Il est improbable qu'une huile du nucléaire échoue jamais en ces lieux. Si une rencontre survenait entre mes mots et un marchand d'atome, elle l'emporterait dans l'incongru sur la machine à coudre, le parapluie et la table de dissection. Le cas échéant, il pourrait lire dans les lignes qui suivent l'état d'une indignation.

Le président Sarkozy clamait, dans sa campagne, son désir de rompre avec une politique étrangère du gros chèque et des grosses compromissions. Qu'a-t-on vu dans l'affaire des infirmières bulgares il y a peu? Un marché contestable conclu sous l'auvent d'une bonne action. Du classique. A la Chirac pourrait-on dire, s'il ne fallait reconnaître au sarkozysme débutant une maestria que rien n'émousse.

Sous Chirac? On reculait par lâcheté et par manque de confiance en la France, pour mieux signer (pensait-on) de jolis contrats. Sous Sarkozy? On avance dans la lumière, bravache, jouant de la starisation -l'épisode Cécilia comme poudre aux yeux- pour mieux ménager en coulisses les intérêts industriels, dussent-ils l'emporter sur tout le reste (préoccupations stratégiques ou écologiques).

Ainsi donc, la France aura profité de la condamnation à mort inique de ressortissantes de l'Union européenne pour glisser en Cyrénaïque et en Tripolitaine le nez retroussé d'Anne Lauvergeon.

Notre pays, dans cette affaire, a irrité l'Europe en tirant la couverture à lui, quand les négociations étaient conduites ensemble par les 25, puis les 27, depuis 2 ans. La France a surtout accordé une prime au terrorisme : Kadhafi se dira simplement à l'avenir qu'il est plus efficace de faire des otages légaux que d'assassiner des citoyens (Lockerbie). Morale, où est ta victoire?

Soyons sérieux : la France a pris la responsabilité historique de donner les clefs du nucléaire civil à un état quasi-terroriste. Les choses ont changé depuis les années 1980, c'est vrai, mais pas pour les Libyens.

Je veux bien qu'entre nucléaire civil et nucléaire militaire, il existe une marge. Je veux bien que les futures installations nucléaires de Libye soient contrôlées par Areva, et non par Kadhafi directement ou par intermédiaires.

Mais était-il bien nécessaire de vendre une technologie, et surtout, à terme, des déchets dangereux, à un pays riche en énergies fossiles (pétrole, ...) et renouvelables (éolien, solaire)? Non, M. le Président de la République, la Libye n'a pas besoin du nucléaire pour se développer, mais de libertés politiques.

Il semble que les Allemands, par la voix de leur ministre de l'Environnement, aient fait connaître leur désaccord avec ce projet d'exportation du nucléaire civil en Iran. Depuis 20 ans, le géant d'Outre-Rhin agit au contraire de notre cynisme en matière de relations internationales : en est-il affaibli dans le monde?

M. Sarkozy n'a pas remporté une victoire diplomatique. Il a saisi l'imminence d'un succès européen et l'a mise à profit pour céder aux lobbies. Le "coucou Sarkozy", en somme. Notre président de la République voulait rompre, mais s'est contenté de changer la manière, plus habile sous les caméras.

La dure loi du genre, et des années, décillera les yeux sur cette affaire de libération des infirmières bulgares. Rappelant qu'en matière de politique étrangère, l'ambition dont on n'a pas le talent est un crime.