Les libéraux-démocrates entre impuissance et influence
Par David Valence le jeudi, juin 21 2007, 14:15 - Lien permanent
Nicolas Sarkozy n'a pas le privilège de l'ouverture, qui a souhaité inclure de nouvelles personnalités de gauche dans le gouvernement Fillon II. En Grande-Bretagne, le Chancelier de l'Echiquier Gordon Brown envisage de marquer sa prochaine accession au poste de Chef de gouvernement en intégrant certains élus libéraux-démocrates dans son équipe.
Rappelons d'abord que lors des dernières élections générales, le parti de Charles Kennedy avait rassemblé plus de 20% des suffrages exprimés en Grande-Bretagne. Depuis, le Roux le plus populaire du Royaume-Uni, convaincu d'alcoolisme, a été contraint de démissionner. Sir Menzies Campbell, un autre Ecossais -comme Gordon Brown- lui a succédé.
Rappelons encore que les Libéraux-démocrates n'ont plus dirigé le gouvernement britannique depuis 1919, et n'exercent que rarement des responsabilités ministérielles. Ce qui signifie certes pas que leurs élus soient inutiles, compte tenu du rôle du Parlement dans la vie publique, à Londres.
L'identité de cette formation est assez complexe pour un esprit français : positions très "ouvertes" en matière de libertés privées et publiques, europhilie inhabituelle outre-Manche, libéralisme économique parfois mâtiné, exigences électorales obligent, d'accents très sociaux. Globalement, les Libéraux-démocrates se distinguent par leur opportunisme en matière d'idées, conjugué à un jusqu'au boutisme stratégique qui leur fait souvent repousser les offres de leurs grands voisins conservateur et travailliste.
Toute ressemblance avec l'évolution que connaît actuellement une certaine formation politique serait fortuite...
Or, il semble que Gordon Brown souhaite élargir sa majorité en faisant entrer au gouvernement des hommes comme Lord Carlile (possible ministre de la Justice, ou plutôt Attorney general), Lord Lester, Lord Ashdown, le prédécesseur de Charles Kennedy à la tête des Libéraux démocrates. Ajoutons que Lord Ashdown avait poursuivi des négociations avec Tony Blair lors de la première victoire travailliste, en 1997, sans résultat. Les discussions actuelles pourraient s'avèrer plus fructueuses.
Au moment où -malgré les dénégations de Lord Campbell Menzies-, la question se pose en Grande-Bretagne d'un ouverture qui permette de mieux gouverner encore, dans un esprit de rassemblement, le MoDem devrait faire preuve de circonspection, avant de s'engager sur la voie d'un centro-centrisme puriste et sans retour.
Commentaires
Tu ne parles pas du scrutin uninominal à UN tour qui sévit là-bas: le candidat arrivé en tête est élu, même s'il n'a aucune majorité. Du coup, le vote utile est encore plus exarcerbé qu'ici...
Il arrive ainsi qu'un parti soit au pouvoir alors qu'il a moins de voix que son concurrent au niveau national...
Les deux principaux partis (tiens tiens) ont mis en place ce système pour se partager le gâteau...
Aux élections européennes, le Royaume Uni a mis en place un peu de proportionnelle: et hop, il y eut un peu de diversité (même s'il y eut un parti xénophobe, le British Party)... Donc ne crois pas que les autres partis sont stupides, c'est juste que le mode de scrutin, brutal mais terriblement efficace pour constituer une majorité, FAIT les élections.
Figure-toi que je connais le mode de scrutin britannique, et ai même souvent regretté sur ce blog le peu d'intérêt, en France, pour la "technique électorale".
Je ne crois pas avoir dit des autres partis britanniques qu'ils étaient stupides. Il est faux de dire que "les deux principaux partis ont mis le système en place" puisqu'à l'époque, une partie des libéraux a soutenu ce mode scrutin.
Interrogés par les sondages, les Britanniques ne condamnent pas leur mode de scrutin, au contraire...
Mon objet était, au reste, seulement de dire que même les libéraux-démocrates (à qui le mode de scrutin permet PRECISEMENT de refuser toute coalition depuis longtemps) se mettent à songer à rompre leur isolement!
Le centro-centrisme est une illusion.
Mieux vaut une belle illusion qu'une désobligeante action.
Tu ne peux pas comparer les libéraux du début XX et ceux d'aujourd'hui, avec l'époque le travaillisme n'était rien.
Les britanniques en ont assez de ce système électoral sauf que si tu lis des sondages commandés par les principaux partis, c'est sûr que tu ne liras pas l'inverse.
Tu as aussi sur mon blog le lien sur le site de Graham Watson...
Merci de me rappeler à l'ordre quant à la difficulté de comparer (ce que je ne faisais pas) à distance.
Je voulais simplement noter la fausseté de cette affirmation selon laquelle travaillistes et conservateurs seraient tombés d'accord pour étrangler les autres partis. C'est faux historiquement, et tu le reconnais toi-même sans le dire.
Tu sais comme moi que le système britannique repose, puisqu'il n'y a pas de constitution, sur une forme de consentement implicite du citoyen.
Le fait est que le débat public ne tourne pas du tout, en Grande-Bretagne, sur le mode de scrutin. Mais évidemment, si tu ne le lis que les billets de Graham Watson (les préférant au Guardian, par exemple), tu n'es pas moins manipulé que moi par les sondages...
Je ne rappelle personne à l'ordre, je n'e n ai pas le niveau :-)
Que les libéraux dénoncent ce mode de scrutin après l'avoir voulu, il y a plus de cent ans, dans une époque où ils étaient les seuls avec les conservateurs, ok...
N'empêche que si les deux partis ne veulent pas le changer, cela prouve bien qu'il mettre la démocratie britannique dans un corset.
Et le jour où le système changera (on ne sait jamais) on verra bien si les britanniques aiment tant ce mode de scrutin que ça...
En fait, avec tout le respect que je te dois, je crois qu'il te manque, dans ce commentaire, une "vision populaire". Sincèrement, tu imagines un seul instant que les britanniques (comme ceux que l'on voit dans les films de Ken Loach) ont un consentement explicite pour la Magna carta, le Bill of rights et l'habeas Corpus???
Permets moi de te dire que si 51% des anglais connaissent ce texte, j'adère au PSLE... (sans faire un sondage exclusivement dans Belgravia).
Il se trouve que les deux principaux partis pèsent, en voix, plus de 60% en Grande-Bretagne : leur avis sur l'opportunité d'une réforme électorale n'a donc rien d'illégitime, et nul n'empêche les Britanniques, s'ils jugent ce sujet déterminant, de voter pour les Libéraux-démocrates. Je rappelle que, même en 2005, ceux-ci sont arrivés en 3e position dans les urnes, derrière les conservateurs.
Je pense que la question du mode de scrutin se pose par rapport à un état donné de la société : il n'est pas de bon mode de scrutin in abstracto. En France, où le mythe du "tout politique" persiste, et où la société civile demeure insuffisamment organisée, introduire une dose de proportionnelle à l'Assemblée est une mesure de salubrité publique, comme l'interdiction du cumul des mandats (oui, je sais, Sarko est contre, mais le Nouveau centre n'est pas l'UMP).
En Grande-Bretagne, le rapport des citoyens à la politique est autre, et la société civile produit des valeurs et du sens sans attendre les politiques pour s'y sentir autorisée. En conséquence de quoi, la proportionnelle est moins indispensable aux yeux de la majorité des Britanniques.
Tu trouves que je manque en l'espèce d'une "vision populaire" du problème. Es-tu certain que dans les banlieues de Glosgow ou de Cardiff, la principale revendication des habitants soit la proportionnelle? En soi, le système britannique n'est pas moins démocratique qu'un autre. Les dernières élections ont même montré qu'il permettait un tripartisme au Parlement, et non nécessairement le bipartisme.
Ce que tu écris sur les Britanniques filmés par Loach est ambigu. Il n'y a pas d'un côté les vrais Britanniques (pauvres, malheureux, ...) et d'un autre côté les faux Britanniques (jeunes, beaux, banquiers et cultivés).Quand on évoque les valeurs collectives, il n'est pas question d'écrire que chacun partage exactement le même niveau de connaissances des principes et symboles en question. Peu de Britanniques peuvent réciter, comme tu le dis, le Bill of rights, mais l'immense majorité (y compris les immigrants) en connaît les deux-trois principes fondamentaux. On pourrait faire la même comparaison avec la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen en France. Pas sûr que les Français en puissent citer un article, même le premier ; mais le sens du texte et sa veleur de symbole sont assez largement partagés, même dans les milieux populaires (que je connais un peu mieux que tu ne le crois).
Exemple encore : lorsqu'on a modifié le mode de scrutin pour les élections régionales en France en 2003, a-t-on vu des citoyens protester? Non, ou peu. En Grande-Bretagne, toute réforme du mode de scrutin actuel serait regardée avec attention par les citoyens, qui pensent que le temps a consacré leurs institutions mieux que la vanité des contemporains ne saurait le faire.
De manière générale, c'est être très franco-centré que de dire que la démocratie est mieux respectée par nature quand de nombreux partis existent, plutôt que deux ou trois. Je rappelle qu'au Gabon, il existe une myriade de petites formations politiques, par exemple.
Si je suis personnellement hostile au bipartisme en France (mais non à la bipolarisation, qui est la règle dans les grandes démocraties), cela tient à des considérations sur la société hexagonale, non à un jugement abstrait et "en soi".
Ils pèsent 60 % (et même bcp plus!) CAR le mode de scrutin le leur permet... c'est le serpent qui se mord la queue... C'est de la pure logique. Le mode de scrutin FAIT l'élection, c'est même plus de la science pipo là, c'est du droit public.
c'est comme les syndicats en France: certains sont puissants aux élections car ils sont favorisés légalement au préalable... (voir droit du travail)
Le centre, c'est le garant d'un équilibre entre la gauche et la droite. Efectivement, dans l'histoire, le centre a peu gouverné, car structurellement, son espace électoral est réduit (environ 15%).
Le centre, par essence-même, ne vire pas au sectarisme anti-quelque chose, puisqu'il prone le dialogue et le consensus. Les hommes etant sectaires, le centre incite plutot a des attitudes "contre-nature".
Ce n'est pas parce qu'il a des difficultés à gouverner qu'il ne mérite pas d'exister. Dire que le centro-centrisme est sans retour, c'est affirmer quelque part que l'extrême droite, les verts ou la gauche de gauche n'ont pas à s'exprimer car ils n'ont pas la majorité.
Affirmer qu'une position politique est perdue sous prétexte qu'elle ne peut pas gouverner me paraît une position dageureuse à terme pour le pluralisme des idées et la démocratie.
David, je pense que quelque part, on doit être heureux que certains révolutionnaires aient eu le courage d'affronter un système monarchique en place depuis mille ans.S'ils avaient conclu comme toi, le Comte de Paris serait roi de France, tu ne crois pas ?
A "jeune MoDem du 31" :
je ne nie pas que le mode de scrutin ait des effets sur le comportement des électeurs (qui en usent et s'y adaptent), j'ai même écrit sur ce blog le contraire à plusieurs reprises.
Mais on constate que lors des élections organisées suivant un mode de scrutin différent (municipales, européennes)en Grande-Bretagne, les deux principaux partis restent les mêmes, et continuent à rassembler, même de la sorte, au moins 55% des Britanniques. Ton objection tombe d'elle-même.
Pour le reste, je maintiens que les Britanniques sont globalement plus satisfaits de leurs institutions que les Français.
A Thibault : merci de lire avec plus d'attention. J'ai toujours dit que le "centro-centrisme" strict n'avait pas de vocation majoritaire, je ne lui ai pas interdit d'exister (faute d'en avoir la volonté, le tempérament, et le pouvoir).
Tu ne peux quand même pas me reprocher de vouloir défendre nos convictions à des postes de responsabilité, plutôt que dans une impuissance confortable! Encore une fois, on retrouve l'éthique de la responsabilité et celle de la conviction.
D'autre part, ton point de vue "historicisé" sur le centre gagnerait à plus de rigueur ; les démocrates-chrétiens des années 30, les pionniers (Georges Bidault, Francisque Gay, Louis Terrenoire, Edmond Michelet, Pierre-Henri Teitgen, même Marc Sangnier) ne se définirent jamais comme des "centristes". Au contraire, leur ardeur militante les classait souvent parmi les moins portés au consensus. Et heureusement, car cela fit d'eux des Antimunichois en 1938.
Quant au dernier argument, je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'y répondre. Il est si facile de se voir en révolutionnaire, en résistant au conditionnel passé! Nous ne sommes pas en 1789, ni en 1940, et nos attitudes à ces heures-là relèvent de l'hypothèse, voire du procès d'intention dans ce cas.
La proportionnelle ne veut pas dire que les partis dominants ne domineraient plus... Mais cela ouvre un petite porte aux autres partis... Cela leur permet soit de progresser au fur et à mesure (en montrant qu'ils sont capables d'une offre politique nouvelle qui pourra devenir un jour majoritaire) soit au contraire ça les coule (les citoyens se rendent compte qu'ils ne sont là que pour contester).
J'ai l'impression qu'au fond tu fais preuve de mauvaise foi sur ce billet. Ca sert à rien de mettre mes commentaires si tu crois avoir toujours raison. Tu devrais publier des articles et tu "t'auto-commentes"... Tu gagnerais du temps.
Autant je te trouve souvent pertinent, autant sur ce post, ton sujet était biaisé d'entrée, et tu n'arrives pas à me convaincre. Si tu es convaincu par tes propres propos, tant mieux, mais on se croirait à l'UMP...
Merci pour ces quelques mots sympathiques...
Le fait que je réponde à tes commentaires était, dans mon esprit, une preuve de considération. Le dialogue ne mène pas nécessairement à un alignement des positions. Le débat que nous avons n'est, ni neuf, ni tranché, tu le sais comme moi.
Ce n'est pas être UMP que de reconnaître des vertus (et pas seulement des vices, que je dénonce aussi, bien sûr) au scrutin majoritaire (même à un tour), et je n'ai, pour ma part, pas assimilé la défense in abstracto de la proportionnelle à de la mauvaise foi. Même si la présomption quant aux désirs des Britanniques m'apparaissait un peu aventurée.
Voilà, si je t'ai donné l'impression de me parler à moi-même, mille excuses. Comme toi sur ton blog, je défends des opinions, sans excès j'espère.
Je me contenterai désormais, comme tu le souhaites, de publier tes commentaires (si tu lis encore mes billets) sans y répondre. Bon courage pour la suite, DV.