Alors que la communauté juive de Lille s'apprêtait à fêter Pessah -la Pâque juive- dans la joie, c'est aujourd'hui la consternation qui domine dans le Nord.

La profanation de 51 tombes du carré juif dans le cimetière sud de Lille, dans la nuit du samedi 31 mars au dimanche 1er avril, a bouleversé beaucoup de Français.

Je voudrais saluer ici l'attitude digne et prudente qu'a cru devoir adopter Mme Martine Aubry à cette occasion. En évitant les déclarations hâtives, en choisissant d'associer son opposant UMP à la cérémonie de recueillement prévue aujourd'hui, Mme Aubry a donné une belle leçon républicaine à ceux qui ont osé troubler le repos des morts.

Il est surprenant de constater le silence, ou la discrétion de nombre de candidats face à cet événement inacceptable.

Sans entrer dans la chaîne des culpabilités, sans montrer du doigt qui que ce soit, en présumer quoi que ce soit, essayons au contraire de comprendre la portée symbolique de cet acte ignoble.

On a beaucoup parlé, ces derniers temps, d'identité nationale. Maurice Barrès, Vosgien de naissance, nationaliste de profession, affirmait qu'une Nation ne pouvait se réduire au visage présent -et momentané- de la communauté vivant sur un territoire.

Une Nation se définit aussi par ses morts, par les causes pour lesquelles certains d'entre eux ont donné leur vie, par leurs souffrances, par leur héritage.

En cassant des stèles, en brisant des pierres tombales, qu'ont voulu faire les coupables? Exclure symboliquement les Juifs de la Nation française, leur contester le droit de reposer en paix dans une terre française.

La communauté juive a beaucoup souffert en France, et souvent par des Français, comme Jacques Chirac a su le reconnaître en 1995. Les Juifs de France ont beaucoup communié dans les valeurs républicaines -on a pu les qualifier de "fous de la République"-, au point de fournir deux des plus admirables hommes d'Etat du premier XXe siècle : Georges Mandel et Léon Blum.

Qui peut oser contester aux morts leur appartenance à la Nation française, et leur droit de reposer? Il suffit de cheminer dans un cimetière de Lille, de Lyon, de Nancy ou de Bordeaux pour comprendre que la diversité française, en termes de religions et de cultures, n'est pas d'hier.

Il est heureux que nos nécropoles apportent, par la seule lecture des noms qui y sont gravés, un démenti cinglant à ceux qui rêvent d'une France sans étrangers, sans immigrés et sans naturalisations : une France fermée, une France morte.

Notre génie national, ce fut hier d'éviter le communautarisme, religieux ou autre.

Avant d'être Juifs, les morts qu'on a insultés samedi 31 mars 2007 étaient Français, par naissance, par acquisition, ou par choix de sépulture.

J'ai mal à la France, et je souffre de penser que des Français ont pu méconnaître à ce point l'identité et les valeurs de leur pays. Cet acte indigne, inspiré par des idées de mort, ne ressemble pas à la France.

David Valence