Blog de David Valence

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samedi, août 25 2007

Point Barre

Les enterrements sont moments d'adieux et de retrouvailles.

A l'heure où chacun titre à la mort d'un centriste en la personne de Raymond Barre, la grande famille des modérés est appelée à se réunir et à en célébrer la mémoire.

Pour les enfants que nous fûmes dans les années 1980, Barre restera associé à une clarté lumineuse dans l'explication. Doué de cette forme exigeante d'attention à l'autre qu'exige la pédagogie, le professeur Barre promenait en politique sa liberté d'universitaire.

Les Français, qui ne l'aimaient guère en mai 1981, lui surent gré d'avoir préché l'effort, même à contretemps. Les égarements économiques à senestre lui firent, a posteriori, une réputation de sage dans le grand public ; les bachoteurs de tout poil lui avaient reconnu cette dignité-là depuis longtemps.

A quoi sert-il d'être sage dans des hémicycles où tout fait tumulte? On attend de vous l'apaisement, la mollesse, l'à-quoi bon. Voilà qui tient lieu de sagesse trop souvent. Barre n'était pas de ces sages en gélatine.

Il choquait encore, à bon escient jusqu'en 2007. L'élu du Rhône vilipendait la cohabitation dès 1986, avant que l'unanimité se fasse contre elle à la faveur du référendum sur le quinquennat (2000) et de l'inversion du calendrier (2001). L'ancien Premier ministre osait parler de l'indépendance corse sur le ton de la boutade, ce qui révoltait les Corses du continent -des légions!-. Mais il posait les termes du débat. Raymond Barre ne s'enferrait pas dans un parti, il n'hésitait pas distribuer les louanges à gauche (Rocard, Jospin) et les baffes à droite (Chirac 1986, Raffarin, Villepin).

Dans l'ensemble, M. Barre ne se trompait pas d'adversaire cependant, et ne se retrouva jamais à plaider le "ni-ni", écrasé entre deux icebergs. Il était de la famille pour les gens de droite, de ces cousins éloignés qui scandalisent les vieilles lignées quand leur réputation va jusque-là. En dernier ressort, on savait bien où il penchait, et à Dieu vat.

Non, Raymond Barre n'avait pas confondu la liberté avec l'absolue solitude, la sincérité avec le non-alignement. La leçon en pourrait être méditée longuement, à l'heure où la voix d'or de François Bayrou se perd dans les sables d'un été pluvieux, mais heureux pour le pouvoir.

Avant de conclure par un coup de chapeau, comment taire un regret? Les derniers propos de Raymond Barre au public, en février 2007 ne le valaient pas. Parler de "lobby juif", c'était rappeler les mots malheureux de la rue Copernic (des "Juifs et des Français innocents"), et autoriser les soupçons les plus malintentionnés. Chacun sait pourtant, M. Barre, que vous fûtes un modèle sur le plan des actes et de l'esprit de tolérance, contrairement à d'autres...

Un homme d'Etat s'en va avec nos regrets et nos souvenirs d'un temps où le centre, quoique divisé, savait recoller les morceaux dans un gros ventre confédéral.

Et la question de surgir à nouveau, qui nous taraude à l'instant des pertes nationales comme des deuils intimes : mort, où est ta victoire?

samedi, août 18 2007

Pauvre justice

Niché entre deux monts vosgiens, on pourrait goûter le calme des lieux, se repaître de verdure. Ce sont clichés de citadins. Ils présument l'intangibilité de paysages qui changent vite, le silence d'une nature plus frénétique que paisible. L'esprit ne trouve pas de quiétude dans l'isolement : plutôt l'ardeur. Et la rumeur du monde charrie son lot d'indignations.

La Liberté de l'Est de ce samedi 18 août publie un éditorial de Gilles Varin. Je ne connais pas cette plume. Le titre en question a perdu de son originalité depuis son rachat, quoique ses colonnes offrent les informations les plus précises sur mon département de coeur. Ce matin 18 août, M. Varin commente pour des milliers de châsses un fait divers douloureux : l'enlèvement et le viol du petit Enis Kocakurt par un pédophile récidiviste. L'indignation est de rigueur, qu'on partage avec l'éditorialiste vosgien.

Le coeur de l'article laisse songeur cependant. Etait-il bien nécessaire d'écrire ceci : "ce qu'il faut, c'est les empêcher de nuire, coûte que coûte", au sujet des délinquants sexuels? Et de poursuivre : "Lundi, Nicolas Sarkozy a convoqué une réunion inter-ministérielle (sic). On espère, là, qu'une solution sera trouvée. Radicale. C'est la vie de nos enfants qui est en jeu".

Au passage, M. Varin croit utile de minimiser les propos du président de l'Union syndicale des magistrats. M. Bruno Thouzellier a pointé le manque de moyens pour expliquer que des pédophiles récidivistes puissent ne pas recevoir l'encadrement nécessaire à leur sortie de prison. Sans vouloir faire la leçon à M. Vautrin, sans lui contester sa carte de presse, on peut se demander si le devoir d'un journaliste, a fortiori régional, est de hurler avec les loups. Il répliquera que les propriétaires de journaux poussent à la démagogie, garantie de tirage. La banalité indignée ne choque personne. Fait-elle vendre cependant?

Garantir les libertés publiques et la sécurité des citoyens : tels sont les objectifs de l'institution judiciaire. Les maniaques de la matraque et de la répression voudraient nous faire croire que l'un et l'autre ne peuvent être conciliés.

M. Varin propose qu'une liste des pédophiles soit consultable par tous sur internet. Une telle disponibilité de l'information eût-elle évité au jeune Enis de vivre un calvaire? Sans doute pas. En revanche, elle aurait garanti à l'affreux coupable la réprobation de voisins, les crachats sur la voiture, voire pire, avant même la récidive. Livrer un homme à l'opprobre public ne constitue pas une garantie de sécurité en soi. La société américaine est-elle moins violente que la nôtre, qui publie sur la toile les profils des pédophiles de chaque état? Que M. Varin se le demande...

A chaque incident qui touche sa profession, un fonctionnaire répliquera par le manque de moyens. Le danger tient à la banalisation du propos : à tel qui crie au feu chaque matin, il est tentant de répondre par l'incrédulité, l'asphyxie menacerait-elle... En l'espèce, le président de l'Union syndicale des magistrats avait pourtant identifié l'origine du problème. Oui, la France devrait avoir honte de sa justice. Les lois sont votées, qui garantissent le suivi des délinquants sexuels : il y manque simplement les moyens (financement d'un encadrement médical, psychologique, ...).

Le gouvernement Villepin a su effectuer un effort louable en faveur de la justice française, que devrait poursuivre le pouvoir actuel. Mais disons-le tout net : en suivant la pente de la seule émotion, on légifère mal. Après le fiasco d'Outreau, chacun penchait pour une meilleure garantie des libertés publiques ; aujourd'hui, il faudrait au contraire les restreindre. Augmenter le nombre des juges permettrait de garantir la collégialité des décisions de justice les plus lourdes, voire de l'instruction. Augmenter le budget de la justice autoriserait un suivi amélioré des délinquants sexuels.

La quiétude estivale n'autorise pas les raccourcis, M. Varin. Et votre légitime indignation, exprimée en termes insatisfaisants, ne suffira pas à endiguer la marée du mal.

mercredi, août 8 2007

Perspectives vosgiennes

Beaucoup s'en désolent mais je m'en réjouis : l'été prend un charme automnal ces jours-ci. Les congés s'écoulent dans la maison familiale en compagnie du silence ou d'un gazouillis pluvieux. Quelles perspectives? Lire Balzac et voir le dernier Chabrol. S'atteler par goût à de menues tâches historiques. Et rompre la monotonie des jours par quelques conjectures électorales...

L'année 2008 ne sera pas blanche pour les assesseurs vosgiens. Comme ailleurs, les élections municipales concentreront l'attention citoyenne, à Saint-Dié en particulier. Les mauvais résultats de Christian Pierret aux législatives y ont en effet lâché la bonde aux ambitions.

Plus décisives nous apparaissent cependant les cantonales. On se souvient que le dernier renouvellement du Conseil général, en 2004, avait donné lieu à une offensive un peu brouillonne de Christian Pierret contre la citadelle Poncelet. Pas un cheveu du président du Sénat ne s'en était trouvé dérangé, sauf peut-être dans le canton du Thillot, où son protégé Dominique Peduzzi avait mordu la poussière.

L'année prochaine, les regards se braqueront sur le canton de Remiremont, dont Christian Poncelet est l'élu depuis 1963 sans discontinuer. Après 45 ans de mandat, dont 32 comme président du Conseil général, l'artiste entendra-t-il l'appel des coulisses? Rien n'est moins sûr.

Christian Poncelet est aujourd'hui le plus "capé" des parlementaires, puisque son premier mandat national remonte à 1962, date à laquelle il entrait au Palais-Bourbon. Si Dieu le veut, il exercera son mandat de sénateur jusqu'à 2014, année de ses 86 ans.

Sans sombrer dans le jeunisme, on pourrait rappeler qu'une proposition de loi fut formulée jadis, qui visait à fixer à 70 ans l'âge maximal de tout candidat au Parlement. L'abbé Hervé Laudrin (dernier ecclésiastique à siéger à l'Assemblée), François Grussenmeyer et François Missoffe (le père de Mme de Panafieu) la déposèrent sur le bureau de l'Assemblée le 5 novembre 1970 ! Je pense pour ma part qu'un texte précisant que tout titulaire de mandat serait présumé démissionnaire à l'âge de 80 ans ne nuirait pas à l'exercice du suffrage universel. Les évêques quittent leur charge d'âmes à 75 ans...

Quelle que soit la décision d'un homme qui fit beaucoup pour les Vosges, par des voies également rectilignes ou tortueuses, il devrait y avoir du sport à Remiremont en 2008.

Une candidature du député François Vannson, brouillé avec Poncelet, n'est pas à exclure : le parlementaire, autrefois thillotin, réside désormais dans la cité des Chanoinesses. On voit d'ici le tableau : un duel non fratricide, mais patricide ou infanticide, c'est selon. Les socialistes se savent mal placés dans ce secteur, où leur dernier succès remonte à la Libération, avec le directeur d'école Maurice Poirot, conseiller général de 1945 à 1951. Qui présenteront-ils? La conseillère régionale et maire de Raon-aux-Bois Jacqueline Bédez-Stouvenel apparaît handicapée par la médiocrité de son résultat législatif.

Il serait sage que Christian Poncelet renonce à briguer un nouveau mandat à 80 ans révolus. Qu'il se rappelle Jean Vilmain, déboulonné de la présidence du conseil général à 76 ans pour cause d'échec à Rambervillers, après 31 ans de mandat...

L'ennui est que Christian Poncelet n'a pas vraiment préparé sa succession.

Le député Jean-Jacques Gauthier, député de la "Plaine" et conseiller général de Vittel depuis avril 2007, connaît encore mal les travées départementales. Raymond Dégémard (Châtel-sur-Moselle) ou Michel Langlois (Bruyères) ne seraient que des papes de transition : pas sûr qu'ils en aient envie. Quant à Philippe Faivre, il s'est fâché avec Christian Poncelet en se portant candidat aux sénatoriales de 2004.

On en vient à envisager un succès possible de Jackie Pierre (Xertigny), sénateur depuis 2004 et conseiller général depuis 1985. C'est peu dire que cette perspective n'enchante guère les journalistes, qui jugent l'homme sous-dimensionné pour cette fonction. La règle pourrait néanmoins jouer en sa faveur, qui veut qu'en politique le meilleur des amateurs ne vale pas le plus mauvais des professionnels.

Affaire à suivre...

lundi, juillet 30 2007

La prolifération presque tranquille

Il est improbable qu'une huile du nucléaire échoue jamais en ces lieux. Si une rencontre survenait entre mes mots et un marchand d'atome, elle l'emporterait dans l'incongru sur la machine à coudre, le parapluie et la table de dissection. Le cas échéant, il pourrait lire dans les lignes qui suivent l'état d'une indignation.

Le président Sarkozy clamait, dans sa campagne, son désir de rompre avec une politique étrangère du gros chèque et des grosses compromissions. Qu'a-t-on vu dans l'affaire des infirmières bulgares il y a peu? Un marché contestable conclu sous l'auvent d'une bonne action. Du classique. A la Chirac pourrait-on dire, s'il ne fallait reconnaître au sarkozysme débutant une maestria que rien n'émousse.

Sous Chirac? On reculait par lâcheté et par manque de confiance en la France, pour mieux signer (pensait-on) de jolis contrats. Sous Sarkozy? On avance dans la lumière, bravache, jouant de la starisation -l'épisode Cécilia comme poudre aux yeux- pour mieux ménager en coulisses les intérêts industriels, dussent-ils l'emporter sur tout le reste (préoccupations stratégiques ou écologiques).

Ainsi donc, la France aura profité de la condamnation à mort inique de ressortissantes de l'Union européenne pour glisser en Cyrénaïque et en Tripolitaine le nez retroussé d'Anne Lauvergeon.

Notre pays, dans cette affaire, a irrité l'Europe en tirant la couverture à lui, quand les négociations étaient conduites ensemble par les 25, puis les 27, depuis 2 ans. La France a surtout accordé une prime au terrorisme : Kadhafi se dira simplement à l'avenir qu'il est plus efficace de faire des otages légaux que d'assassiner des citoyens (Lockerbie). Morale, où est ta victoire?

Soyons sérieux : la France a pris la responsabilité historique de donner les clefs du nucléaire civil à un état quasi-terroriste. Les choses ont changé depuis les années 1980, c'est vrai, mais pas pour les Libyens.

Je veux bien qu'entre nucléaire civil et nucléaire militaire, il existe une marge. Je veux bien que les futures installations nucléaires de Libye soient contrôlées par Areva, et non par Kadhafi directement ou par intermédiaires.

Mais était-il bien nécessaire de vendre une technologie, et surtout, à terme, des déchets dangereux, à un pays riche en énergies fossiles (pétrole, ...) et renouvelables (éolien, solaire)? Non, M. le Président de la République, la Libye n'a pas besoin du nucléaire pour se développer, mais de libertés politiques.

Il semble que les Allemands, par la voix de leur ministre de l'Environnement, aient fait connaître leur désaccord avec ce projet d'exportation du nucléaire civil en Iran. Depuis 20 ans, le géant d'Outre-Rhin agit au contraire de notre cynisme en matière de relations internationales : en est-il affaibli dans le monde?

M. Sarkozy n'a pas remporté une victoire diplomatique. Il a saisi l'imminence d'un succès européen et l'a mise à profit pour céder aux lobbies. Le "coucou Sarkozy", en somme. Notre président de la République voulait rompre, mais s'est contenté de changer la manière, plus habile sous les caméras.

La dure loi du genre, et des années, décillera les yeux sur cette affaire de libération des infirmières bulgares. Rappelant qu'en matière de politique étrangère, l'ambition dont on n'a pas le talent est un crime.

samedi, juillet 21 2007

Beau comme un naufrage

Un de mes camarades de l'UDF, depuis égaré au MoDem, affirmait souvent qu'il était deux façons de faire de la politique : militer pour la beauté du geste ou des idées ; militer pour se présenter, un jour, aux électeurs. Qu'il ait choisi la seconde, c'est une autre histoire... Mais un brin d'auto-analyse me conduit à penser que la définition péche par étroitesse. On peut également militer en esthète, par plaisir d'entrer dans une arène où le discours et les actes se confondent souvent.

Aux heures les plus noires de mon engagement en politique, le plaisir esthétique trouvé là m'a retenu de couper court. Ainsi de la campagne présidentielle de François Bayrou. Défendu sur ce blog jusqu'au 22 avril, le député du Béarn n'a cessé depuis lors d'agacer le bon sens et de s'isoler. Etait-ce si imprévisible?

Il est temps de dire que notre campagne reposait sur une hypothèse, et une seule : la victoire. Une victoire qui eût défié l'histoire de notre pays, stupéfait l'Europe, dérouté chacun. Les militants de l'UDF, sur les marchés et les routes de France, portaient en bandoulière un fusil à un coup. Nous faisions comme s'il suffisait de savoir tirer pour l'emporter, mais d'autres étaient plus habiles que nous. L'esquif sembla un temps prendre le bon vent. On parlait de triomphe à la barbe des deux grands. On rosissait en pensant aux cabinets ministériels qui nous accueilleraient, aux cartes de visite. Quelle fierté, aussi, de se dire alors : "Nous avons eu raison contre tout le monde". C'est de cet opium-là que les MoDemistes vont avoir à se sevrer. Le 22 avril, le sort en fut jeté. Les Français ont préféré Nicolas Sarkozy, passez muscade.

A maintes reprises entre janvier et avril 2007, j'essayai de me convaincre que le pari bayrouiste touchait juste. Mes amis sont témoins qu'une autre voix me soufflait des réflexions moins amènes sur l'amateurisme de certains, le boy-scoutisme de beaucoup, le sectarisme de quelqu'une.

Aujourd'hui, rien ne bouge. Le Nouveau centre balbutie, le MoDem est encore l'UDF. Chacun regagne sa vie en regrettant la griserie des campagnes : petits matins près du métro, camaraderie sans façon aucune...

Je suis resté à l'UDF jusqu'à aujourd'hui : on ne m'a ni suspendu ni exclu. Pourquoi avoir surmonté mes doutes pendant la campagne de François Bayrou? La question revient comme un boomerang.

C'est ici que le "militantisme de l'esthète" refait surface. Lorsque tout est consommé, il demeure. Il me coûte beaucoup de l'avouer, mais la part d'amer plaisir n'était pas mince dans ma décision de croire en la réthorique bayrouiste.

Pour me faire comprendre, je renverrai les curieux à une nouvelle de Robert Louis Stevenson : "Les gais lurons". Titre trompeur! Un homme y trouve un plaisir atroce à regarder, depuis son île, sombrer les navires dans un océan d'encre, et glacé. Il en perd la raison... Le reste, vous le lirez peut-être.

Aujourd'hui, le ressac ramène chaque jour un débris de l'esquif centriste : ouverture, réforme des institutions, ...

Dirai-je que je regrette parfois d'avoir eu raison?

vendredi, juillet 13 2007

Epinal et Lampedusa

Le président Sarkozy aime les symboles, c'est entendu.

Sa dilection pour les "signes" larmoyants -la lettre de Guy Môquet- ou sacrificiels -le plateau des Glières- dit beaucoup de la hiérarchie contemporaine des valeurs. Ce qui émeut aujourd'hui, ce qui fait vibrer l'âme, c'est la victime de 17 ans qui écrit à sa mère avec les mots de l'enfance ; ou l'héroïsme trop sublime pour être victorieux du réduit, de la phalange résistant aux divisions ennemies. On pourrait préférer une lettre de Mandel ou de Brossolette à celle de Guy Môquet ; un hommage à la 1ere D.B. plutôt qu'aux hommes des Glières. N'importe! L'essentiel était peut-être, dans les deux cas, de choisir des artefacts "médiatisables" : l'adolescent fusillé, le plateau isolé et désolé. On en reparlera.

Dans un autre registre, Nicolas Sarkozy a souhaité établir hier une continuité symbolique entre l'homme du 18 juin et sa personne. Le choix d'Epinal pour un discours sur les institutions apparaît judicieux. Bayeux eût été trop ambitieux, de Gaulle y ayant présenté un véritable projet institutionnel, le 16 juin 1946. Epinal, le 29 septembre 1946, évoquait moins de choses au pékin moyen, ce qui permettait à Sarkozy de pousser discrètement à la comparaison sans indigner personne.

Les fâcheux remarqueront cependant que de Gaulle avait quitté le pouvoir depuis 8 mois lorsqu'il exprima dans les Vosges, quand Sarkozy vient à peine de dérober le feu sacré. En outre, de Gaulle avait alors pour adversaire le "régime des partis", soit la constitution que les Français devaient pourtant adopter, de guerre lasse et à une faible majorité, quelques jours plus tard. Nicolas Sarkozy, dont la pensée s'articule toujours autour du balancement ami/ennemi, n'a pas manqué de reprendre les philippiques gaulliennes contre le "régime d'assemblée".

Gageons que les applaudissements spinaliens furent moins nourris à cette évocation hier qu'autrefois : ces attaques sonnent creux en 2007. L'idée que les Français se font de la République n'est plus marquée par l'hypothèque parlementaire. Et nul ne songe à revenir aux errements de la IVe République.

Qu'a annoncé le président de la République dans son discours? Rien de bien neuf. Il a joué sur des scies musicales de sa campagne passée : "un Etat impartial", une "république irréprochable", se contentant d'en donner des exemples timides.

De propos de haute volée sur ses vues institutionneles, point. Le débat entre régime parlementaire et présidentiel est-il définitivement tranché? Sauf à considérer que l'élection présidentielle constituait un référendum déguisé sur la taille du costume présidentiel, on répondra par la négative. L'ennui, c'est que le président Sarkozy donne pour beaucoup dans le cosmétique, même quand il s'agit d'entrer dans les détails.

L'intendance de la réforme institutionnelle sera, nous dit-on, confiée à une commission de spécialistes, présidée par Edouard Balladur. La probable participation de Jean-Louis Bourlanges nous est un motif de satisfaction. Mais c'est le seul.

La procédure choisie évoque ces "comités de sages" dont l'époque est friande, comme pour la loi sur la laïcité : la formule ne m'apparaît pas satisfaisante en l'espèce. Pourquoi ne pas avoir réservé le soin de réformer la Constitution à la Commission des Lois du Palais-Bourbon, quitte à lui adjoindre un comité d'experts? Pourquoi avoir réservé au président de la République le soin de choisir les membres du comité ad hoc? Pourquoi cette option en faveur de la "technicité" de la réforme, sinon pour éviter un réel dialogue avec l'opposition en tant que force organisée?

En 1958, la fusée constitutionnelle avait trois étages : un groupe d'experts, essentiellement issus du Conseil d'Etat, et présidé par le garde des Sceaux Michel Debré, devait "mettre en musique" les choix exprimés par un comité interministériel ; au sein de ce dernier figuraient notamment trois ministres d'Etat, issus de formations non "gaullistes" (Guy Mollet pour la SFIO, Pierre Pflimlin pour le MRP, Louis Jacquinot pour les Indépendants). Enfin, le projet était amendé par un Comité consultatif constitutionnel présidé par Paul Reynaud et composé essentiellement de parlementaires.

Il ne s'agit cette fois que de réformer : on aurait certes pu supprimer un étage de la fusée, et imaginer un comité "politique" de la réforme des institutions (soit la commission des Lois, soit un groupe composé des principaux leaders des formations politiques), secondé par un groupe d'experts et de sages. La solution retenue a pour inconvénient d'évacuer pour partie l'aspect politique de la réforme.

Sur le fond, les interrogations sur la feuille de route institutionnelle subsistent, que le propos présidentiel a éludées.

Les nominations à la tête d'entreprises publiques, d'organismes indépendants ou de directions de l'administration centrale? Elles pourront être soumises à l'examen des commissions qualifiées du Parlement, sans que l'idée d'un veto des intéressées soit désormais évoquée. C'est pourtant le prix à payer pour dissiper les soupçons de copinage.

ll faudrait peut-être même aller plus loin. Qu'est-ce qu'un régime présidentiel? C'est un système dans lequel la séparation des pouvoirs est "rigide" et où les possibilités de dialogue entre exécutif et législatif sont très encadrées.

Si Nicolas Sarkozy veut disposer des mêmes pouvoirs qu'un George Bush, nous disons : chiche!

Mais que les ministres, une fois nommés, puissent être entendus par les commissions parlementaires compétentes pour être confirmés. Je rappelle que c'est cette procédure d'avis qui a été retenue pour la nomination des membres de la commission européenne. En l'espèce, il serait superflu de donner aux commissions parlementaires une faculté suspensive, la contrainte de l'opinion publique, plus forte qu'en matière d'entreprises publiques, interdisant de maintenir en poste un ministre rejeté par une commission parlementaire (voir l'affaire Buttiglione). L'encadrement de cette procédure d'audition devrait être stricte, mais elle représenterait une réelle avancée et une forme de rééquilibrage des pouvoirs républicains. Est-ce bien le chemin sur lequel nous engage Nicolas Sarkozy?

Que le président puisse s'exprimer une fois par an devant l'Assemblée ou le Sénat, voire plus, soit. Mais il conviendrait dans ce cas de restreindre le droit de dissolution. Pour une raison simple : si le chef unique (de facto) de l'exécutif n'est pas responsable devant le Parlement, il serait paradoxal de maintenir une manière de responsabilité de l'Assemblée nationale devant l'Elysée!

Le chef de l'Etat est aujourd'hui contraint, avant d'user de la dissolution, de consulter les présidents des deux assemblées. Pour rétablir un juste rapport des forces, il serait bon d'accorder au président du Sénat, au président du Conseil constitutionnel ou au Vice-président du Conseil d'Etat, un droit de veto quant à l'usage de la dissolution, réservé aux crises très graves. Est-ce bien le chemin sur lequel nous engage Nicolas Sarkozy?

On ne reviendra pas sur l'interdiction du cumul des mandats à l'Assemblée nationale, condition indispensable de la revalorisation du Parlement. Est-ce bien cependant le chemin sur lequel nous engage Nicolas Sarkozy?

Sans même évoquer la question de la maîtrise de l'ordre du jour, les discussions au sein du "comité des sages" risquent d'achopper sur une question de loi électorale.

Le président Sarkozy n'évoque plus la proportionnelle que pour le Sénat désormais, comme s'il ignorait que ce mode de scrutin, au suffrage universel indirect certes, prévaut déjà pour les départements comptant plus de 3 sénateurs.

Or, la question reste posée, d'abord, de la constitutionnalité d'une réforme qui créerait un double mode d'élection pour les membres d'une même Assemblée. S'il s'agit du Sénat, l'interrogation pourrait prendre un tour périlleux : comment concevoir que cohabitent, dans un hémicycle, des hommes élus au suffrage universel direct (soit à la proportionnelle, selon les projets sarkozyens) et une majorité désignée par de grands électeurs? Ce serait ubuesque.

La vraie réforme consisterait à introduire une dose de proportionnelle à l'Assemblée (environ 1/3 des députés). Cette décision conduirait à accélérer le redécoupage des circonscriptions. 2/3 des députés seraient désormais élus au scrutin majoritaire d'arrondissement à un tour, pour dégager des majorités stables et éviter aux Français d'avoir à revoter, tandis qu'un tiers serait désigné au scrutin de liste proportionnel à un tour, dans le cadre régional et non départemental. Est-ce bien le chemin sur lequel nous engage Nicolas Sarkozy?

Quid d'une réforme du Conseil constitutionnel? Le sujet n'a pas même été abordé par le Président de la République! Quid de l'encadrement, voire de la suppression de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution?

Les Français espèrent une grande réforme des institutions, qui préserve l'essentiel de la Ve République (la préminence présidentielle et la stabilité gouvernementale) en limitant les risques de sur-concentration des pouvoirs.

A l'heure actuelle, disons-le tout net : le compte n'y est pas.

A Epinal, Nicolas Sarkozy a déçu, semblant entonner un air bien connu, sur des paroles de Lampedusa -l'auteur du "Guépard"- : "il faut que tout change pour que rien ne change".

lundi, juillet 9 2007

Retour de flamme

A la fois heureux et contraint de dédaigner l’événement, j’ai cru échapper pour quelques jours à la politique.

Le flux et le reflux des passions suivent en la matière une logique implacable : après l’excès d’aliments du printemps, où chaque heure amenait son information ou sa conversation politiques, le jeûne volontaire des mois à venir. J’entends déjà ici certains camarades me dire leur souci de prendre du champ, de mener leur carrière et d’assurer leurs arrières avant de s’immerger à nouveau dans le grand bain. Parions même que le nombre des naissances augmentera en mars ou avril 2008, qui traduira le retour à des flammes moins collectives mais tout aussi délicieuses.

Ce qui est vrai de beaucoup, je viens d’en faire l’expérience, ne se vérifie pas pour moi.

Encarté depuis l’âge de seize ans, je devrais me moquer de ce mirage de détachement qui resurgit, chaque fois plus séduisant, derrière le scrutin. Dans le loisir connu ces derniers temps, la politique m’aura abandonné trois jours –comme un alcoolique dit du vin qu’il le boude-. Trois jours sans radio allumée, sans encre au bout des doigts après la lecture de Libé, sans hypothèse échafaudée en privé sur la stratégie de tel ou tel.

Et puis, de manière subreptice, vous réclamez des journaux à vos proches, vous contraignant d’abord en n’en pas lire les pages de toujours pour vous les plus brûlantes… Avant de céder lamentablement. Une drogue. Un kif, pour plagier Anaïs Nin.

En l’espèce, j’ai été assez vite récompensé de mon intempérance par une information réconfortante. Depuis l’examen du projet de loi instituant un bouclier fiscal par la Commission des finances de l’Assemblée nationale, nul ne peut ignorer l’utilité des députés du Nouveau centre. A cette occasion, Charles de Courson, député de la Marne et inspecteur des finances en disponibilité, a pu faire adopter un amendement excluant dudit bouclier la CSG et le CRDS, au nom de la rigueur budgétaire et de la solidarité nationale.

Sous le voile du vote, on distingue certes l’union des contraires, qui vit les élus les plus libéraux, partisans d’une franche suppression de l’ISF, mêler leurs voix aux socialistes, anges redistributeurs, et à Courson le budgétaire sourcilleux. L’amendement en question a peu de chances d’être adopté dans l’hémicycle, car le président du groupe UMP, en redoutable garde-chiourme, croit avoir sifflé la fin de la récréation. Loin de moi donc l’idée de confondre la flibuste parlementaire avec l’influence.

Mais l’opinion informée sait désormais –François Sauvadet l’avait annoncé après le discours d’investiture de François Fillon- que les députés du Nouveau centre resteront fidèles aux convictions exprimées lors de la précédente législature : souci de réduire la dette, d’assurer une meilleure représentation de la société française au Parlement, de construire une république où les présidences de grands groupes publics ou d’organismes qualifiés cessent d’être vues comme autant de fromages à partager entre soi.

Qui entendra François Bayrou, orateur pourtant remarquable en ces lieux, au Parlement ?

Au Palais Bourbon, il ne suffit pas de parler pour être entendu, contrairement aux affirmations du député des Pyrénées atlantiques. Il n’est pas inutile, il est même indispensable, pour que la voix y porte, de la faire émerger d’un groupe.

Le président du MoDem se rêve désormais en tribun de la plèbe, isolé et magnifique parmi les brebis bêlantes. Mais à parler pour trois parmi 574 autres, on finit par s’égosiller, se fatiguer. Un exemple : les électeurs du MoDem sont-ils certains qu’un de leurs trois députés assistera à la discussion de la loi Dati sur les multirécidivistes ? Les contraintes d’emploi du temps se conjugueront pour rendre Jean Lassalle, Thierry Benoît et François Bayrou inaudibles demain à l’Assemblée.

Et les lumières de s’éteindre peut-être pour le plus beau Don Quichotte de l’histoire politique récente...

dimanche, juillet 1 2007

Silence pour quelques jours

Jusqu'au 9 juillet, je resterai silencieux, pour toutes raisons personnelles et de santé.

Le blog continue, bien sûr. Rendez-vous dans quelques jours!

mardi, juin 26 2007

La France de l'Est dans l'imaginaire national

Lundi 11 juin 2007, j’ai vu arriver le TGV en gare d’Epinal, et y ai pris place.

Qu’on me pardonne de parler de moi, mais voilà huit ans déjà que je suis un familier de la liaison Paris-Epinal dans les deux sens. Huit ans à effectuer ce trajet de 3h45. Encore faudrait-il y ajouter le temps mis pour rejoindre la gare de l’Est depuis mon domicile (10 minutes avant un déménagement courant février, 30 minutes depuis), et le trajet séparant Epinal de ma thébaïde vosgienne (soit 15-20 minutes). On comprend que l’aller-retour dans une journée, même en cas de circonstances dramatiques, me soit demeuré inenvisageable jusqu’à ce jour.

Inutile que nous songions ensemble aux heures gagnées, si la grande vitesse avait gagné l’Est en même temps que les littoraux...

Au reste, j’avoue que mon tempérament s’accommode mal des déplacements rapides, et répugne à passer d’un espace urbain à un milieu montagnard en trop peu de temps.

Qui dira le charme de ces derniers trains avant l’extinction des feux, départ de Nancy à 20h34, qui nous valaient des arrêts fréquents dans de petites gares éclairées d’orange, à Toul, Commercy, Bar-le-Duc, Vitry-le-François, Epernay, voire Château-Thierry ?

Chacun avait ses points de repère sur les trajets, ses paysages fétiches. J’évoquerai pour ma part la cuesta meusienne et son absence de réseau téléphonique, ainsi que Liverdun et son double visage si français : l’éperon rocheux qui abrite les prières et les drapeaux ; la ville basse industrieuse. Las! Le TGV évite désormais ces charmes-là.

La pente affective m’a mené assez loin de mon propos de départ : pourquoi le TGV Est est-il le dernier né des projets de ligne à grande vitesse ? Pourquoi a-t-on jugé plus urgent de faire circuler des TGV vers l’Ouest, le Nord et le Sud ?

Ecartons d’abord le prétexte technique. Je sais bien qu’il est, de Paris à Strasbourg, des obstacles naturels, des contreforts des Vosges à la Montagne de Reims. Chacun sait pourtant que la volonté fait des miracles, et que nous disposions déjà en 1997 de techniques permettant de rapprocher l’Est de Paris par le rail (TGV pendulaire).

L’identification d’un obstacle politique est apparemment plus utile. Le trop-plein d’élus de poids, désireux que le TGV arrive dans « leur » ville, plutôt que chez le voisin, a peut-être nui au pilotage du projet, ou du moins à la qualité des arbitrages. Les anciens (et l'actuel) ministres Chevènement (Belfort), Trautmann (Strasbourg), Bockel (Mulhouse), Rossinot (Nancy), Rausch (Metz), Longuet (Bar-le-Duc), les présidents Séguin (député d’Epinal jusqu’en 2002) et Poncelet ont souvent cherché à tirer la couverture à eux sans souci de concertation : beaucoup d’entre eux prennent d’ailleurs l’avion pour rejoindre leurs terres d’élection.

La principale raison du « retard » vivement ressenti par les Français de l’Est, me semble plus irrationnelle. Malgré une fréquentation très correcte, les lignes de l’Est de la France n’apparaissaient pas « porteuses » aux yeux de la SNCF et des décideurs nationaux. Question d’image.

La France de l’Est a pu fasciner, en des temps où les marches orientales tenaient lieu de rivage des Syrtes avant la lettre.

Les Vosges en particulier, que chacun croit découvrir en lisant Barrès. Las ! Le Carpinien n’aimait pas sa terre natale. Et je me suis laissé dire que Julien Gracq haïssait le relief si particulier du plateau lorrain, raison pour laquelle « Un Balcon en forêt » se situe dans les Ardennes. Evidemment, depuis la paix, tout effet de fascination a disparu : l’imaginaire national ne retenait plus de l’Est que des villes de garnison grises (Metz, Epinal), des hauts-fourneaux sinistres (la Moselle), des idiomes germanisants (Moselle, Alsace), une humidité intrusive et un froid perçant (les Vosges), sans parler du caractère besogneux et réfrigérant des populations. N’en jetez plus !

Les poncifs ont la peau dure : je me tue à expliquer à certains amis que la Lorraine fut longtemps une des régions les plus riches de France. Et que la douceur alsacienne n’a rien à envier à celle de l’Anjou, rimée par du Bellay.

Aux séductions faciles d’un Sud mythifié, à la fraîcheur supposée d’un Océan autrefois ignoré (Braudel), le charme âpre des Vosges a peu à "répliquer".

Nous ne voulons pas opposer telle ou telle partie du territoire, mais convaincre que l’imaginaire national devrait récupérer la France de l’Est sous une forme plus rieuse. Terres de patriotes (Poincaré, Louis Marin) et de grands Européens (Pierre Pflimlin, Robert Schuman), la France de l’Est est aussi celle des vignes touloises, des lacs vosgiens, de l’aérien gothique rhénan. Prions pour le TGV Est dynamite les lieux communs qui désobligent !

jeudi, juin 21 2007

Les libéraux-démocrates entre impuissance et influence

Nicolas Sarkozy n'a pas le privilège de l'ouverture, qui a souhaité inclure de nouvelles personnalités de gauche dans le gouvernement Fillon II. En Grande-Bretagne, le Chancelier de l'Echiquier Gordon Brown envisage de marquer sa prochaine accession au poste de Chef de gouvernement en intégrant certains élus libéraux-démocrates dans son équipe.

Rappelons d'abord que lors des dernières élections générales, le parti de Charles Kennedy avait rassemblé plus de 20% des suffrages exprimés en Grande-Bretagne. Depuis, le Roux le plus populaire du Royaume-Uni, convaincu d'alcoolisme, a été contraint de démissionner. Sir Menzies Campbell, un autre Ecossais -comme Gordon Brown- lui a succédé.

Rappelons encore que les Libéraux-démocrates n'ont plus dirigé le gouvernement britannique depuis 1919, et n'exercent que rarement des responsabilités ministérielles. Ce qui signifie certes pas que leurs élus soient inutiles, compte tenu du rôle du Parlement dans la vie publique, à Londres.

L'identité de cette formation est assez complexe pour un esprit français : positions très "ouvertes" en matière de libertés privées et publiques, europhilie inhabituelle outre-Manche, libéralisme économique parfois mâtiné, exigences électorales obligent, d'accents très sociaux. Globalement, les Libéraux-démocrates se distinguent par leur opportunisme en matière d'idées, conjugué à un jusqu'au boutisme stratégique qui leur fait souvent repousser les offres de leurs grands voisins conservateur et travailliste.

Toute ressemblance avec l'évolution que connaît actuellement une certaine formation politique serait fortuite...

Or, il semble que Gordon Brown souhaite élargir sa majorité en faisant entrer au gouvernement des hommes comme Lord Carlile (possible ministre de la Justice, ou plutôt Attorney general), Lord Lester, Lord Ashdown, le prédécesseur de Charles Kennedy à la tête des Libéraux démocrates. Ajoutons que Lord Ashdown avait poursuivi des négociations avec Tony Blair lors de la première victoire travailliste, en 1997, sans résultat. Les discussions actuelles pourraient s'avèrer plus fructueuses.

Au moment où -malgré les dénégations de Lord Campbell Menzies-, la question se pose en Grande-Bretagne d'un ouverture qui permette de mieux gouverner encore, dans un esprit de rassemblement, le MoDem devrait faire preuve de circonspection, avant de s'engager sur la voie d'un centro-centrisme puriste et sans retour.

mardi, juin 19 2007

Dernière minute : Jean-Christophe Lagarde rejoint le Nouveau centre

Le groupe parlementaire du Nouveau centre comptera donc 22 élus.

Dans mon billet sur "La pluralité des centres", je m'étais refusé à considérer Jean-Christophe Lagarde comme membre du MoDem...

La composition du gouvernement Fillon II, et quelques brefs commentaires

Le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a annoncé, le 19 juin, la composition du nouveau Gouvernement de François Fillon.

Ce Gouvernement compte quinze ministres, seize secrétaires d’Etat et un haut commissaire :

Jean-Louis Borloo : ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables

Michèle Alliot-Marie : ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales

Bernard Kouchner : ministre des Affaires étrangères et européennes

Christine Lagarde : ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi

Brice Hortefeux : ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement

Rachida Dati : garde des Sceaux, ministre de la Justice

Michel Barnier : ministre de l’Agriculture et de la Pêche

Xavier Bertrand : ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité

Xavier Darcos : ministre de l’Education nationale

Valérie Pécresse : ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Hervé Morin : ministre de la Défense

Roselyne Bachelot-Narquin : ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports

Christine Boutin : ministre du Logement et de la Ville

Christine Albanel : ministre de la Culture et de la Communication

Eric Woerth : ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique

Roger Karoutchi : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement

Jean-Pierre Jouyet : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé des Affaires européennes

Laurent Wauquiez : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, porte-parole du Gouvernement

Eric Besson : secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé de la Prospective et de l’Evaluation des politiques publiques

Valérie Létard : secrétaire d’Etat auprès du ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité, chargée de la Solidarité

Dominique Bussereau : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargé des Transports

Nathalie Kosciusko-Morizet : secrétaire d’Etat auprès du ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables, chargée de l’Ecologie

Christian Estrosi : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités territoriales, chargé de l’Outre-Mer

André Santini : secrétaire d’Etat auprès du ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique, chargé de la Fonction publique

Jean-Marie Bockel : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie

Hervé Novelli : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, chargé des Entreprises et du Commerce extérieur

Fadela Amara : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Ville et du Logement, chargée de la Politique de la ville

Alain Marleix : secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense, chargé des Anciens Combattants

Rama Yade : secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères et européennes, chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’homme

Luc Chatel : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, chargé de la Consommation et du Tourisme

Martin Hirsch : haut commissaire auprès du Premier ministre, aux Solidarités actives contre la pauvreté

Bernard Laporte : secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, chargé de la Jeunesse et des Sports (à compter de fin octobre 2007).

On peut regretter l'absence de Christian Blanc ou de Maurice Leroy. L'ouverture à gauche est plus large qu'au centre, sans doute pour des raisons cosmétiques. Mais je me réjouis tout particulièrement de l'entrée de Valérie Létard au gouvernement.

Autre défaut de cette équipe : l'absence de secrétaire d'Etat aux droits des femmes et à la Parité, alors qu'il reste beaucoup à faire pour lutter contre les mauvais traitements privés, ou les inégalités au travail.

Sur le plan géographique -un peu de Clochemerle-, certaines régions sont les "oubliées" du Gouvernement : Bretagne, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Franche-Comté, Lorraine, Basse Normandie et Corse (enfin, quoique, avec Santini et Estrosi...).

Quant à la nomination de Bernard Laporte, qu'en dire, sinon qu'elle relève du gadget?

Michel Barnier à l'Agriculture me semble en revanche une bonne idée sur le papier, compte tenu de la densité de ses réseaux européens. N'oublions pas que la PAC sera re-négociée à un horizon très, très prochain...

Sans rire, remarquons aussi que Roselyne Bachelot, Roger Karoutchi et André Santini font désormais contrepoids à Boutin-la-pudeur!

samedi, juin 16 2007

Prendre parti

Pour emporter l’eau sale de la politique, qui contamine toute pensée depuis plusieurs mois, rien de mieux que la littérature ancienne. A l’aune des mots aigus et brillants, des combats où chacun croit jouer l’avenir de sa cité sur un coup de main, l’esprit retrouve des préoccupations plus hautes peut-être que les résultats législatifs.

En l’espèce, mon choix s’est porté sur Thucydide, lecture fétiche, dit-on, de François Mitterrand. Dès le début de « La guerre du Péloponnèse », je me rendis à l’évidence : la passion partisane avait encore frappé. Ou plutôt, devais-je y voir une maladie française de l’engagement, qui s’oppose par exemple à un supposé tempérament helvétique ?

Le fait demeurait : mon cœur était spartiate, sans que le goût de la victoire finale y soit pour quelque chose

Une conversation conjugale m’apprit d’ailleurs que le clivage grec recoupait, sous mon toit, le politique : la gauche modérée plaidant pour les Athéniens, tandis que j’avouais –en bon électeur de centre-droit- mon goût pour Lacédémone.

J’y ai réfléchi depuis lors, en partant de cette constatation grossière que le choix de la puissance terrestre plutôt que de l’empire maritime portait un sens précis : des valeurs de conservation obscurément préférées à celles de l’échange, l’ordre spartiate l’emportant secrètement sur la démagogie de Cléon en mon cœur. Cette option avait une saveur d’audace, de révolte contre le prêchi-prêcha philo-athénien de notre école républicaine.

Feuilletant peu après les œuvres complètes de Maurice Barrès aux éditions Bouquins, j’y trouvai un texte consacré au « Voyage à Sparte » du Carpinien. Quelques lignes de la préface suffirent à me faire comprendre que mes sentiments, à la lecture de Thucydide, offraient un écho affaibli aux préférences de Barrès, lui qui s’ennuya d’Athènes, bailla au Panthéon, colline pourtant « inspirée », et céda au charme, râpeux comme un cilice, de Sparte. Dieu merci, mes rencontres avec Barrès s’arrêtent là pour l’instant, même si je sais le nationalisme du « rossignol des hécatombes » plus inclusif que celui de Maurras.

Et de m’interroger désormais sur cette habitude, contractée dans l’enfance, de combattre en pensée au côté d’un des belligérants, pour mieux saisir la trame du conflit et ses ressorts. Le travers ne m’en a jamais quitté.

L’année où je préparais l’agrégation d’histoire, je devins donc à la fois pro-Séleucide, car l’Orient hellénistique figurait alors au programme, et gibelin de cœur. Ma raison politique retrouvait ses droits en histoire moderne, où la Gironde exerçait une fascination attendue. Ajoutons que, lisant « Le rivage des Syrtes », j’identifiai le Farghestan à une principauté située en Asie centrale, idéalement moghole, et pour laquelle je pris d’avance parti, sans savoir que le charme de Gracq est tout dans sa manière de craquer l’allumette, en nous épargnant le spectacle de l’incendie.

La Séleucie, l’Empire romain germanique que soutenaient les Gibelins en Italie, le Farghestan : soit le goût des grands états, recouvrant comme un manteau troué mais splendide une vermine d’intérêts. Est-il besoin d’associer Rome à ces partis pris ? Chacun de ces empires, et nous retrouvons ici Sparte, se voulait puissance avant tout continentale, même s’il faudrait apporter certaines nuances à la marge.

La terre préférée à la mer, l’immobile (ou ce que nos sens perçoivent comme tel) au mouvant, le sillon à la ligne de fuite. On n’échappe pas à ses ancêtres : beaucoup des miens ne virent jamais de rivage autre que fluvial, au pied des Vosges. L’infini de l’onde les eût effrayé.

Un très beau roman d’Aharon Appelfeld, « L’amour, soudain » illustre la nécessité, pour vivre en paix, d’assumer en partie l’imaginaire et l’existence de ses parents. Prendre parti sur tout est un travers français ; le goût pour Sparte m’est venu en héritage. La terre m’émeut plus spontanément que le flot, Mycènes et sa solitude hautaine plus que le Cap Sounion et la lumière attique.

Même si, à cette heure, et à dire vrai, on se satisferait fort bien d’un été dans quelque cité de Grèce que ce soit…

lundi, juin 11 2007

La saveur des regrets

Les résultats du 1er tour des élections législatives sont désormais connus, qui confirment malheureusement nos prévisions les plus pessimistes pour le MoDem.

Cette jeune formation politique a réuni 7,61% des suffrages exprimés, soit le niveau d'étiage de la famille centriste en France, un résultat comparable au score de Bayrou en 2002. Retour à la case départ, pourrait-on dire. Pas tout à fait : il faudrait parler plutôt d'une situation inédite.

Nous avions écrit ici que l'électorat de François Bayrou le 22 avril 2007, dont nous étions, se composait pour une part de votants de rencontre : il ne pouvait être que malaisément retenu par la marque MoDem. Ceci s'est vérifié jusqu'à la caricature.

A Paris, où François Bayrou avait réalisé 20% des voix des voix dans la quasi-totalité des arrondissements, aucun candidat du MoDem n'est en situation de se maintenir au second tour. D'après nos calculs, même Marielle de Sarnez, qui réalise le meilleur résultat parisien dans la 11e circonscription (ouest du 14e arrondissement) avec 18,37% des exprimés, ne passerait pas la barre des 12,5% des inscrits (11,9% exactement), laissant à Mme Guedj et à M. Cochet le soin d'en découdre.

S'agissant des derniers Mohicans du MoDem, la tableau est déjà très sombre. Si on met de côté Jean-Christophe Lagarde, présent lors de la rencontre de François Fillon avec les députés de la majorité à l'Hôtel Matignon, François Bayrou apparaît comme le seul sortant certain, à moins d'une monstrueuse surprise, d'être réélu.

Qu'on en juge :

-Jean Lassalle, dans la 4e circonscription des Pyrénées atlantiques, a été devancé par le candidat UMP ; mais ses chances de réélection sont importantes, de l'ordre du 55/45 ;

-Anne-Marie Comparini, élue sortante de la 1ere circonscription du Rhône, est déjà éliminée ; elle n'a obtenu que 17,37% des exprimés, et nettement moins de 12,5% des inscrits ; l'UMP devrait emporter aisément ce siège ;

-Gilles Artigues, député sortant, est arrivé en 3e position dans sa circonscription (1ere de la Loire), ne rassemblant que 20,8% des exprimés ; il ne peut, lui non plus, se maintenir au 2e tour, la participation ayant été particulièrement faible dans l'agglomération stéphanoise.

Hormis -et de manière hypothétique- Jean-Marie Cavada, qui affronte Henri Plagnol dans le Val de Marne (ballotage très défavorable pour le député européen), le MoDem ne peut espérer gagner aucun siège le 17 juin. La conclusion tombera alors, lapidaire : le MoDem devrait ne compter que deux députés (élus du même département, les Pyrénées atlantiques), voire un seul (ce n'est pas exclu) au soir du second tour ; j'ai nommé François Bayrou.

Sur le plan parlementaire, en somme, soit un parti régional, soit le parti d'un seul homme. On a vu plus grande réussite.

A titre personnel, et ayant naturellement conservé au MoDem de solides amitiés, je tiens à saluer les résultats obtenus par quelques proches, ou simples connaissances.

Que Mario Stasi (1ere circonscription de Paris) ou Julianne Bir (3e circonscription de Moselle) soient félicités pour leurs excellents résultats.

Que Pascal Thomas, qui réalise le 2e meilleur résultat vosgien du MoDem (7,58%), dans la circonscription la plus rétive à François Bayrou le 22 avril 2007, soit rassuré quant à son avenir déodatien : il se paie le luxe de faire mieux que la moyenne nationale du centre dans un territoire en crise (délocalisations multiples) et peu favorable a priori au message du MoDem. Chapeau, l'artiste!

Enfin, je tiens à dire à Aziz Senni, sans doute très déçu par son résultat à Mantes-la-Jolie, qu'il a posé au cours de cette campagne des jalons pour l'avenir et que la politique est affaire de volonté et de persévérance. Je sais qu'Aziz en fera preuve.

Plusieurs députés du Nouveau centre ont été réélus ou élus hier. Mes plus vives félicitations vont à :

-Hervé Morin, dans la 3e circonscription de l'Eure ;

-Rudy Salles, dans la 3e circonscription des Alpes maritimes ;

-Charles de Courson, dans la 5e circonscription de la Marne ;

-Francis Hillmeyer, dans 6e circonscription du Haut-Rhin ;

-François Sauvadet, dans la 4e circonscription de la Côte d'Or ;

-Philippe Vigier, élu pour la première fois dans la 4e circonscription d'Eure-et-Loir, avec 57,1% des suffrages exprimés.

Ajoutons à cette liste Pierre-Christophe Baguet, ancien membre du groupe UDF à l'Assemblée nationale, réélu dans la 9e circonscription des Hauts de Seine, et Christian Blanc, apparenté UDF, réélu dans la 3e des Yvelines.

Dépassent les 40% des exprimés :

-Nicolas Perruchot, dans la 1ere circonscription du Loir-et-Cher ;

-François Rochebloine dans la 3e circonscription de la Loire ;

-André Santini dans la 10e des Hauts de Seine ;

-Jean Dionis du Séjour dans la 1ere du Lot-et-Garonne ;

-Jean-Christophe Lagarde dans la 5e de Seine Saint-Denis ;

-Jean-Pierre Abelin dans la 4e de la Vienne ;

-Yvan Lachaud dans la 1ere circonsciption du Gard ;

-Stéphane Demilly dans la 5e circonscription de la Somme ;

-Olivier Jardé dans la 2e circonscription de la Somme ;

-Michel Hunault dans la 6e circonscription de Loire-Atlantique.

Maurice Leroy -affaibli par un divers droite au 1er tour dans la 4e circonscription du Loir-et-Cher- et Philippe Folliot, dans la 3e circonscription du Tarn sont eux aussi, presque certains d'être réélus.

Le compte n'y est pas pour l'instant, puisque les noms cités ne représentent que 19 élus, soit un de moins qu'il n'est nécessaire pour former un groupe parlementaire. Il convient dès lors que des combats plus hasardeux, serrés ou difficiles soient emportés dans la 1ere circonscription de Vendée, par Jean-Luc Préel (triangulaire prévisible), dans les 2e et 3e circonscriptions du Calvados (Rodolphe Thomas et Claude Leteurtre), dans la 7e circonscription du Nord (Francis Vercamer), enfin dans la 2e circonscription de Haute-Savoie (Bernard Bosson).

L'essentiel tient à ceci : les électeurs ont donné les moyens à un centre utile mais libre d'exister. Je suis convaincu que, demain, nos amis du MoDem sauront tirer le bilan des embardées à gauche de François Bayrou, et reformer avec nous la grande famille de l'UDF.

vendredi, juin 8 2007

La flèche du Parthe est émoussée

L'après-présidentielle regorge d'ordinaire en ouvrages de journalistes, qu'une fin de semaine suffit à composer. Ils prétendent vous expliquer le pourquoi d'une défaite, ou d'une victoire.

Ajoutons que les plumitifs cèdent souvent, le verdict des Français connu, à un travers redouté des historiens : celui de la téléologie. M. X, chroniqueur politique, vous le dira demain, ou Mme Y. : si Mme Royal a perdu, c'est parce qu'elle ne sut pas pas cogner son "mug" de café rempli avec je ne sais quel comparse. Et d'identifier des "tournants" dans la campagne, quant il n'y en eut aucun (Sarkozy était donné vainqueur à 52-53% dès janvier). Tout juste put-on parler de surprise s'agissant de notre candidat, François Bayrou, parti braconner depuis sur les terres de la gauche (hélas!).

Parmi les brochés ou collés de circonstance, il en est un que nous attendions avec impatience, avouons-le. Il y a quelques semaines de cela, un hebdomadaire nous avait promis un brûlot sur l'histoire récente du centre. J'ai nommé : "Le centre des trahisons", sous-titré "L'UDF de Giscard à Bayrou". L'identité des auteurs eût pu nous alerter : Michel Bassi et Georges de La Loyère appartiennent à la catégorie des giscardiens historiques, des giscardiens résiduels.

J'ai beaucoup d'estime pour le président Giscard d'Estaing, mais ce n'est pas lui faire injure que de noter ceci : passé un certain âge en politique, vos "proches" perdent en quantité et souvent en qualité. Disons que MM. Bassi et de La Loyère sont de ceux qui, lors même que leur "chef" leur eût demandé de se défenestrer, n'eussent pas hésité à obéir.

Ce n'est rien de dire que le livre est bâclé : on citera la confusion croquignolesque entre Claude Lelouch et Pierre Lellouche, page 185, ou le "s" de "trahisons" absent de la tranche.

Sur le fond, l'ouvrage relève des eaux basses du témoignage politique. Pas de révélation, peu d'anecdotes, pas de portraits brillants et cruels, une thèse trop visible, répétitive : "Giscard était le meilleur, le plus intelligent, le plus "homme d'Etat" de nos responsables politiques, et son retour à l'Elysée n'a été empêché, en 1995 comme en 1988, que par les trahisons de ceux qu'il avait faits".

Je ne sais si M. Giscard d'Estaing avait souhaité, à travers ce livre, être vengé d'un François Bayrou ignoré par ailleurs. Je n'ai rien appris sur mon ancien candidat que je ne susse déjà, et rien qui mérite un excès d'indignité. Bassi et La Loyère reproche au Béarnais sa duplicité : Giscard fut-il parfaitement loyal avec de Gaulle, ou avec Chaban?

Quand on veut monter au mât, il faut avoir les fesses propres.

Autre travers : le rôle d'un des auteurs -La Loyère- y est sans cesse mis en avant, à tel enseigne qu'on se demande pourquoi cet individu, si dévoué et brillant en apparence, est demeuré un soutier de la gloire.

Il ne fait pas de doute que Giscard cherche à construire ces derniers temps un petit édifice de publications anti-Bayrou : verra-t-on demain Marie-Hélène Descamps publier des Mémoires, ou les héritiers d'Ornano faire imprimer le journal inédit de feu le député du Calvados?

Avec toute l'audace de ma jeunesse, et le respect que nous lui devons, je donnerais, si je le rencontrais, un conseil à VGE.

"Si vous voulez blesser un homme grisé par son propre mirage, affûtez au moins vos projectiles. Et ne laissez pas décocher en votre nom, à l'instant d'une fausse retraite, des flèches qui ne vous valent pas".

mardi, juin 5 2007

Conférence sur l'avenir du MoDem, mardi 5 juin 2007

Mardi 5 juin 2007 à 19h15, la très efficace équipe de l'UDF-Mouvement Démocrate Sciences-Po organise une soirée-débat avec Jean Peyrelevade, Ancien PDG du Crédit Lyonnais, ancien membre du cabinet de Pierre Mauroy à Matignon, et Co-auteur du programme économique de François Bayrou.

Jean Peyrelevade interviendra autour de la thématique suivante :

"Au lendemain du 6 mai, quel avenir pour le Centre ?"

Les responsables de l'UDF-Modem à Sciences-Po Paris m'ont invité à tenir le rôle de discutant lors de ce débat. Je m'exprimerai en tant que (jeune) chercheur en histoire, et non en qualité de membre de l'UDF.

Je tiens d'ailleurs à saluer ici l'ouverture de l'UDF-Modem Sciences-Po : les étudiants qui en sont responsables, quoiqu'opposés aux positions que j'ai pu prendre sur ce blog, m'ont fait crédit de mon indépendance d'esprit.



N'hésitez pas à venir nombreux!

Sciences-Po, amphithéâtre Albert Sorel 27 rue Saint Guillaume, Paris 7e. Métro Rue du Bac, Sèvres-Babylone, Saint-Germain-des-Prés Entrée libre

dimanche, juin 3 2007

Pour Eric Woerth

La crainte d'alimenter une forme de haine du politique retient souvent l'analyste, lorsqu'il s'agit de pointer les écarts entre promesses de campagne et réalisations effectives.

Ce hiatus-là tient d'abord à ce que les projets présidentiels et législatifs raisonnent plus volontiers sur le structurel que sur le conjoncturel ; il faudrait, pour changer la donne, que les candidats élaborassent des scénarii de court terme ; ils pourraient ensuite dévoiler aux électeurs les lignes de conduite qu'ils choisiraient d'adopter dans telle ou telle situation.

La principale explication du fossé entre intentions et réalisations, c'est évidemment la démagogie. Je ne me prononcerai pas sur les intentions de Nicolas Sarkozy quand il évoqua, en campagne, la déductibilité des intérêts de l'emprunt sur l'assiette de l'impôt.

Chacun se fera une idée à cet égard. On sait pourtant les défauts de cette mesure, cadeau insensé aux acquéreurs de résidences secondaires, stimulant irresponsable à la croissance des prix de l'immobilier.

Au lendemain de la victoire de Sarkozy, le nouveau ministre des Comptes publics, Eric Woerth, précisa les contours du propos présidentiel. En en rabotant un peu les coins, c'est entendu. Mais j'avoue avoir soupiré de soulagement en apprenant que seuls les intérêts concernant les emprunts à contracter pour l'achat d'une résidence principale seraient visés, à hauteur de 20%. Le grand argentier tenait son rang, qui rappelait chacun à l'orthodoxie financière, à la raison têtue du chiffre.

On se disait que la droite avait peut-être trouvé un Poincaré au petit pied, un Reynaud d'arrière-boutique, un Pinay de seconde main, un Giscard de second rang. Las! La règle du maître d'école Sarkozy corrigea les os digitaux du pauvre Woerth, ci-devant maire de Chantilly.

Au Havre, Nicolas Sarkozy a parlé d'une loi qui s'appliquerait à l'ensemble des emprunts en cours. Pour mieux menacerà l'Elysée, jeudi 30 juin, l'élu de l'Oise : "un de mes ministres a succombé aux sirènes du politiquement correct, je ne laisserai pas dénaturer mon projet".

Il ne s'agit pas de "politiquement correct", mais de l'opportunité d'une annonce "rigoureuse" en campagne électorale, bien sûr.

Outre le soutien que j'apporte à M. Woerth sur le fond, je m'avoue troublé sur la forme.

Est-il bien sain que le ministre des Comptes publics tienne un rôle de fusible, quand il est aussi un ministre de l'Avenir, au même titre que ceux de l'Ecologie ou de l'Education nationale? Est-il souhaitable que le président de la République couvre la voix de la maîtrise des dépenses publiques?

Que M. Woerth, en son bureau surplombant la Seine, se sache assuré de notre estime.

Il appartiendra demain aux députés du "Nouveau centre" de s'ériger en vigies constructives mais libres d'une possible dérive des comptes publics dans les cinq années qui viennent.

jeudi, mai 31 2007

Confusion d'après-bataille, ou de la pluralité des centres

Renouer avec l'analyse politique est pénible, en ces heures de digestion post-présidentielle. On voudrait avoir cheminé le long de sentes littéraires ou artistiques, avant de pouvoir évoquer sans lassitude la mêlée électorale.

Las! Les servitudes du calendrier m'imposent, comme à chaque électeur, de retourner aux urnes les 10 et 17 juin prochains : certains seront dispensés de 2e tour, mais il est hautement improbable que ce soit mon cas. En passant, rien ne dit mieux la soumission de notre Parlement, et sa faiblesse, que l'enchaînement de la petite foulée législative sur le marathon présidentiel. A posteriori, chacun s'interrogera en son for intérieur sur l'opportunité passée de l'inversion du calendrier électoral, décidée en 2002 par Lionel Jospin, avec l'accord plein et entier de François Bayrou.

Or donc, il faudrait peser à nouveau, se passionner encore, et vibrer derechef. L'heure n'est plus pourtant où les citoyens pouvaient s'abstraire dans un combat collectif au long cours, et les conversations de bistrots tournent à nouveau, depuis le 6 mai 2007, autour des vacances en Bretagne, de la collègue qui va accoucher ou de la dernière série télévisée de TF1.

C'est dans cette apathie apparente que point un nouveau parti centriste, installé librement dans la majorité présidentielle. Lancé le 29 mai dernier à l'Assemblée nationale, il rassemblera l'essentiel des députés UDF sortants, parmi lesquels Hervé Morin, devenu ministre de la Défense, François Sauvadet, Maurice Leroy, Rudy Salles, Francis Hillmeyer ou Charles de Courson. Quelques sénateurs devraient également le rejoindre, comme l'ancien ministre des Finances Jean Arthuis.

Les ex-UDF passés au Mouvement démocrate raillent ce "Nouveau centre", assimilé à un parti-croupion de l'UMP, en tous cas à un parti soumis. Comme si alliance valait suzeraineté!

Plus récemment, l'examen de la liste des candidats "PSLE" (Parti social-libéral européen), qui se réclament d'un centre libre dans la majorité présidentielle, a autorisé un certains nombres de "Modemistes" à en rajouter dans le mépris et l'amertume. Ces candidats ne seraient que des marionnettes, des prête-noms pitoyables, et Hervé Morin un séide de Sarkozy, le "Nouveau centre" ayant pour contrat d'assécher les terres bayrouistes.

Je reconnais que l'urgence n'a pas toujours permis aux hommes du "Nouveau centre" de peser au trébuchet l'intérêt de telle ou telle candidature. Nécessité fait loi, et le devoir incombait aux parlementaires UDF de montrer qu'un centre-droit ouvert et libre pouvait exister, loin des imprécations d'un centro-centrisme stérile.

La liste des candidats du Modem est-elle beaucoup plus convaincante, quand ce parti a eu le temps nécessaire, lui, pour préparer son implantation? Le cas de Paris nous fournit une première réponse.

Les candidats du Modem dans la capitale ont été annoncés au dernier moment. La liste concoctée par Marielle de Sarnez se veut représentative de la diversité et du renouvellement attendus par les Parisiens. Une savante mixture assurément : un fond d'héritiers et de chevaux de retour (4 particules pour 21 candidats ; trois anciens Adjoints au Maire de Paris), un touche de gauche grâce aux éternels aigris du PS et des Verts (3 candidats issus des Verts, mais très marginalisés dans cette formation politique ; une ex-socialiste du Val-de-Marne), pour qui le Modem fait office de voiture-balai ; enfin, une salutaire pincée de diversité visible, essentiellement dans les circonscriptions "râpeuses".

Grands absents : les présidents de section (hormis Elisabeth de Fresquet) et militants de terrain qui, depuis des mois, mouillent leur chemise pour un centre libre mais responsable, incarné à la présidentielle par François Bayrou. Moralité : peu de promotion interne, et des premiers rôles réservés aux copains de toujours ou aux ouvriers de la onzième heure. Est-cela, la rénovation de la vie politique?

Inutile d'insister en évoquant l'investiture de Djamel Bouras (Seine Saint-Denis), qui manifesta jadis aux côtés de l'UOIF ; celle de l'imposteur Claude Ribbe (Val d'Oise), auteur d'un livre scandaleux historiquement, dont le seul propos était de convaincre Bonaparte de crime contre l'humanité et de génocide ; celle d'une ancienne "Bovétiste" à Lyon. J'en passe, et de plus croquignolets encore.

Un certain nombre de mes camarades d'hier sont passés d'une légitime hostilité à l'encontre du bipartisme à un rejet de la bipolarisation, entre 2002 et 2007. Ce m'est d'ailleurs un déchirement que de perdre des amitiés et des fraternités militantes pour avoir souhaité être utile sans tarder.

Je reconnais que beaucoup des ex-UDF ralliés au Modem le font sur une base de conviction, ou plutôt sur celle d'un joli rêve unanimiste, parfois égotiste.

En revanche, les "ralliements" mis en scène face à la presse (Corinne Lepage, Jean-Luc Benhamias, Azouz Begag) relèvent de la plus pure tradition de l'opportunisme politique. Un parti où chacun amène ce qu'il a, sans devoir adhérer à autre chose qu'au "ni-ni" : telle est la voie sur laquelle s'engage le MoDem, qu'on pourrait surnommer "Aubesp" (Auberge espagnole), avec un peu de mauvais esprit.

Pas de danger que les clients de cette auberge-là se plaignent du menu, puisqu'il sont venus avec leurs propres mets, qu'ils ne changeront pour aucun autre. La tentation de l'aubergiste, afin de ne pas laisser entendre du dehors une cacophonie trop fâcheuse pour la réputation de son établissement, sera d'y imposer une discipline de fer, un maintien militaire ou des moeurs spartiates.

Croit-on que les nouveaux adhérents du Modem, cyniques ou pas, se laisseront brider par le centralisme démocratique de feue l'UDF? On peut en douter. Et rien ne garantit en 2012, le succès d'une équation posée en 2007 par François Bayrou : il faudrait pour cela que la France s'enfonçât dans la crise, ce que nous ne pouvons souhaiter.

Enfin, je voudrais faire un sort à une comparaison développée par beaucoup de "Modémistes". Oui certes, la comparaison entre le Bayrou de 2007 et le de Gaulle trahi par une partie de ses parlementaires, en 1952, est pour partie pertinente. Pour partie seulement :

-en 1952, de Gaulle plaidait pour un changement de régime, Bayrou seulement pour un changement de coalition ;

-le prophétisme de De Gaulle ne s'est trouvé vérifié qu'à la faveur d'une guerre : on peut souhaiter que la France soit en paix en 2012 ;

-en 1952, de Gaulle demeurait très entouré, et par des hommes de grande valeur (Malraux, Debré, Pompidou) ; François Bayrou est un homme seul, ou du moins est-ce ainsi que les Français le perçoivent ;

Et puis, rappelons-le comme une évidence : Bayrou, malgré toutes les qualités que nous lui trouvions jusqu'au 22 avril 2007, n'est pas de Gaulle... Son 18 juin à lui, c'est un discours appelant à voter une motion de censure!

Fin de la comparaison...

vendredi, mai 25 2007

Adresse aux connaisseurs de la carte électorale (et aux autres)

La géographie électorale, discipline à la mode dans les années 50 sous la plume de François Goguel, a perdu beaucoup de son lustre à mesure que les analystes dissertaient sur la versatilité des électeurs.

On va nous répétant que le clivage droite/gauche serait obsolète -il n'est qu'heureusement brouillé-. Et les esprits forts de se désintéresser du vote Aschieri à Saint-Loup sur Semouse, de l'audience de Frédéric Nihous à Craponne sur Arzon. Avouons que l'électeur consumériste en l'espèce a bon dos, et flatte la condescendance presqu'antédiluvienne de Paris vis-à-vis du reste du pays.

Qui conserve avec soin les suppléments du Monde au lendemain des élections, et s'en imprègne, passe donc à bon compte pour une foudre de guerre politique.

J'ai souvent bénéficié de ce prestige-là, dans des soirées où les convives éclairés aiment à se décerner les prix d'une bravoure inutile. Au royaume des aveugles... Ainsi donc, je sais qu'il existe un canton de Montastruc-la-Conseillère et que le président Bourgès-Maunoury en fut naguère l'élu ; je ne confonds pas Vesoul, Vierzon, Vézelise et Vézelay.

Les compliments immérités ont ceci d'ennuyeux qu'ils vous touchent plus que les autres. Les meilleurs d'entre nous éprouvent cependant de l'angoisse à les recevoir, et s'efforcent après coup, avec force lectures, de s'en montrer digne.

A ceux-là, je voudrais conseiller un ouvrage récent, assez cher (39 euros), mais utile. De ces dictionnaires qu'on achète machinalement et dont l'absence plonge, quelques jours plus tard à peine, dans un désarroi abyssal. En l'espèce : "577 députés à élire. Dictionnaire des circonscriptions", des sieurs Patrick Lafarge et Brice Soccol ; le livre est édité par SG Presse et bénéficie d'une préface de l'écharpé Christophe Barbier.

La lecture de cet ouvrage complète utilement celle de la "Géopolitique de la France" dirigée par Yves Lacoste. Peu d'erreurs, et les coquilles sont rares.

Comme dans tout dictionnaire, un des plaisirs du lecteur consiste à identifier des lacunes.

On regrettera par exemple, s'agissant de la 2e circonscription des Vosges (p. 645-646), que les auteurs ne mentionnent pas "l'épisode Aquilino Morelle" s'agissant des législatives de 2002 -les initiés saisiront-.

Ou encore que le nom de la candidate des Verts dans 3e circonscription du Bas-Rhin soit tu, alors qu'il s'agit de Mme Andrée Buchmann, une des fondatrices des Verts. MM. Lafarge et Soccol indiquent pourtant que la candidate du PS y devra batailler face aux écologistes.

Pour le reste, à vos librairies, et bonne lecture!

dimanche, mai 20 2007

L'action comme devoir

Le gouvernement Fillon est désormais connu ; chacun des quotidiens nationaux a consacré des pages futiles à la présentation des ministres, précisant formation et loisirs.

Chez mes amis et anciens camarades du MoDem - nom épouvantable!-, deux sentiments dominent depuis lors : la satisfaction d'avoir pesé sur le fonctionnement de la vie politique française en rendant nécessaire une ouverture du gouvernement jusqu'à la gauche, pour les plus modérés ; la haine d'un Sarkozy qu'ils dépeignent affamé par les voix de Bayrou, haine souvent ponctuée de serments grandiloquents sur le mode "nous ne baisserons pas la tête, nous ne cèderons pas, nous entrons en résistance", pour d'autres.

A l'égard d'Hervé Morin, beaucoup éprouvent de la déception, et lui reprochent son manque de foi dans le prétendu "idéal" centriste.

Dans cette perspective, la position prise par les Jeunes UDF quant au gouvernement me paraît de bon sens, même si je n'en assume pas l'aspect "langue de bois", ni le "centro-centrisme" étroit.. En bref : voeux formés pour le succès du gouvernement, promesse de veille républicaine sur les décisions, nécessité du maintien de l'UDF sur une ligne de crête étroite entre droite et centre.

L'attitude que j'adopterai à l'égard du gouvernement Fillon sera guidée par deux principes simples :

1°Chacun a le devoir, au centre et ailleurs, de souhaiter que le gouvernement Fillon et le président Sarkozy réussissent dans leur combat contre le chômage de masse et le déclinisme à la française ; cet espoir ne vaut pas forcément appui enthousiaste et aveugle ; quant aux députés UDF qui se réclament de la majorité présidentielle, ils soutiendront l'action du gouvernement dans l'ensemble, en n'abandonnant pas leur liberté de parole, quitte à tirer sur la sonnette d'alarme si nécessaire.

2°L'entrée d'Hervé Morin et demain d'autres centristes (Maurice Leroy, François Sauvadet, André Santini) dans le gouvernement Fillon ne procède pas d'une quelconque félonie ou d'un médiocre appétit de maroquins, mais bien d'une volonté profonde de servir la France. Nul ne peut contester que la majorité obtenue par le chef de l'Etat lui donne autorité pour engager l'oeuvre de réforme que réclame la société française. Hervé Morin veut y participer, d'abord parce que l'aventure est exaltante, ensuite pour pouvoir mieux infléchir que depuis un Aventin stérile certaines des dispositions les plus contestables du projet de Nicolas Sarkozy.

Dans l'ensemble, nous l'avons dit, les orientations économiques du candidat Sarkozy étaient proches de celles de notre candidat, François Bayrou. Sur le plan purement politique, la large ouverture pratiquée par Sarkozy (4 ministres issus de la gauche sur 18) reprend un thème cher à François Bayrou, même s'il s'agit plus d'une nécessité institutionnelle que d'une volonté avérée de "pomper" l'électorat du centre.

Hervé Morin succède à Michèle Alliot-Marie, avec le souci d'être utile, à sa place, sans abdiquer complètement sa liberté d'appréciation.

J'entends souvent ici et là parler d'un centre-droit vassalisé par l'UMP. C'est une fable, puisque les meilleurs résultats du centre furent obtenus en 1981 et 1974, lorsque le centre-droit, grâce à une personnalité d'exception, l'avait emporté au 1er tour sur les gaullistes. Ce paysage politique n'est plus, mais je fais confiance à Hervé Morin et même au Président Sarkozy pour assurer que la majorité restera "ouverte" et "libre".

A nous, centristes nous situant avec détermination mais vigilance dans la majorité présidentielle, d'endosser ce beau rôle de vigie sur des sujets comme les libertés publiques (plus de moyens pour la justice, réforme des modalités de la garde à vue et de la mise en détention provisoire), l'environnement (ouverture d'un large débat public sur l'EPR, augmentation des crédits d'impôts pour les particuliers s'équipant pour produire des énergies renouvelables) et l'Europe (relance de l'idée d'une réforme institutionnelle par la mise au point d'un texte court et lisible ; renforcement de l'axe franco-allemand).

Bien sûr, il nous faudra faire des concessions, avaler quelques couleuvres à l'issue de négociations serrées. Mais n'est-ce pas là la servitude glorieuse de ceux qui exercent des responsabilités?

La France va trop mal pour qu'on puisse se permettre d'attendre encore 5 ou 10 ans pour la réformer : ce mandat-là, c'est aussi nous, électeurs de second tour de Nicolas Sarkozy, qui le lui avons donné.

Aidons-le à le respecter.

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