Les résultats du 1er tour des élections législatives sont désormais connus, qui confirment malheureusement nos prévisions les plus pessimistes pour le MoDem.
Cette jeune formation politique a réuni 7,61% des suffrages exprimés, soit le niveau d'étiage de la famille centriste en France, un résultat comparable au score de Bayrou en 2002. Retour à la case départ, pourrait-on dire. Pas tout à fait : il faudrait parler plutôt d'une situation inédite.
Nous avions écrit ici que l'électorat de François Bayrou le 22 avril 2007, dont nous étions, se composait pour une part de votants de rencontre : il ne pouvait être que malaisément retenu par la marque MoDem. Ceci s'est vérifié jusqu'à la caricature.
A Paris, où François Bayrou avait réalisé 20% des voix des voix dans la quasi-totalité des arrondissements, aucun candidat du MoDem n'est en situation de se maintenir au second tour. D'après nos calculs, même Marielle de Sarnez, qui réalise le meilleur résultat parisien dans la 11e circonscription (ouest du 14e arrondissement) avec 18,37% des exprimés, ne passerait pas la barre des 12,5% des inscrits (11,9% exactement), laissant à Mme Guedj et à M. Cochet le soin d'en découdre.
S'agissant des derniers Mohicans du MoDem, la tableau est déjà très sombre. Si on met de côté Jean-Christophe Lagarde, présent lors de la rencontre de François Fillon avec les députés de la majorité à l'Hôtel Matignon, François Bayrou apparaît comme le seul sortant certain, à moins d'une monstrueuse surprise, d'être réélu.
Qu'on en juge :
-Jean Lassalle, dans la 4e circonscription des Pyrénées atlantiques, a été devancé par le candidat UMP ; mais ses chances de réélection sont importantes, de l'ordre du 55/45 ;
-Anne-Marie Comparini, élue sortante de la 1ere circonscription du Rhône, est déjà éliminée ; elle n'a obtenu que 17,37% des exprimés, et nettement moins de 12,5% des inscrits ; l'UMP devrait emporter aisément ce siège ;
-Gilles Artigues, député sortant, est arrivé en 3e position dans sa circonscription (1ere de la Loire), ne rassemblant que 20,8% des exprimés ; il ne peut, lui non plus, se maintenir au 2e tour, la participation ayant été particulièrement faible dans l'agglomération stéphanoise.
Hormis -et de manière hypothétique- Jean-Marie Cavada, qui affronte Henri Plagnol dans le Val de Marne (ballotage très défavorable pour le député européen), le MoDem ne peut espérer gagner aucun siège le 17 juin. La conclusion tombera alors, lapidaire : le MoDem devrait ne compter que deux députés (élus du même département, les Pyrénées atlantiques), voire un seul (ce n'est pas exclu) au soir du second tour ; j'ai nommé François Bayrou.
Sur le plan parlementaire, en somme, soit un parti régional, soit le parti d'un seul homme. On a vu plus grande réussite.
A titre personnel, et ayant naturellement conservé au MoDem de solides amitiés, je tiens à saluer les résultats obtenus par quelques proches, ou simples connaissances.
Que Mario Stasi (1ere circonscription de Paris) ou Julianne Bir (3e circonscription de Moselle) soient félicités pour leurs excellents résultats.
Que Pascal Thomas, qui réalise le 2e meilleur résultat vosgien du MoDem (7,58%), dans la circonscription la plus rétive à François Bayrou le 22 avril 2007, soit rassuré quant à son avenir déodatien : il se paie le luxe de faire mieux que la moyenne nationale du centre dans un territoire en crise (délocalisations multiples) et peu favorable a priori au message du MoDem. Chapeau, l'artiste!
Enfin, je tiens à dire à Aziz Senni, sans doute très déçu par son résultat à Mantes-la-Jolie, qu'il a posé au cours de cette campagne des jalons pour l'avenir et que la politique est affaire de volonté et de persévérance. Je sais qu'Aziz en fera preuve.
Plusieurs députés du Nouveau centre ont été réélus ou élus hier. Mes plus vives félicitations vont à :
-Hervé Morin, dans la 3e circonscription de l'Eure ;
-Rudy Salles, dans la 3e circonscription des Alpes maritimes ;
-Charles de Courson, dans la 5e circonscription de la Marne ;
-Francis Hillmeyer, dans 6e circonscription du Haut-Rhin ;
-François Sauvadet, dans la 4e circonscription de la Côte d'Or ;
-Philippe Vigier, élu pour la première fois dans la 4e circonscription d'Eure-et-Loir, avec 57,1% des suffrages exprimés.
Ajoutons à cette liste Pierre-Christophe Baguet, ancien membre du groupe UDF à l'Assemblée nationale, réélu dans la 9e circonscription des Hauts de Seine, et Christian Blanc, apparenté UDF, réélu dans la 3e des Yvelines.
Dépassent les 40% des exprimés :
-Nicolas Perruchot, dans la 1ere circonscription du Loir-et-Cher ;
-François Rochebloine dans la 3e circonscription de la Loire ;
-André Santini dans la 10e des Hauts de Seine ;
-Jean Dionis du Séjour dans la 1ere du Lot-et-Garonne ;
-Jean-Christophe Lagarde dans la 5e de Seine Saint-Denis ;
-Jean-Pierre Abelin dans la 4e de la Vienne ;
-Yvan Lachaud dans la 1ere circonsciption du Gard ;
-Stéphane Demilly dans la 5e circonscription de la Somme ;
-Olivier Jardé dans la 2e circonscription de la Somme ;
-Michel Hunault dans la 6e circonscription de Loire-Atlantique.
Maurice Leroy -affaibli par un divers droite au 1er tour dans la 4e circonscription du Loir-et-Cher- et Philippe Folliot, dans la 3e circonscription du Tarn sont eux aussi, presque certains d'être réélus.
Le compte n'y est pas pour l'instant, puisque les noms cités ne représentent que 19 élus, soit un de moins qu'il n'est nécessaire pour former un groupe parlementaire. Il convient dès lors que des combats plus hasardeux, serrés ou difficiles soient emportés dans la 1ere circonscription de Vendée, par Jean-Luc Préel (triangulaire prévisible), dans les 2e et 3e circonscriptions du Calvados (Rodolphe Thomas et Claude Leteurtre), dans la 7e circonscription du Nord (Francis Vercamer), enfin dans la 2e circonscription de Haute-Savoie (Bernard Bosson).
L'essentiel tient à ceci : les électeurs ont donné les moyens à un centre utile mais libre d'exister. Je suis convaincu que, demain, nos amis du MoDem sauront tirer le bilan des embardées à gauche de François Bayrou, et reformer avec nous la grande famille de l'UDF.