Une récente enquête TNS-Sofres pour RTL et Le Monde confirme ce que nous ressentions depuis plusieurs semaines : si Ségolène Royal était élue à la présidence de la Républiquele 6 mai prochain, elle ne disposerait que d'un "socle" politique très réduit.

Que veut-on dire par là? Le "coefficient personnel" d'un candidat, pour utiliser une expression gaullienne, tient à deux choses : sa capacité à incarner le changement d'une part ; l'adhésion positive qu'il suscite sur ses idées, d'autre part.

Le sondage auquel nous faisons référence a été publié dans l'édition du Monde datée du 2 mai 2007. Il indique que 63% des personnes interrogées s'attendent à un changement dans l'hypothèse où Nicolas Sarkozy serait élu. A l'inverse, 59% des sondés estiment que l'élection de Mme Royal n'amènerait que peu ou pas de changement.

S'il tient à bien des égards le rôle de candidat du pouvoir sortant, Nicolas Sarkozy aurait donc réussi à être considéré comme un homme volontariste, porteur d'un discours de rupture, quelqu'anxiogènes que certains de ses accents puissent sembler.

A l'inverse, Mme Royal serait l'incarnatiion d'un certain "statu quo" apaisé mais émollient. Un "sur-place" de plus.

Un autre aspect de cette étude a retenu mon attention : 60% des électeurs envisageant de voter pour Sarkozy au 2e tour le feraient par adhésion, contre seulement 42% des personnes se prononçant pour Mme Royal. L'électorat potentiel de cette dernière se détermine à 56% sur des éléments d'adhésion négative, soit la volonté de rejeter Nicolas Sarkozy.

Petite question : quelle serait l'assise d'une Présidente élue avec une majorité étroite (car il est improbable que la candidate socialiste gagne largement), et qui n'aurait représenté qu'un "choix contraint", ou un vote d'adhésion négative, pour les Français?

Le risque de cohabitation serait grand. Songeons que François Mitterrand, qui l'avait emporté nettement en 1988 dans une manière de référendum anti-Chirac, n'avait ensuite obtenu qu'une majorité très étriquée aux législatives.

Le vote anti-Sarkozy est le principal ressort du soutien à Ségolène Royal. Plus le temps passe, et plus l'impression s'impose qu'il est le seul...