Des verges pour se faire battre ?
Par David Valence le mardi, avril 17 2007, 06:12 - Lien permanent
Jean-Marie Le Pen vient de récidiver, qui a renvoyé Nicolas Sarkozy à ses origines étrangères en lui déniant le droit de parler au nom de la France.
J’ai déjà expliqué pourquoi, à mon sens, l’antisarkozysme n’était pas un antifascisme, même si les bonnes consciences d’aujourd’hui s’égarent plus facilement encore que celles d’hier, puisqu'elles se trompent d'ennemi.
Il faut condamner les propos de Le Pen affirmant que la « magyarité » de Sarkozy pourrait gêner les Français : c'est de l'ordre de la nécessité absolue. Que certains ricanent à ces sous-entendus ignobles, ou pire, les cautionnent par leur silence, voilà une chose que je ne puis comprendre.
Mon billet « un borgne contre la République » a suscité deux réactions assez argumentées mais souvent à côté de la plaque, sur le mode : « Sarkozy l’a bien cherché, c’est l’arroseur arrosé ». Pardonnez-moi, amis, de vous rappeler qu’en démocratie, il arrive de défendre des responsables politiques malgré eux.
L’exigence de dignité du débat public n’est pas à géométrie variable selon qu’il s’agit de Mme Royal ou de M. Sarkozy.
Or, les mêmes qui s’indignaient hier à juste titre de la misogynie anti-royaliste se taisent face à la xénophobie anti-sarkozyste.
Que diriez-vous, belles âmes, si Julien Dray se voyait reprocher d’avoir passé ses premières années en Algérie ? Que diriez-vous, si on lui contestait le droit de solliciter les suffrages des Français ? Vous parleriez d’antisémitisme larvé, et vous auriez raison.
Il est vrai que le coup d’envoi des hostilités douteuses avait été donné par M. Besson (depuis passé à droite) qui avait repeint Sarkozy aux couleurs du « Parti de l’Etranger » ; le diable, pour la gauche, c’est toujours l’Amérique…
Alors oui, je suis révolté par les propos de Sarkozy sur l’inné et l’acquis. Oui, je reproche au président de l’UMP d’être un candidat de division, et c’est même pour cela que je soutiens un autre candidat, celui du rassemblement : François Bayrou.
Mais on ne peut se satisfaire de voir la xénophobie et l’antisémitisme ainsi mis en scène pour déstabiliser un candidat. La joie mauvaise des hommes de gauche lorsqu’ils entendent attaquer Sarkozy par Le Pen me fait peur.
La démocratie exige de nous une vigilance de chaque instant : et s’il faut donner à certains l’impression que je défends ici Sarkozy, le candidat du fric et des grands media, peu m’importe.
Il est certains principes avec lesquels on ne transige pas, même -et surtout!- en période pré-électorale.
David Valence
Commentaires
L'argument, bien qu'il puisse être simplifié de la sorte, n'est pas aussi basique que tu ne le présentes…
Puisque d'antisémitisme il est question, je de prends cet exemple.
Je suis de ceux qui jugent Israël comme un état normal et démocratique et le sionisme comme un courant nationaliste légitime. Cela ne m'empêche pas d'être critique vis-à-vis de certains aspects des politiques palestinienne et arabe d'Israël et je ne vois pas en quoi cela ferait de moi une antisémite! J'abhorre les positions antisémites et antiisraéliennes de l'Iran. Je considère cependant que, à l'instar de Brzezinski, une position critique à l'égard d'Israël n'est pas de l'antisémitisme... La normalité de cette démocratie l'expose aux mêmes critiques que l'on peut adresser à d'autres pays dont les politiques sont illégitimes.
Il en va de même pour les personnes.
Oui, je considère les attaques racistes de Jean-Marie Le Pen aussi ridicules qu'inacceptables. D'autant plus que les Hongrois sont autant des citoyens de l'Union que les Français! Oui, je considère que le silence des media et des politiques est scandaleux, parce que, au-delà des attaques ad hominem contre le candidat UMP, c'est l'insinuation du racisme et d'un nationalisme primaire dans la culture politique française dont il est question. Que le racisme, l'antisémitisme, le nationalisme et la xénophobie puissent s'immiscer ainsi dans la campagne dans l'indifférence totale est quelque chose d'inquiétant (ce n'est pas pour rien que j'ai pu dire que "le ridicule tue"...)
Eh quoi! Je puis tout de même considérer les propos du candidat UMP inacceptables et dire que si quelqu'un l'assimila au FN, ce n'est personne d'autre que lui. L'alignement de l'UMP et de M. Sarközy à une droite plus dure n'est pas un fantasme mais un fait constaté par nombre d'experts de la vie politique française. Et les propos nationalistes de son candidat témoignent d'une banalisation dans les esprits de ces postulats –faux et oiseux, par ailleurs, puisqu’ils ne sont qu’un divertissement suranné, un ersatz d’enjeux...
Et c'est pourquoi je maintiens que si quelqu'un a assimilé Nicolas Sarközy à Jean-Marie Le Pen, ce fut l'ancien ministre de l'intérieur lui-même.
Et si, je le reconnais, je puis sourire devant les attaques lepénistes à l’encontre de Nicolas Sarközy (en dépit de leur vulgarité et leur grossièreté), ce n'est que pour une raison.
La France semble découvrir ce que d'autres pays avaient appris il y a fort longtemps: une radicalisation du discours ne peut que bénéficier aux partis extrémistes. Si les électeurs ne font que choisir des politiques publiques, une surenchère à droite n’a pas qu’une incidence sur le discours de la campagne : il en va de même pour les lignes directrices des politiques publiques. Faute de quoi, le vote extrême augmentera lors de votations ultérieures.
Que Nicolas Sarközy ait manipulé un sujet qui ne pouvait que le dépasser parce que polémique et délicat, il en est entièrement responsable. Et si nous sourions volontiers devant l’ironie, cela n’implique pas une adhésion aux positions lepénistes –et tel n’a jamais été notre propos, cela soit dit en passant. Défendre un adversaire des violences dont il peut être la victime, je le ferai tout comme toi. Mais ne m’accuse pas de faire le jeux de l’extrême droite parce que je considère que les position du candidat UMP et de son parti son dangereuses et oiseuses.
Au siècle dernier, l’URSS a bénéficié à maintes reprises d’un silence bienveillant criminel. Parce que vos alliés, ou ceux que dont vous êtes le suppôt, ne sauraient être des scélérats. Et s’il est certain qu’en politique l’amitié n’existe pas mais simplement les intérêts en commun, il de ces compromis que nous pouvons faire. Ce n’est pas la nuance qui me gêne. Ce sont ces compromis douteux que nous faisons pour justifier la saleté de notre action.
Le racisme n'est pas tellement une preuve de mépris vis à vis de la race noire ; mais plutôt la volonté de camoufler les domaines ou disciplines où les Noirs sont ou semblent supérieurs que les Blancs. On a ainsi tenté d'éliminer les Juifs lors de la Second Guerre mondiale souvent parce que ceux-ci étaient aux hautes sphères de l'Etat, plus instruits, plus compétents dans leur domaine , plus riches.