ceux qui y vivent contraints et forcés.
On sait le sujet sensible, et la polémique nauséabonde sur ces détenus "qui ont la télévision et tout le confort". Contre une certaine doxa officielle, il est urgent d'affirmer que l'augmentation du nombre d'incarcérations ne représente pas une fin en soi, sauf à rêver des effarantes statistiques américaines.
Une limitation du nombre de prévenus et d'accusés en prison : voilà qui devrait constituer un des horizons de notre politique pénale. Cela supposerait un meilleur encadrement de la détention provisoire (vaste chantier) ou une extension du bracelet électronique aux non-condamnés : mieux vaut une liberté surveillée que l'engeôlement. Les substituts à l'emprisonnement (travaux d'intérêt général, voire d'autres formats à étudier) pourraient d'être autre part être privilégiés : croit-on que la prison apprendra quoi que ce soit à un adulte qui incendie une voiture?
Pour éviter d'exposer les condamnés comme les prévenus/accusés à de "mauvaises fréquentations", tout plan de construction et de rénovation des prisons nécessite de déterminer au préalable un plafond de personnes emprisonnées. On ne juge pas un magistrat au nombre d'incarcérations qu'il obtient!
La politique de défense des libertés publiques se porte mal ces temps derniers, et nulle voix ne s'élève pour en redire la noblesse.
Dans ce contexte peu favorable, on saluera le choix de Véronique Vasseur comme tête de liste de l'UMP dans le 13e arrondissement de Paris...
Commentaires
Il y a bien un plafond de détenus prévu à la construction mais il n'est pas respecté. C'est d'ailleurs l'existence de ce plafond qui permet de mesurer le taux de surpeuplement: actuellement envoiron 12 000 détenus de plus que le plafond théorique, essentiellement dans les maisons d'arrêts
Il n'est pas sûr que le distinction prévenus/ condamnés ait un impact très important (ce qui n'empêche pas de la faire
Rappelons que les condamnés de plus d'un an (du moins à qui il reste plus d'un an à faire) vont en maison centrale. Un condamné en maison d'arrêt (surtout s'il l'a été en comparaison immédiate) peut être beaucoup moins "aguerri" dans la délinquance qu'un prévenu
Le gouvernement précédent avait lancé la construction d'établissement pour mineur, avec un système d'horaires et d'activités visant à faciliter la réinsertion, et un effectif composé à moitié de surveillants de l'administration pénitentiaire et d'éducateurs de la PJJ. Ces établissements sont en cours d'ouverture ou récemment ouverts. Il faudra voir si cela donnera quelque chose. Malheureusement, le projet initial visant à sélectionner les surveillants pour leur réel intérêt pour ce type d'établissement n'a pu être conservé
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