L'Université d'été du Parti socialiste s'achève -comme d'ailleurs celle des Verts-, et nous n'en savons pas plus sur l'identité de celui ou celle qui portera ses couleurs en 2007. En revanche, on peut parier une chose : jusqu'aux derniers jours de la campagne pour le premier tour, l'élu(-e) des socialistes s'adressera plutôt au "peuple de gauche" qu'à la France.

Les mots disent beaucoup de nos intentions comme de nos représentations.

L'exemple de Lionel Jospin en 2002 devrait dissuader les socialistes de mener une campagne "de gauche", destinée à la seule gauche. Je reconnais qu'il convient de rassembler son camp au premier tour, mais prétendre s'adresser au seul "peuple de gauche" dans ses discours, en négligeant de parler des Français et de la France, c'est faire preuve de la persistance, dans cette famille politique, d'un sectarisme nuisible.

Comme une étoile morte qui continuerait de briller dans le firmament politique, l'idéologie communiste n'a pas cessé d'influer sur les représentations et le vocabulaire des hommes politiques. Le postulat des communistes, en terme d'identité militante, consistait en ce sentiment d'incarner, face aux forces de la Réaction et l'argent, non pas la Raison, mais le "Bien". En quoi le communisme, par ailleurs messianique, confinait au religieux.



La prétendue "gauche morale" a repris le flambeau du "Bien". Pas étonnant dès lors que le rigide Jospin ait pu passer du troskisme -une branche de communisme, en définitive- au socialisme modéré, sans cesser pour autant d'être convaincu que la "droite" représentait "le Mal". A l'Assemblée nationale, l'ancien Premier Ministre manifesta à plusieurs reprises son mépris pour une force politique accusée d'être l'héritière du lobby esclavagiste, des monarchistes et des antidreyfusards : rien que ça!



Dès lors qu'une famille politique prétend incarner le "Bien", on conçoit qu'elle répugne -dans le discours- à évoquer d'autres forces que celles qui forment ce "camp"-là. Pourtant, François Mitterrand -suspecté par les socialistes sourcilleux de ne pas être vraiment des leurs- et Michel Rocard avaient su s'adresser à la France et à la société de notre pays en général.

Si un(e) Président(e) issu du PS est élu(e) demain, il (elle) deviendra le Président de tous les Français. C'est plus qu'une fiction. Même les membres d'un gouvernement n' "appartiennent" pas uniquement à ceux qui soutiennent leur action : Marie-George Buffet, entre 1997-2002, fut aussi "ma" ministre de la Jeunesse et des Sports, puisqu'elle représentait la France -et non le seul vertueux peuple de gauche-.

Ce point de vocabulaire est donc porteur de sens politique. Si les socialistes cessent de parler "d'abord" au peuple de gauche, ils renonceront à certains aspects de leur programme, destinés à servir des clientèles -renationalisation d'EDF, abrogation de la loi Fillon sur les retraites-, pour adopter un réformisme social-démocrate "bien dans ses baskets", conscient que le progrès et le Bien prennent parfois des visages inattendus.

Pour le moment, seul le centre et, dans une moindre mesure, certains écologistes non classés à gauche et une partie de la droite semblent avoir à coeur de parler de la France et à la France.

"Ce n'est pas la gauche, la France! Ce n'est pas la droite, la France!" s'exclamait le Général de Gaulle lorsqu'on lui parlait des Français de gauche et des Français de droite. Un homme d'Etat véritable, Raymond Barre, ne disait pas autre chose que cela, lors de sa campagne présidentielle de 1988.

Espérons que les socialistes ou l'UMP sauront désigner des candidats qui voient plus loin que le bout de leur "camp", conscients que la Vérité définitive n'existe pas en politique. Le centre a déjà choisi : François Bayrou, un homme à la fois résolu et ouvert au dialogue.

La suite? Pour l'écrire, il faudrait être une nouvelle "Madame Soleil"...

David Valence