La déception du dimanche 22 avril passée, chaque électeur de François Bayrou se voit confronté au choix du second tour.

Nos voix ont été beaucoup sollicitées dès que furent connues les premières estimations des instituts de sondages : avec brutalité par le candidat de la droite, avec une hypocrisie de maquignon du côté socialiste. Hier vilipendé, notre candidat s’est vu paré, notamment par Mme Royal, des qualités les plus éminentes tout au long de ce début d’entre-deux tours. On comprend que cette sollicitude prenne pour François Bayrou un goût de revanche.

Mais à l’électeur et au militant anonymes, le vertige des 18,57% ne saurait tenir longtemps lieu de ligne de conduite. Les plus déçus –et les moins lucides ?- de mes camarades envisagent de se retirer du jeu, de passer leur tour à la table où se décide l’avenir de la France. Que rêvent-ils, ces moines- soldats du centre ? Souvent jeunes ou neufs en politiques, ils ont formé l’espoir qu’un mouvement de taille réduite, privé de beaucoup de ses cadres les mieux implantés depuis la saignée de 2002 et armé du seul enthousiasme de ses néo-militants, pouvait terrasser deux mastodontes héritiers de décennies d’histoire politique.

Le combat valait la peine d’être mené, et je suis fier d’en avoir été, avec beaucoup d’autres. En votant UDF, nous avons affirmé avec force la possibilité d’un centre humaniste et libéral, pour peu que son projet s’incarne dans une personnalité de haute valeur.

La démocratie porte pourtant des règles que chacun doit respecter.

Malgré nos efforts conjugués, plusieurs millions de voix séparaient, dimanche 22 avril, François Bayrou de Ségolène Royal, et plus encore de Nicolas Sarkozy. Il importe désormais de tenir compte du fait majoritaire, sauf à contester jusqu’au principe de l’élection présidentielle.

Ceux qui refusent de trancher entre Mme Royal et M. Sarkozy sont maîtres de leur non-choix.

J’ose croire pour ma part qu’en tenant un discours de liberté et de courage, François Bayrou ne nous a pas fait franchir le Rubicon pour y pêcher à la ligne le 6 mai.

Deux préoccupations doivent gouverner l’intime conviction des centristes à l’approche du second tour : l’intérêt de la France, d’abord ; l’intérêt stratégique de l’UDF et du futur Parti démocrate, ensuite.

Il se trouve qu’ils coïncident en cette circonstance. L’intérêt de la France exige que se trouve placée, à la tête de l’Etat, une personnalité d’expérience, capable d’avoir la main sûre et la décision prompte en cas d’atteinte portée aux intérêts vitaux de notre pays.

Or, la candidate du Parti socialiste ne sait pas ce qu’elle veut pour la France, pas plus d’ailleurs que la pléiade de mouvements qui la soutiennent pour le second tour (LO, LCR, PCF, MRC, Les Verts, PS, PRG, …). C’est bien simple : depuis ses victoires de 2004, le Parti socialiste croit pouvoir emporter l’élection présidentielle sans avoir à effectuer en profondeur de révision de sa doctrine, qui « met le réformisme au service des espérances révolutionnaires » (la formule vaut toujours !).

Quant à la méthode employée par les gauches pour convaincre, elle évoque rien de moins que la IVe République. Ségolène Royal, sous prétexte de l’emporter au second tour, a cédé depuis dimanche aux poisons et délices de la combinazione, pensant acheter les électeurs du centre comme des clémentines sur un marché, au prix de deux ou trois strapontins ministériels.

Mais, amis centristes, souvenez-vous que nous avons su préserver notre indépendance en 2005, au moment où l’UMP formulait les mêmes propositions indécentes à certains de nos élus ! Pourquoi céder aujourd’hui, après avoir fait preuve de notre courage hier?

L’intérêt de la France me poussera dimanche 6 mai à choisir un bulletin au nom de Nicolas Sarkozy.

L’ancien Ministre de l’Intérieur a construit un projet clair, moins caricatural que le répètent ceux qui ne l’ont pas lu. Un projet qui, sur les questions économiques et sociales, demeure incontestablement proche de celui de François Bayrou, comme l’ont constaté de nombreux économistes. A l’heure où la principale préoccupation des Français demeure l’emploi, pouvons-nous appeler à voter pour le projet du tout-étatique?

Non, résolument non.

Sur l’immigration ou l’éducation, nous n’avons pas plus de points communs avec un PS laxiste et laïcard. L’approche sécuritaire de Nicolas Sarkozy mérite d’être nuancée par des propositions concrètes en matière de libertés publiques, mais elle répond aux attentes de très nombreux Français, et rejoint les analyses de Jean-Christophe Lagarde, par exemple.

Est-ce un hasard si le rédacteur de notre projet –Pierre Albertini-, notre Porte-parole –François Sauvadet- et un de nos Vice-présidents –Maurice Leroy- ont appelé sans ambiguïté à voter Nicolas Sarkozy, comme une majorité de parlementaires UDF ?

Remarquez bien qu’aucun député UDF n’a déclaré envisager de voter Royal !

Je suis prêt à parier qu’AUCUN ne le fera. Voter pour Royal pour voter contre Sarkozy, c’est faire le choix de l’irrationnel contre la cohérence, du fantasme antifasciste contre le réformisme.

En outre, notre mouvement comme le futur Parti démocrate ont tout intérêt à une victoire de Nicolas Sarkozy.

Réfléchissons un peu en cyniques -une fois n'est pas coutume- : quel est le principal enjeu des législatives à venir pour l’UDF ? Réponse : réussir à fidéliser les voix de gauche qui se portèrent sur François Bayrou le 22 avril 2007.

En cas de victoire « royaliste », les voix en question risqueraient d’être emportées dans la dynamique d’un vote de soutien au nouveau pouvoir. Pour peu que Mme Royal ait l’habileté d’appeler quelques attrape-bobos au gouvernement (Mmes Autain et Taubira, MM. Mamère et Montebourg), nous serions certains de retrouver les basses eaux du centrisme politique dans l’écrasante majorité des 577 circonscriptions de France.

En revanche, François Bayrou a tout intérêt à une victoire de Nicolas Sarkozy la plus large possible : elle accélérerait la recomposition du paysage politique, ferait entrer le PS dans une zone de turbulences, l’UDF pouvant lui dérober définitivement le feu social-démocrate.

Je ne suis ni un grand féodal, ni une éminence grise de l’UDF.

J’appartiens à cette génération de jeunes militants qui a rejoint la famille centriste et libérale depuis 2002.

C’est en homme libre, sans hésitation aucune, que je voterai Nicolas Sarkozy dimanche 6 mai 2007.

Je lance un appel à tous mes camarades qui ont fait le même choix : pour la France et dans l’intérêt du centre comme force politique, faîtes voter Nicolas Sarkozy, et n’hésitez pas à convaincre jusqu’aux plus réticents de vos proches !

Chaque voix comptera.