Pour Eric Woerth
Par David Valence le dimanche, juin 3 2007, 07:53 - Lien permanent
La crainte d'alimenter une forme de haine du politique retient souvent l'analyste, lorsqu'il s'agit de pointer les écarts entre promesses de campagne et réalisations effectives.
Ce hiatus-là tient d'abord à ce que les projets présidentiels et législatifs raisonnent plus volontiers sur le structurel que sur le conjoncturel ; il faudrait, pour changer la donne, que les candidats élaborassent des scénarii de court terme ; ils pourraient ensuite dévoiler aux électeurs les lignes de conduite qu'ils choisiraient d'adopter dans telle ou telle situation.
La principale explication du fossé entre intentions et réalisations, c'est évidemment la démagogie. Je ne me prononcerai pas sur les intentions de Nicolas Sarkozy quand il évoqua, en campagne, la déductibilité des intérêts de l'emprunt sur l'assiette de l'impôt.
Chacun se fera une idée à cet égard. On sait pourtant les défauts de cette mesure, cadeau insensé aux acquéreurs de résidences secondaires, stimulant irresponsable à la croissance des prix de l'immobilier.
Au lendemain de la victoire de Sarkozy, le nouveau ministre des Comptes publics, Eric Woerth, précisa les contours du propos présidentiel. En en rabotant un peu les coins, c'est entendu. Mais j'avoue avoir soupiré de soulagement en apprenant que seuls les intérêts concernant les emprunts à contracter pour l'achat d'une résidence principale seraient visés, à hauteur de 20%. Le grand argentier tenait son rang, qui rappelait chacun à l'orthodoxie financière, à la raison têtue du chiffre.
On se disait que la droite avait peut-être trouvé un Poincaré au petit pied, un Reynaud d'arrière-boutique, un Pinay de seconde main, un Giscard de second rang. Las! La règle du maître d'école Sarkozy corrigea les os digitaux du pauvre Woerth, ci-devant maire de Chantilly.
Au Havre, Nicolas Sarkozy a parlé d'une loi qui s'appliquerait à l'ensemble des emprunts en cours. Pour mieux menacerà l'Elysée, jeudi 30 juin, l'élu de l'Oise : "un de mes ministres a succombé aux sirènes du politiquement correct, je ne laisserai pas dénaturer mon projet".
Il ne s'agit pas de "politiquement correct", mais de l'opportunité d'une annonce "rigoureuse" en campagne électorale, bien sûr.
Outre le soutien que j'apporte à M. Woerth sur le fond, je m'avoue troublé sur la forme.
Est-il bien sain que le ministre des Comptes publics tienne un rôle de fusible, quand il est aussi un ministre de l'Avenir, au même titre que ceux de l'Ecologie ou de l'Education nationale? Est-il souhaitable que le président de la République couvre la voix de la maîtrise des dépenses publiques?
Que M. Woerth, en son bureau surplombant la Seine, se sache assuré de notre estime.
Il appartiendra demain aux députés du "Nouveau centre" de s'ériger en vigies constructives mais libres d'une possible dérive des comptes publics dans les cinq années qui viennent.
Commentaires
Moi aussi j'aimerais bien entendre le Nouveau Centre, sur ce sujet, mais il se fait que le seul à avoir évoqué à nouveau les urgences de la dette, c'est François Bayrou.
Paradoxalement, et étonnamment, Ségolène Royal en a fait aussi la remarque.
Cher "Hérétique", toujours aussi courageusement anonyme,
L'important n'est pas de hurler avec les loups avant que la loi soit discutée, mais de pouvoir peser au moment de son examen, et d'alerter les Français à temps.
L'influence de François Bayrou et son impact politique, avec 4 députés sera demain réduite : il est difficile de se voir en vigie quand on n'a plus de navire au faîte duquel se hisser.
Je choisis d'être utile demain : se poser la question de nos moyens d'action sur la politique est un devoir aussi impérieux et moral que celui de rester libre.
Je ne puis m'empêcher de songer, à entendre ces répétitions de centre "libre et utile", à la méthode Coué. Mais ne soyons pas mesquins, il est logique de chercher à convaincre ses électeurs que collaboration ne vaut pas soumission...
Cela dit, je ne vois pas en quoi l'intervention du Président de la République est-elle choquante. M. Sarközy n'a jamais caché sa vision de la présidence et du rôle de son titulaire. Le président n'est pas là "pour inaugurer les chrysanthèmes" et il me semble normal qu'il tienne à ce que ses engagements électoraux ne soient pas dévoyés par une quelconque pensée unique!
Il serait grand temps que les partisans du "nouveau" centre comprennent cela...
Je suis certain que si vous faites un petit effort, vous parviendrez aisément, par recoupements, à savoir qui je suis, ce qui ne vous apportera pas grand chose, soit dit en passant, puisque comme je vous l'ai dit, je suis un adhérent lambda dont les seuls faits d'armes, à la notable exception récente d'une distribution de fleurs oranges, se sont déroulés sur la Toile.
Quant aux pseudonymes et à l'anonymat, c'est une liberté que permet la Toile, et à laquelle vos admonestations ne me feront pas renoncer.
Qu'est-ce que vous entendez par "quand la loi sera votée" ? Sous-entendez-vous par là qu'il y a des effets d'annonce, d'un côté, au risque de mentir éhontément, et des réalisations de l'autre, tout cela étant discordant ?
NB : bizarre, plusieurs de mes derniers commentaires ne sont pas passés. Pouvez-vous vérifier, svp, s'ils ne sont pas demeurés accidentellement en rétention ?
Vous savez, on peut être dans l'opposition, et utile malgré tout : c'est le principe même de l'opposition constructive.
Cher Hérétique, toujours aussi courageusement anonyme,
Les commentaires sur ce blog ne sont publiés qu'avec mon autorisation. Il est très rare que j'en "élimine", sauf -ce qui s'est produit à plusieurs reprises quant à mes prises de position sur le Modem- si les insultes y ont leur part.
Vos commentaires ont été rétenus pour la simple raison que je ne me suis pas occupé de mon blog depuis 3 jours (hormis un billet programmé depuis longtemps).
Enfin, je note avec étonnement que vous vous dîtes de "l'opposition", ce qui rompt avec le centro-centrisme!
Je n'ai pas adopté une position établie, je vous ai simplement répondu sur le rôle que vous vous donnez à l'opposition, en vous faisant remarquer que l'opposition pouvait être constructive.
Par ailleurs, pour ma part, je m'estime en effet dans l'opposition, mais je n'escompte pas tenir une ligne dogmatique.
Quand les choses me sembleront aller dans le bon sens, je le dirai.
Par exemple, pour l'instant, la politique étrangère me paraît aller dans le bon sens (à l'exception de la réception d'Omar Bongo), à mon agréable surprise.
Vous avez dit précédemment :
L'important n'est pas de hurler avec les loups avant que la loi soit discutée, mais de pouvoir peser au moment de son examen, et d'alerter les Français à temps.
de quels loups parlez-vous ? François Fillon a explicitement déclaré vouloir faire une pause pour la dette : cela ne vous choque pas ? De toutes façons, Nicolas Sarkozy est coincé : soit il tient ses promesses, mais il plombe les comptes de l'état, soit il s'occupe enfin sérieusement du déficit, mais il ne tient pas ses promesses.
J'ai le sentiment qu'il a choisi la première solution (à tout prendre, c'est plus honorable politiquement, évidemment) mais ses promesses, elles vont faire très mal à l'économie française...
Cher Hérétique, toujours aussi courageusement anonyme,
S'agissant des orientations de Nicolas Sarkozy en matière de politique étrangère, la surprise de beaucoup est à la mesure des fantasmes agités pendant la campagne présidentielle. Je ne suis pas surpris pour ma part -et je regrette au passage que NOTRE candidat, François Bayroun ait assez peu parlé de ce sujet-.
S'agissant de la dette, même notre programme -pourtant le plus raisonnable- n'eût pas été indolore pour l'économie française. Entre Sarkozy et Royal, il fallait choisir : j'ai choisi le moins coûteux. Ca n'implique en rien un soutien "mordicus".
Ce qui vous ennuie, c'est qu'on puisse rester libre tout en tenant compte de la réalité, soit la persistance de la bipolarisation (comme dans la quasi totalité des pays européens).
Hostile au bipartisme, je n'ai rien en revanche contre la bipolarisation, sous réserve qu'elle n'enferme pas le débat public dans des logiques stériles.
L'ennui du MoDem -et Jean Peyrelevade l'a expliqué lors d'une conférence récente à Sciences-Po-, c'est que son avenir se trouve à gauche, nulle part ailleurs. L'ancien PDG du Crédit Lyonnais nous expliquait son adhésion au MoDem par le souci de refonder la gauche et la social-démocratie.
Il refuse au contraire de croire à la possibilité d'un positionnement strictement "centriste", consistant à distribuer bons points et admonestations, selon que les lois seraient bonnes ou mauvaises.
La bipolarisation persiste, quoiqu'atténuée pour des modérés comme vous et moi. Vous dîtes relever de l'opposition, vous avez donc fait un choix, et je le respecte, mais il constitue une rupture par rapport à l'UDF de 2002, date de mon adhésion.
Vous êtes dans l'opposition, et je ne vous accuse pas de devenir socialiste. Merci de ne pas commettre l'erreur inverse à mon égard.