Du danger des amalgames en démocratie : l'anti-sarkozysme n'est pas un antifascisme
Par David Valence le samedi, février 3 2007, 06:11 - Lien permanent
Que mes visiteurs se rassurent, je ne suis pas atteint d'une poussée de sarkozyte. Mais il me semble que les amalgames indignes auxquels se livrent certains hommes de gauche doivent être dénoncés.
Renaud, chanteur et auto-proclamé tribun de la plèbe, a popularisé, dans une de ses dernières chansons, une équation que beaucoup d'élus de gauche développent aujourd'hui auprès de leurs électeurs : Sarko = facho.
On devrait toujours se méfier d'un mitterrandiste déçu.
Car Mitterrand, tout "francisquain" qu'il était, s'efforça avec succès, à partir du mitan des années 80, d'appliquer la technique du "reductio ad fascistum" à toute la droite française. L'adjectif, ou le substantif de "fasciste" étaient si forts, qu'il en restait toujours quelque chose dans l'inconscient collectif : discréditer un adversaire politique valait bien un petit procès en diffamation...
Un certain peuple de gauche (de préférence militant ou syndiqué) reprend aujourd'hui cette vieille antienne pour lutter contre un Sarkozy identifié au grand Satan.
Sarkozy serait "inquiétant".
Certains des aspects des 5 lois votées depuis 2002 sur la délinquance seraient "liberticides" (ce n'est pas faux), et ouvriraient la voie à une dérive autoritaire (cela relève du fantasme).
Jusqu'à Lilian Thuram, promu "spécialiste des banlieues" pour l'occasion, qui vient de dénoncer le prétendu "racisme" de Nicolas Sarkozy.
J'affirme qu'en faisant d'un Sarkozy l'égal d'un Le Pen, une certaine gauche s'efforce de désinhiber certains électeurs de la droite modérée, pour les pousser dans les bras du Front national, comme à la plus belle époque de la Mitterrandie.
J'affirme que la gauche française n'a rien d'autre à proposer aux Français, aujourd'hui, qu'un vote de rejet de la droite : elle ne cherche même pas créer de l'adhésion pour ses idées. Pour gagner, il lui suffirait que les électeurs rejettent Sarkozy... Comme ils rejetèrent Juppé en 1997.
Quand les attaques se font plus subtiles, elles ne perdent pas pour autant de leur nocivité.
J'affirme qu'en parlant de Sarkozy comme d'un "Américain à passeport français", certains députés socialistes ont utilisé, eux, un vocabulaire d'extrême-droite, voulant identifier un adversaire politique au "Parti de l'Etranger".
J'affirme que Nicolas Sarkozy est au contraire victime, sur le net notamment, de violentes attaques antisémites, que le PS s'honorerait à condamner.
Or, assimiler Sarkozy à un étranger revient à étayer, sans le dire et peut-être sans le savoir, les menées ignobles de l' extrême-droite blogueuse et connectée.
Choisir un candidat, ce n'est pas opter pour un moindre mal, après avoir dépeint l'adversaire en "monstre".
Décidément, les socialistes paraissent prêts à tout pour gagner, et rentrer dans l'Etat : rien de fait plus la preuve de l'absurdité d'une bipolarisation haineuse.
David Valence
Commentaires
Serait-ce un début de ralliement à droite? Il est vrai que je lis peu de soutiens explicites à Bayrou dans tes articles...
Pas de ralliement aux grandes orgues sarkozyennes, juste un point de vue de citoyen. La manie de tout étiqueter corrompt!
J'ajoute que je trouve la remarque sur Bayrou (sans doute inspirée par un manque d'attention de ta part) de très mauvais goût. Un goût... STALINIEN. Je suis à l'UDF pour éviter, précisément, d'avoir à entendre ce genre de raccourcis sectaires.