Le royalisme, ou comment le PS pourrait passer à droite
Par David Valence le vendredi, octobre 27 2006, 23:54 - Lien permanent
Une parodie de débat démocratique oppose depuis quelques jours les prétendants à l’investiture socialiste. Cette procédure n’appelle pas, de la part des militants d’autres formations politiques, de commentaires trop détaillés sur le fond.
Il nous importe peu, à nous autres qui croyons à la nécessité d’un sursaut, d’un rassemblement des Français sur la France et sur l’Europe, de savoir qui, de la télégénique Royal, du préhistorique Fabius ou du dilettante Strauss-Kahn, se verra reconnu l’honneur de représenter les socialistes en avril-mai 2007.
Tout juste pouvons-nous tirer quelques enseignements de la teneur des propositions avancées. Une réserve au moins : on se frottait les yeux, ou plutôt les oreilles, en écoutant le premier débat, consacré aux questions économiques et sociales.
Pas un mot sur la dette publique, qui obère pourtant la capacité d’investissement et la réactivité de l’Etat pour les générations futures ! Seul le Professeur Strauss-Kahn daigna y faire un brève allusion, comme on écrase un cafard gênant sous le mégot d’une cigarette.
Pour les socialistes, le « progrès », idée vague, se résume au slogan des barbiers de jadis : « Demain, on rase gratis ! ».
La générosité affichée par les trois candidats masque mal cette réalité cruelle : c’est le seul désir de gagner les élections, et de rentrer dans l’Etat, sans avoir rien appris, ni rien oublié, qui stimule les hommes politiques de gauche.
Nombre d’électeurs « progressistes » l'ont bien compris, qui se résignent pas à voter utile dès le premier tour, en avril prochain.
Ils sentent que les socialistes, au-delà de leur désir de victoire, ne nourrissent pas de grand dessein pour la France. Décidément, ces socialistes-là ne méritent pas de gouverner notre pays.
A travers la pauvreté des propositions au PS, je vois l’amorce d’une modification radicale du champ politique français. Depuis 30 ans, la gauche française avait acquis une domination incontestable dans le domaine des idées : ses convictions (une société ouverte, tolérante, solidaire) semblaient aller « dans le sens de l’histoire ».
Or, chacun sait qu’il n’est pas de sens de l’histoire, et que le cours des fleuves ne se résume pas à une ligne droite entre l’amont et l’aval.
Qu’on examine les propositions « chocs » formulées par la reine des instituts de sondages : l’encadrement militaire des jeunes délinquants (qui existe déjà), la réforme des 35 heures (qui ont été largement assouplies par la droite), les « jurys populaires ».
Qu’y voit-on ? Deux clins d’œil à la droite, un clin d’œil à la pire des droites (ou à la pire des gauches).
Or, nul n’ignore désormais que Mme Royal travaille l’œil vissé sur les études d’opinion, qui lui tiennent lieu d’analyses de la société française.
Ecoutons-la : si ces propositions sont jugées « de droite », elle n’en porte aucune responsabilité, puisque c’est « le peuple » qui les lui demande !
Que Mme Royal assume ce qui nourrit toute sa stratégie politique : l'idée selon laquelle le « peuple » serait de droite, les idées seraient « à droite », l'air du temps soufflerait vers l'Est!
Le constat est implacable.
Mme Royal, plus fine que beaucoup de ses collègues masculins, prend donc acte du basculement du débat politique français vers la droite.
Reconnaissons-le : le débat public ne se noue plus, aujourd’hui, autour du droit pour les homosexuels de sl marier, mais sur la supposée irresponsabilité des magistrats de la République.
Nicolas Sarkozy a réussi son pari de 2002 : non pas gagner les élections de 2007, mais imposer la droite la plus dure sur le terrain des idées, en contestant son magistère intellectuel à une gauche en panne d’inventivité.
Ainsi, c’est un des invariants du débat politique en France, depuis 30 ans, qui s’effondre sous nos yeux.
Daniel Halévy pensait, dans les années trente, que le destin naturel de toutes les gauches était de finir à droite (les libéraux, les radicaux). Désormais, il semble que l'évolution d'une certaine droite attire la gauche sur son terrain.
Comment comprendre que les idées de droite soient en passe de l’emporter dans le débat public, sans que cela garantisse une victoire de l’UMP en 2007 ?
J’y vois trois explications :
-l’avènement d’une nouvelle génération de militants et de responsables politiques, au sein de la droite libérale-conservatrice ; écoeurés par l’incurie et l’aboulie des années Chirac, ces quadragénaires, voire trentenaires et plus encore « vingtenaires », ont voulu repenser une droite fière d’elle-même, assumant ses valeurs (ordre, liberté d’entreprendre, mérite) et sa vision du monde (le pessimisme ontologique) ; sans relire Hayek chaque jour, ils ont réussi à se muscler idéologiquement, et pourraient en remontrer à plus d’un trotskisme quant au sectarisme et à la conviction d’être « du bon côté » ; ajoutons que les jeunes militants en question n’hésitent pas à lorgner ouvertement du côté des républicains américains, et de leur « révolution conservatrice » ;
-le hiatus entre une gauche devenue, pour ce qui est de ses classes dirigeantes, « le parti de l’Etat », donc des « experts » de la chose publique et de leur arrogance, et un électorat dégoûté par les grosses ficelles de la promesse redistributive ; puisque la gauche socialiste ne sait pas où elle veut conduire la France, elle entend lui garantir un « sur-place » confortable ; à l’inverse, les idées-forces de la droite sarkosyste sont immédiatement identifiées par l’opinion, qui se cristallise autour d’elles ;
-l’équation personnelle de Nicolas Sarkozy qui, s’il gouverne de façon très « classique » sur le fond, n’a cessé de tenir le même discours -provocateur, sécuritaire et ultra-libéral- sur la forme.
Cette évolution ouvre une fenêtre de tir à l’UDF pour tenir un discours libéral mais progressiste, responsable mais populaire.
Sachons résister à la pente réactionnaire qu'emprunte actuellement la vie politique française, pour créer –enfin- une belle surprise au soir du premier tour de l’élection présidentielle.
David Valence
Commentaires
Une brillante analyse. Merci.
Ce type de débat entre candidats à la candidature pour les militants est une première au PS. Je pense pour ma part, que la « parodie » socialiste est préférable a la « dictature » sarkosiste… mais il est vrai que mon objectivité de militant m’y conduit obligatoirement. Pour ce qui est du prochain candidat des socialistes, il est normal que le deuxième parti de France – que cela vous plaise ou non – cherche à rassembler le maximum de Français autour de son projet. Ce rassemblement que vous souhaitez sur la France et l’Europe passe par ce type de débat. En effet, de nombreuses idées de gauche comme de droite sont débattues et permettent de faire évoluer les convictions en fonctions des besoins du pays. Quelles soient donc de droite ou de gauche, toutes les actions qui permettront de sortir le pays de la crise dans laquelle il se trouve sont bonnes à prendre. Il est tout de même déplorable que Nicolas Sarkozy veuille « rompre » avec la politique qu’il applique et cautionne depuis qu’il est au gouvernement. Pourquoi n’a t-il pas mis en place sa politique de soit disant rupture pendant cette mandature ? Pour ce qui est de la dette publique : la droite n’en parle pas plus ! et pourtant, elle y a contribué dans des proportions exponentielles Il est tout de même fort de se voir reprocher le fait d’être à l’écoute des attentes des Français : le rôle d’un parti républicain est tout de même d’adapter sa politique aux besoins et exigences d’un pays. « Ils sentent que les socialistes, au-delà de leur désir de victoire, ne nourrissent pas de grand dessein pour la France. Décidément, ces socialistes-là ne méritent pas de gouverner notre pays. » Parce que la droite aurait bien gouverné le pays ? Elle mériterait de continuer ? Ce qui vous gène, c’est que les socialistes ont évolué et les militants poussent dans ce sens. Certains seront tentés d’appeler cela du populisme, mais lorsque cela permet de faire émerger des idées nouvelles et réalistes : c’est tout bénef pour le pays. D’ailleurs la droite française ferait bien de s’en inspirer plutôt que de se planter dans son conservatisme. Si cette politique de droite était si bonne pour le pays, comment expliquez-vous les derniers suffrages exprimés par les Français ? La France ne veut pas de cette droite autoritaire et ultra libérale. Je ne pense pas que le débat politique français se déplace à droite. Les lignes ont toujours bougé dans les deux sens pendant une campagne électorale. Et la position « centrale » semblerait être la meilleur ? FAUX ! Le centre lui aussi sort régulièrement de son champ politique pour « braconner » sur des terres plus sociales (le dernier ouvrage de François Bayrou) ou plus libérales. Et l’on ne brandit pas systématiquement l’arme du populisme pour qualifier ces écarts. Il est normal que les partis politiques s’adaptent aux évolutions de la société, et se faisant des idées qui pouvaient être qualifiées de gauche ou de droite évolue dans un consensus positif pour le pays. Vous avez tort de le négliger ; Une majorité de français vote à droite, mais veulent par-dessus tout une économie au service du peuple et non l’inverse: doit-on les qualifier de gauchistes, trotskistes, socialistes ? … Je suis sûr que centriste vous conviendrait mieux, mais ce n’est malheureusement - pour vous - pas le cas.
Cette réponse du PS des Hautes Vosges est interessante, mais elle le serait davantage si elle était signée ! Signer PS des Htes Vosges... est ce donc une position officielle ? Suprenant ... L'évoluton du PS sur certaines idées est interessante . MAis il serait plus judicieux de préciser de quelle partie du PS on parle . Je n'ai pas vu d'évolution chez Emmanuelli ou d'autres ... Le PS est plus que jamais tiraillée par le radicalisme de certains . Résultat, cela donne le projet PS, qui ne fâche personne mais qui ne tient pas debout . Pour reprendre une phrase de Bayrou lors de la création de l'UIMP pour justifier son refus d'y prendre part :" si l'on pense tous la même chose , alors on ne pensera plus rien" . Je salue malgré tout ce principe de primaires que le PS a mis en place. La concurrence créee aussi l'émulation. C'est une dynamique salvatrice pour un parti afin qu'il se remette en question et qu'il se renouvelle. A titre personnel , j'ai beaucoup de doutes sur ce qu'en produira la machine PS, mais bon ...
Une signature n'apporterai absolument rien de plus à ce commentaire. Au ps chacun s'exprime comme il le souhaite tous en respectant des règles simples de savoir vivre. Pas besoin de positions officielles pour exprimer son avis. quand à votre raccourci sur Emmanuelli, il est le reflet de votre argumentaire sur :" si l'on pense tous la même chose , alors on ne pensera plus rien".
Mais bon, si vous y tenez, je peux signer: Bloggeur PS des Hts Vosges.
et si c'est un nom que vous souhaitez : envoyer moi un e-mail afin que nous nous rencontrions selon votre convenance.
Ma réaction portera surtout sur les écrits du militant vosgien du Parti socialiste.
1-J'appelle cette campagne interne "parodie de démocratie", car les règles retenues limitent les exercices de conviction à des monologues. La politique, la démocratie, c'est le débat.
2-Si vous aviez lu attentivement mon texte, vous verriez que le mot de "populiste" n'est jamais utilisé pour qualifier la candidate que, manifestement, vous soutenez. Je reproche simplement à Mme Royal son approche marketing des attentes populaires : faire des propositions, porter une vision pour le pays, savoir où on veut le mener, ce n'est pas la même chose que de réagir à des sondages. C'est parfois même le contraire, cher camarade socialiste (cf. la peine de mort, abolie en 1981 contre l'opinion publique).
3-Je pense, j'affirme même, que la quasi-totalité des leaders socialistes se désintéressent de la France et de son avenir A LONG TERME. Ils pensent que l'élection est déjà gagnée -ce qui n'est peut-être pas faux-, et la victoire est leur seul objectif.
4-Permettez-moi de vous dire que ce texte visait surtout à constater le déplacement du débat public sur la droite, et pas à condamner votre formation politique. Mon propos est plus large que ce sur quoi vous réagissez : la gauche morale est morte, la gauche est en panne d'idées, la droite -qui amorce une dangereuse dérive réactionnaire- a regagné un prestige inédit depuis les années 60 dans le domaine des idées.
5-Je suis assez déçu par la véhémence de votre ton, la violence et l'agressivité de votre réaction. Je pensais pouvoir ouvrir avec vous un dialogue courtois et républicain, je me retrouve identifié à l'UMP et raillé -en même temps!!!!!!!- comme centriste.
Ce n'est certes pas avec ces mots-là que vous convaincrez de votre ouverture d'esprit.
Cordialement, David Valence.
"Espérons que les socialistes ou l'UMP sauront désigner des candidats qui voient plus loin que le bout de leur "camp", conscients que la Vérité définitive n'existe pas en politique." C'est phrase est de vous Monsieur Valence, et c'est tous à votre honneur. Elle illustre votre vision réaliste de la situation et je suis entièrement d'accord avec vous. Alors pourquoi le reprocher maintenant aux socialistes? Pour ce qui est du ton, il n'y a aucune violence et agressivité dans mes propos. Et si vous les aviez perçu dans ce sens je vous prie de m'en excuser. relisez par contre votre commentaire: là vous y trouverez des remarques classiques d'étroitesse de vue: "la gauche morale est morte", "en panne d'idée","la quasi-totalité des leaders socialistes se désintéressent de la France et de son avenir A LONG TERME" Je ne dit rien de tel de votre parti et encore moin de vous. Mais si vous ne souhaitez pas de débat sur votre blog, je n'y posterai plus de commentaires. Votre note se voulait une analyse du socialisme en le reliant à l'obligation d'une politique de droite. Accepter que l'on puisse ne pas être d'accord avec vos arguments. Aussi solides soient-ils : "la Vérité définitive n'existe pas en politique."
1-J'appelle cette campagne interne "parodie de démocratie", car les règles retenues limitent les exercices de conviction à des monologues. La politique, la démocratie, c'est le débat.
Permettez-moi de vous rappeler que ces débats « internes au PS » ont été initié afin d’aider les militants socialistes à faire leur choix. Qu’il soit retransmis sur certaines chaînes nationales n’en remet pas en cause les règles. Rien n’empêche les autres partis d’en faire autant ; et rien ne vous oblige à les regarder. Il est normal que vous n’y trouviez pas votre compte en tant que centriste.
Cher ami(e) du PS Une signature apporte beaucoup justement. La vôtre tend à représenter l'ensemble des personnes regroupés sous son nom . Signer Blog PS des hautes vosges c'est donner à votre post l'aval du PS des hautes vosges. Vous l'avez peut-être celà dit ... j'exprimai ma surprise c'est tout . ce n'était pas une attaque . Pour le radicalisme de certains au PS, vous "bottez en touche" en me prettant un discours caricatural parce que j'ai cité Emmanuelli . C'est une tactique de vieux briscard de la politique ça ... la question de la cohérence du PS est très sérieuse et même essentiel . Mais je sais qu'elle gène beaucoup au PS, c'est même un taboo ... dommage parce que la plaie du 29 mai n'a pas été soigné, et mettre un pansement dessus ne l'empechera pas de s'infecter ...
Cher blogueur du PS (Hautes-Vosges),
Au contraire, je suis ravi que vous veniez apporter une contradiction utile sur ce blog. Il serait grave que les réseaux de blogueurs se résument à des échanges du type : "les centristes parlent aux centristes" ou "les socialistes parlent aux socialistes".
Pour le reste, il est manifeste que nous ne partageons pas la même vision du Parti socialiste. Mais vous vous en doutiez sans doute un peu...
Je m'offusquais juste de ce que vous m'assimiliez très explicitement, dans votre première réaction, à l'UMP et au gouvernement. Je n'ai, pour ma part, jamais fait l'erreur de vous prendre pour un communiste. :-)
A très bientôt sur ce blog, et merci de la franchise de vos réactions, comme de la qualité de vos convictions. David Valence.
Monsieur Valence,
Merci d’avoir remis le débat au centre de votre blog et balayer du même coup les procès d’intention.
La cohérence d'un parti ce n'est pas l'uniformité: je ne botte nullement en touche concernant les diverses courant du PS; bien au contraire je pense que ce sont ces différences qui en font une force. Tous les grands partis républicains ont ce type de courant, et il est bien normal que les limites couvrent un nombres d’idées diverses. Royal et Emmanuelli balisent de leur idées les contours du PS.
Je vous avoue très honnêtement souscrire à beaucoup plus d’idées de Strauss-Khan que celles de Fabius… et même trouver Bayrou très intéressant lorsqu’il parle du libéralisme. Pour autant, le PS est un parti démocratique, et il n’y a pas lieu de suivre « bêtement » une doctrine d’un autre temps. C’est une des leçon du 21 avril. Et c’est valable pour tous ceux qui croient détenir une partie de la vérité.
Loin de moi l’idée d’associer l’UDF à l’UMP : son émancipation lui a coûté suffisamment cher. Dans mon premier commentaire, je dénonçais simplement le gouvernement (et par la même) le parti qui est au pouvoir. Et ce Centre, ma fois, me plait bien et semble évoluer vers plus de réalisme. J’espère simplement qu’il saura conserver son libre arbitre, et ne reculera pas – si besoin – devant ses responsabilités lorsqu’il faudra soutenir une politique autre que celle que la droite nous sert depuis 10 ans.
Mais en vous lisant, Monsieur Valence, j’ai bien peur que vous ne prêtiez aux socialistes qu' uniquement des velléité électorales. C’est dommage que plus d’un tiers des Français y souscrivent et que vous-même n’y trouviez pas un infime soupçon de bonne fois.
Il est souhaitable que des courants différents puissent exister au sein d'un parti. Cependant, il y a des divergences qui me semblent difficilement conciliables. J'ai l'impression que le PS à travers son projet, a choisi de rester uni à tout prix. On peut comprendre la stratégie, mais je doute quand même de la cohérence. Il faudra un jour (si le PS reprend le pouvoir) concillier toutes les différences au sein d'une action de gouvernement, et là l'illusion d'unité ne tiendra plus ...
Je pense aussi qu'il est souhaitable qu'un parti puisse abriter en son sein différents courants. Tout comme je considère que les disputes au PS sont préférables au consensus qui règne à l'UMP.
Je ne puis pourtant que partager certaines des réflexions ici exprimées. Parce que je pense que les fondements de ce consensus au sein de la droite française sont les mêmes qui poussent certains dirigeants du PS à adopter un discours qui flirte dangereusement avec les idées d'ordre moral de cette même droite et applaudies par nombre de militants socialistes...
Que le PS, en tant que grand parti de masse ait pour objectif rassembler un maximum d’électeurs autour d’un candidat, je puis en convenir. Certes un parti, et ses dirigeants, se doivent d’écouter les bases et les électeurs, mais il se doivent également de faire la part des choses. De prime abord parce débattre dans les termes et la langue de son adversaire politique revient à déclarer forfait. Ensuite, parce que l’idée rousseauiste de l’infaillibilité du souverain (i.e. le peuple, les électeurs) est dangereuse et les élites politiques sont censées centrer le débat et éviter autant que possible tout dérive extrémiste.
Qu’une grande majorité de Français considère que l’immigration ou l’insécurité soient des enjeux pour la France, cela ne signifie pas que ce soit le cas, du moins, pas dans les termes dans lesquels ils sont posés. Au risque de déplaire, je dirais que dans l’Europe de l’entre-deux guerres, nombreux sont les gouvernements démocratiques qui ont suivi d’une manière ou d’une autre « l’air du temps », nous conduisant à la catastrophe que nous savons. J’en veux pour preuve un exemple.
Bien que je pourrais me considérer comme une électrice à enjeux, je ne souscris point au discours idéologique qui veut que les solutions ne soient de droite ou de gauche. Les solutions, comme les problèmes, n’existent pas. La mise en agenda est un processus dont nous ne saisissons la complexité avec aisance –nous, les citoyens lambda. Ainsi la gestion des finances publiques de la France (comme au Royaume-Uni, en Allemagne ou aux Etats-Unis) laisse à désirer –que ce soit sous des administrations de gauche ou de droite.
Mais on ne peut que rester dubitatif face à des affirmations telles que : « Au-delà des dysfonctionnements de notre appareil administratif, ce sont nos pratiques politiques et collectives qui expliquent le choix de la facilité fait par la France en matière de finances publiques », « Les pouvoirs publics ne ce sont pas donné les marges d’action nécessaires pour faire face aux défis futurs », ou « En engageant rapidement les réformes nécessaires, les pouvoirs publics peuvent se donner une large capacité d’action ». (phrases que l’on peut lire dans un rapport récent et très connu) Dire cela, c’est considérer que gestion publique et gestion privée sont semblables ; c’est oublier les compromis politiques qu’un budget reflète. Un audit, lorsque soumis à un impératif de publicité, comporte une forte teinte politique, puisque son objet n’est plus de dresser un bilan, mais de démontrer un point. Les « réformes nécessaires » n’existent pas –ou pour employer une expression britannique, les TINA à la Thatcher sont mensongers (et ce ne sont pas les socialistes qui diront le contraire) et dangereux. Je ne puis alors que me poser une question : si un panel d’experts n’arrive pas à dresser de bilan incontestable, pourquoi un « jury populaire » serait-il mieux adapté à évaluer l’action publique ?
Oui, je pense que l’on peut parler sans trop de difficultés de « parodie de démocratie »…
Cher Stéphane (blogueur des Hautes-Vosges),
Sachez, pour ce qui est de prendre leurs responsabilités le moment venu, que les centristes n'ont pas pour vocation de "se rabattre" sur tel ou tel candidat, mais d'abord de construire et de proposer une offre politique à la fois audacieuse et rassembleuse. Votre remarque visait surtout, selon moi, un éventuel report de voix en faveur de votre candidat (e) à la présidentielle au second tour.
A cet égard, je vous rappelle que le Parti socialiste s'est engagé explicitement, dans la synthèse du Mans, à ne pas s'allier avec l'UDF (sur demande des fabiusiens, je crois).
Pour l'instant, il serait donc inutile que nous attrapions des crampes en tendant la main à qui ne veut la saisir.
D'autre part, si accord il y avait un jour, il ne pourrait se faire que dans la transparence. Pas question que vous cherchiez à "débaucher" un ou deux centristes pour des raisons "cosmétiques", en gardant pour vous votre bonne conscience de gauche.
Toute alliance, tout travail en commun ne pourrait se faire que sur la base d'un accord entre les deux partis concernés.
L'UDF a changé depuis l'"ouverture" de 1988. La discipline -sauf au Parlement- y est désormais plus forte. Regardez, en 2005, malgré les tentations et les propositions, certaines alléchantes, aucun ministre UDF en plus n'est entré au Gouvernement Villepin.
En clair, j'ai parfois l'impression que les socialistes n'aiment les centristes que stratégiquement, et qu"ils ne les trouvent bons que quand ils tapent sur la droite. Pour le reste, leurs idées et leur positionnement sont souvent regardés de haut.
Le Centre existe par lui-même, il n'a pas nécessairement vocation à se faire le fourrier du retour de la gauche au pouvoir (ni de la droite).
Nous nous battons pour des idées et pour une méthode.