Un texte de 11 lignes, formules de politesse comprises : une vraie lettre de rupture. La fin d'une aventure et une mise au ban. C'est à cela que ressemble le courrier adressé à votre serviteur par M. Philippe Arnaud, Président de la Commission nationale d'arbitrage et de contrôle de l'UDF.

De quoi s'agit-il? De mon exclusion. Ou plutôt de ma "radiation" de l'Union pour la démocratie française. Rien que de logique, penseront mes amis Modemistes.

Comme certains billets l'ont laissé entendre, il m'arrive de regretter l'aventure de la présidentielle comme on se souvient d'une impasse ensoleillée.

En avouant mon émotion, je risque une double condamnation. Les Modémistes m'appelleront à reconsidérer ma position, tout en murmurant entre eux que je l'ai bien cherché. Les Néo-centristes me suspecteront peut-être de tiédeur pour leur frêle esquif, voire de duplicité.

Comment crever l'abscès pour reprendre la route demain et parler de politique sans amertume? En faisant confiance à ce qu'on est. En l'espèce : un amoureux des mots et des analyses de textes. Je décide donc de ressasser, de remâcher celui-là, reçu ce 8 novembre au soir.

Commençons par reproduire intégralement la lettre du sieur Arnaud :

"UDF Paris, le 5 novembre 2007 Le Président de la Commission Nationale D'Arbitrage et de Contrôle

Monsieur,

Plusieurs informations nous sont parvenues, qui tendent à indiquer que vous avez fait le choix d'adhérer à une autre famille politique que celle de l'UDF.

Comme vous le savez, nos statuts interdisent, dans leur article 4, la double appartenance à l'UDF et à un autre groupe politique. Dans un tel cas, il est précisé que la radiation est automatique.

Je vous informe donc, par la présente, de la décision qu'a prise la Commission Nationale d'Arbitrage et de Contrôle d'appilquer cet article 4 et de vous radier de la qualité de membre de l'UDF.

Dans l'hypothèse où nos renseignements seraient infondés ou érronés (sic), je vous serais reconnaissant de bien vouloir m'en avertir le plus rapidement possible, ce qui me permettrait de régulariser votre situation.

Je vous prie de croire, Monsieur, l'assurance (sic) de mes sentiments les meilleurs.

                                                                                                                     Philippe Arnaud"

Reprenons.

"UDF Le Président de la Commission Nationale D'Arbitrage et de Contrôle" : trop de majuscules injustifiées. On aurait pu écrire aussi bien "Le Président de la Commission nationale d'arbitrage et de contrôle" ou à la rigueur "Le Président de la Commission Nationale d'Arbitrage et de Contrôle" en considérant que le sigle de "CNAC" est souvent utilisé en interne. Les graphologues ou ici les linguistes distinguent dans l'abus de majuscules un signe de prétention ou de mégalomanie. On pourrait hasarder l'hypothèse d'un germanisme. Passons.

La "CNAC", pour les militants UDF, c'est un peu comme le Comité d'analyse et de prévision du Ministère des Affaires étrangères. Peu de gens en connaissent les membres, leur production écrite est assez limitée, mais votre oeil doit ciller en identifiant les initiales, car elles annoncent que les gros poissons se réveillent. Une fois la lecture du document achevée, vous pouvez reprendre votre souffle : les squales sont passés près de vous.

"Monsieur" : comme tout militant, j'ai reçu des milliers de lettres du "Siège". Précisons ma date d'adhésion : décembre 2002. Chacune de ces missives s'ouvrait par les mots de "Cher ami". A croire que je suis sale désormais, retourné à un anonymat total et définitif.

"Plusieurs informations nous sont parvenues" : de quoi fantasmer pour des semaines!

Un contact avec les RG? Une taupe au Nouveau centre? Un lecteur assidu de mon blog rue de l'Université, qui m'aurait balancé? Dans ce cas, pourquoi avoir attendu si longtemps avant de couper ma tête, si on admet que j'ai péché -je ne l'admets pas-?

Autre hypothèse : les adhérents de l'UDF qui n'ont pas rejoint le MoDem sont tous suspects. Ce serait assez étonnant. J'attends des témoignages...

"Vous avez fait le choix d'adhérer à une autre famille politique que l'UDF". On pourrait me dire que j'ai adhéré à une autre "formation politique", mais le choix familial se veut cruel. Je ne ferais plus partie du clan, pour m'être renié moi-même.

Merci, messieurs, mais je suis en paix avec ma conscience. Taquinez la vôtre avec cette question : "à quoi servent aujourd'hui les millions de voix qui ont fait le choix de François Bayrou le 22 avril 2007?" Un votant UDF de la présidentielle et, par amitié, un suffrage MoDem aux législatives vous suggèrent cette navrante réponse : à rien.

A qui la faute?

"Comme vous le savez, nos statuts interdisent, dans leur article 4, la double appartenance à l'UDF et à un autre parti politique". Je l'ignorais, faute d'avoir jamais pu me procurer les statuts en question. Un conseil d'ami pour plus de démocratie : adresser à chaque adhérent un exemplaire des statuts avec sa carte.

L'interdiction de la double appartenance est une vieille tradition démocrate-chrétienne, même quand elle joue contre une proximité d'idées ou une fraternité d'analyse. Qu'on se souvienne du MRP qui avait, en 1947, poussé les "gaullistes" ayant adhéré au RPF vers la porte : Michelet et Terrenoire se retrouvèrent sur le sable.

Je précise que le Parti radical autorisa la double appartenance jusqu'en 1951. Le MRP ne cessa de perdre du terrain électoral après ce choix de l'a-gaullisme.

"Dans un tel cas, il est précisé que la radiation est automatique". Pourquoi "automatique"? Est-ce une machine qui compile les données et crache ces lettres d'exclusion -j'ose le mot- à la louche? Est-ce une façon de me signifier qu'aucun recours n'est plus possible, que la justice est rendue?

"Je vous informe donc, par la présente, de la décision qu'a prise la Commission Nationale d'Arbitrage et de Contrôle" (ouf, une majuscule de moins!) d'appliquer cet article 4 et de vous radier de la qualité de membre de l'UDF". J'apprends donc que la CNAC a examiné mon cas en quelques secondes. Mais à quelle date? Pourrait-on me fournir les noms de mes compagnons d'indignité? Appel à témoignages! Un peu de grammaire cependant, M. Arnaud : on ne radie pas "de la qualité de membre". On ôte, on prive de la qualité de membre, et on radie d'une organisation ou d'une liste.

"Dans l'hypothèse où nos renseignements seraient infondés ou érronés (sic), je vous serais reconnaissant de bien vouloir m'en avertir le plus rapidement possible, ce qui me permettrait de régulariser votre situation". Qu'attendez-vous de moi, M. Arnaud? Un remords en lisant votre prose?

"Je vous prie de croire, Monsieur, l'assurance (sic) de mes sentiments les meilleurs". Changez de secrétaire, M. Arnaud. Le ou la vôtre maîtrise mal sa grammaire, ses accents et ses majuscules. Il (elle) bâcle les formules de politesse, ce qui fait mauvais genre. Mais je crois bien volontiers, cher camarade, cher ami, à l'assurance de vos sentiments les meilleurs.

"Philippe Arnaud". Je l'avoue avec honte, M. Arnaud, j'ignorais tout de vous avant de recevoir ces lignes. D'autres pourraient témoigner que je n'ai pas fait que passer à l'UDF. J'y ai mouillé la chemise à l'occasion. Pas plus, mais pas moins que d'autres. Et jamais je n'avais entendu parler de vous, M. Arnaud, même à propos de la CNAC.

Alors, oui, M. Arnaud, je vous ai "googlé". Mille excuses, M. le sénateur, mais vous êtiez demeuré à mes yeux de militant UDF dans une discrétion de bon aloi, jusque-là. Je connais un peu la Charente, j'aime assez la géographie électorale, et pourtant... Silence radio.

Je suis un numéro de carte à rayer pour vous ; vous n'avez pas daigné exciper de votre qualité d'élu de la Nation pour moi.

Inconnu pour inconnu, parlons-nous en militants, mon cher Philippe : il se trouve que beaucoup d'hommes et de femmes rêvent de retrouvailles du Centre dans les mois ou les années qui viennent.

Le ton de ta lettre, cher camarade, m'a glacé l'échine. Sache cependant qu'au jour attendu, notre accolade fraternelle n'aura rien d'un baiser Lamourette pour moi.

A toi sans rancune,

                                 David Valence.