Fin de partie
Par David Valence le vendredi, novembre 30 2007, 18:35 - Lien permanent
A l'heure où ces lignes s'inscriront sur la toile, l'UDF aura vécu. Les vieux compagnons des années 1970, les ambitieux des années 1980, les égarés des années 1990, les idéalistes du nouveau siècle savent-ils bien ce qu'ils vont perdre? On peut faire accroire qu'aucun bras ne tremblera au moment de voter une mise en sommeil, nul doute qu'en plus d'un esprit naîtront alors de ces questions insidieuses qui sapent les engagements.
François Bayrou, lui, ne doute pas. Bouteille de chloroforme à la main, il jubile depuis mai 2007 à l'idée de pratiquer sur son parti une anesthésie définitive. A-t-il jamais aimé l'UDF, ce démocrate-chrétien qui enrageait dans les années 1980 de voir le libéralisme l'emporter sur son personnalisme imprécis?
Est-il d'un vrai démocrate de se penser "appelé" à l'incarnation de la France, au-delà des contingences électorales? Chez de Gaulle, cette conviction avait reçu l'assentiment de l'histoire. Chez François Bayrou, elle se contente du pain d'orgueil.
Prenons l'entretien que notre candidat du printemps accorde au "Matin plus" daté de ce 30 novembre 2007. Les journalistes évoquent devant Bayrou des troupes qui se dispersent, des rangs qui s'éclaircissent. Le futur maire de Pau -avançons-nous- laisse entendre qu'il est soulagé par ces amputations, qui accréditeraient son image d'homme libre dans l'opinion. Pis, il n'a pas un mot de regret pour Jean-Marie Cavada, comme s'il ne s'agissait pour un corps sain (le MoDem) que d'être vidé de sang noir (les grincheux, les ambitieux).
L'oeil rivé sur 2012, François Bayrou attend que tout empire. "Tout empire finira" se répète-t-il en songeant à sa rivalité avec le chef de l'Etat plutôt qu'à la France. Perdu dans la métapolitique -la réorganisation du paysage partisan-, il regarde à la fois trop haut et trop bas. Les défauts du vol plané et du rase-mottes en quelque sorte. Le rase-mottes à propos de Cavada : "Il n'y aucun mystère dans cette affaire. Cavada voulait à tout prix un portefeuille. Pour prix de ce maroquin, on lui a demandé de se rallier à l'UMP (...)". Le vol plané à propos de soi : "Je défendrai un autre projet de société, et je dirai la vérité. La vérité est plus forte que les mensonges", dixit François Bouche d'Or.
Qu'avance-t-il? La social-économie, qui n'est qu'un mot. La nécessité de réduire la dette, nous en sommes d'accord. Le refus d'une "société de l'argent-roi" (le veau d'or), le rêve d'"entreprises à qui on fait confiance" (le petit entrepreneur bien gentil et peu audacieux).
La France dont Bayrou parle, c'est celle d'avant-hier, celle des solidarités organiques, de la Foi qui imprègne jusqu'aux gestes les plus intimes sans défendre l'hypocrisie. Cette France-là ne reviendra pas, les électeurs urbains du printemps 2007 le savent mieux que quiconque.
Foin de mysticisme trompeur, posons-nous des questions simples et modestes : comment être utiles au Pays? Comment servir?
Je ne crois pas qu'on fasse preuve de courage en préférant son petit tas de rêves au grand bain du monde. Cette erreur-là, François Bayrou la commet depuis six mois avec application.
En tuant une UDF créée en 1978, il prive le pays d'une force d'équilibre, et la famille centriste et libérale d'un foyer où consommer ses retrouvailles. Chacun saura s'en souvenir!
Commentaires
Oui, il est étonnant de voir à quel point il est dans le mythe!
Il faudra reconstruire cette famille centriste sur les décombres de l'UDF
A condition d'avoir un projet clair pour le pays, un projet enraciné dans l'analyse des réalités du 21ème siècle et non dans les rêves de présidence de la république d'un homme enfermé dans ses belles phrases qui sonnent bien mais qui sont en réalité creuses