Blog de David Valence

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mercredi, septembre 9 2009

La maladie de langueur du cinéma français

La comédie familiale est peut-être à la France d'aujourd'hui ce que le western était aux Etats-Unis des années 1950 : un miroir où lire la crise autant que la quête -toujours vaine- des origines. La comparaison s'arrête là. Le fleuve que remontent nombre de westerns ("The Big sky", d'Hawks par exemple) n'a rien de commun avec la nostalgie de la matrice que diagnostiquent des cinéastes comme Arnaud Desplechin ("Conte de Noël") ou Olivier Assayas ("L'heure d'hiver"). Le malade ne serait autre que notre pays, qui rêverait d'entre-soi et non de refondation. Une France qui peinerait à se réinventer. Se chercherait des ancêtres plus qu'une postérité. Imaginez l'amertume qui prend cette nation au mors quand elle découvre que l'Âge d'or dissimulait une vallée de larmes : apathie sous le talon allemand, pratique du colonialisme comme un humanisme exterminateur, fraternité jouée de qui relègue au ban des villes l'étranger qu'il accueille!

A première vue, "Non, ma fille, tu n'iras pas danser" représente la contribution de Christophe Honoré à ce genre-là -la comédie familiale-. Le spectateur comprend pourtant vite que le thermomètre qu'on lui tend indique la température du cinéma hexagonal plus qu'il ne lui donne à voir la vie. Et l' oeuvre que des affiches publicitaires présentent comme un invite à la liberté d'éclairer un à un, malgré elle, les barreaux de cette cage d'or où ronronne une certaine industrie du film français.

La pauvreté des dialogues est une première et triste constante ; à se demander si ceux qui les écrivent n'ont pas peur de leur propre idiome... Sans choisir entre le réalisme d'un Pialat et la langue somptueuse jusqu'à l'invraisemblance des oeuvres de Rohmer, trop de scénarios juxtaposent des registres de langages "situés", en négligeant de les nouer par le miracle d'une intrigue. Dans le film de Christophe Honoré, les mots de l'héroïne, de sa soeur, de son frère, de ses parents sont ainsi figés. Morts. Toujours identiques, toujours différents les uns des autres. Le beau-frère à l'accent allemand déclame comme s'il jouait au théâtre. Marina Foïs n'utilise qu'une note de son vocabulaire dramatique -l'acidité douloureuse-. Le frère est aussi spirituel qu'un gandin du XIXème siècle, le cheveu hirsute et la chemise à carreaux en plus. Chacun semble pétrifié dans une langue hiératique, condamné pour l'éternité à ne prendre qu'une pose.

On ne reprochera pas pourtant à Christophe Honoré d'avoir usé des mêmes couleurs de langages pour chacun de ses personnages. Le ton des acteurs va au contraire de l'ânonnement de Chiara Mastroianni aux pointes de Marie-Christine Barrault. C'est oublier qu'une famille se reconnaît d'abord à une certaine identité de langue. Et qu'il ne suffit pas de truffer des répliques trop écrites de mots odoriférants pour faire vrai.

Seconde maladie : l'absence de direction d'acteurs. On se réjouissait, avant le début du film, de voir enfin magnifiée la veulerie discrètement perverse que dégage pour nous Chiara Mastroianni. Las! Son personnage de femme perdue, de rebelle sans cause, ne l'autorise jamais à user de subtilité ou d'ambiguïté. Lorsque le générique de fin paraît, l'image d'une grosse pâte molle, intelligente mais peu passionnante, ne s'est pas décollée des yeux. C'est dans ce registre-là, celui d'un Louis XVI au féminin, qu'évolue la fille de Catherine Deneuve depuis toujours. Elle reste encore une "belle actrice malade", au sens où les cinéastes de la Nouvelle vague parlaient de "beaux films malades".

Marina Foïs se débat dans un rôle de petite fille gâtée mais responsable. Marie-Christine Barrault manque de s'en tirer avec un accessit grâce à une scène située dans l'herbe romaine, mais guère plus. Jusqu'au charisme d'un Louis Garrel, son évidence dans l'oeil de la caméra, qui n'est mise au service d'aucune intention cinématographique.

"Non, ma fille, tu n'iras pas danser" n'évite pas d'autres écueils, qu'il s'agisse de la superposition de plans pauvres et de plans trop riches, d'une inadéquation des solutions visuelles à l'effet recherché -aucun plan ne dure trop peu ou trop, mais aucun ne "correspond" vraiment à ce qu'il montre- et d'une bande-son qui se contente de surligner, jusqu'à l'overdose.

Le film de Christophe Honoré, comme son héroïne, n'émerge jamais d'un entre-deux qui n'a pas même le charme des intermèdes, du gris, du voyage. Cet entre-deux-là est un entre-soi, ou le portrait d'un certain cinéma français -subventionné, étiqueté "art et essai"- qui se meurt de langueur.

lundi, août 24 2009

En mémoire d'Adrien

Il est des mots que l'hypermédiatisation de la vie publique a comme frappé de désuétude. La vertu figure à ce nombre. Qui oserait écrire aujourd'hui d'un dirigeant politique qu'il offre un modèle de vertu, sinon sur le mode ironique?

Il s'agit donc de s'entendre sur l'acception du terme avant d'en proposer un usage contemporain. Trop souvent, le vertueux se confond avec le cagot ou appelle le tartuffe dans nos représentations. Une définition exigeante de la vertu publique pourrait au contraire être la suivante : la volonté de mener une existence en accord avec ses conceptions philosophiques et religieuses. Serait vertueux celui qui mène une "vie philosophique" au sens où Socrate l'entendait.

Qui veut évoquer l'existence d'Adrien Zeller se trouve condamné à un vocabulaire d'un autre temps. La vertu et la probité se bousculeront dans son texte, auxquelles l'humanisme ajoutera un peu de chair. Vertueux, probe, humaniste, Adrien Zeller le fut en effet comme peu d'hommes publiques de sa génération.

Issu d'une famille de modestes élus locaux, il offre un exemple supplémentaire de ces élus des confins, nourris à l'altérité culturelle, qui savent le poids du hasard dans nos identités. En d'autres temps, Adrien Zeller aurait pu naître en Allemagne ou au Luxembourg, comme Robert Schuman. L'engagement européen de ces personnalités ne valait pas négation des caractères : l'expérience quotidienne de la différence culturelle les avait plutôt conduits à penser la construction de l'Europe comme un dialogue institutionnalisé.

Adrien Zeller servit d'abord la France et l'Europe en qualité de fonctionnaire international, spécialiste des questions agricoles.

Il les servit ensuite comme parlementaire -à partir de 1973-.

Il les servit enfin comme élu régional, patron d'une région que l'enchevêtrement très ancien de la latinité et du germanique ne suffisent pas à décrire. Adrien Zeller fut avant tout un Rhénan, un homme dont le dialogue gouvernait l'identité. Un Lotharingien ajouterait-on en guise de coquetterie lexicale.

Son engagement en faveur de l'Europe, de la décentralisation, son goût de construire des consensus dépassant les lignes Maginot de la politique partisane, il les nourrissait aussi d'une foi à la fois secrète et profonde. Sa vie donnait sens au vieux nom de démocratie chrétienne : passion pour la confrontation des idées quand elle ne prend pas le visage hideux de l'affrontement gratuit, attachement à la démocratie et en particulier au parlementarisme, souci de faire émerger des contre-pouvoirs au niveaux local ou national pour empêcher que l'autorité centrale se retrouve seule à agir sur le réel.

Privilégier l'action au "bruit", avoir le sens du temps, ce qui évite procrastination comme précipitation, et tenir bon sur ses convictions les plus profondes : tels étaient les môles autour desquels se structura l'engagement d'Adrien Zeller. Sa vertu ne lui valut pas la faveur des journalistes, mais emporta l'estime de ses concitoyens. N'est-ce pas là l'essentiel?

jeudi, août 20 2009

Avenir d'une fausse orpheline

Pour ressusciter ce blog, quoi de mieux que d'en ouvrir le propos par une révélation?

Alain-Gérard Slama, que d'aucuns se désespèrent d'entendre chaque matin sur France Culture, est un excellent enseignant. Rien dans cette affirmation tranquille ne surprendra ceux qui ont suivi ses cours d'histoire des idées politiques à Sciences-Po. Ses détracteurs, qui se recrutent plutôt à sénestre, apprendront en revanche avec profit que le laudateur obsessionnel du républicanisme à la française est capable de développements passionnés sur Jean Jaurès ou le travaillisme britannique. Et que sa finesse dans l'analyse se complète de talents oratoires dont la gamme s'étend du comique d'imitation au tragique de la péroraison. Comme beaucoup de grands pédagogues, Alain-Gérard Slama livre aussi à son public d'étudiants des remarques orphelines : de celles qu'on formule à mi-voix et comme à regret, en sachant impossible de les développer faute de temps ; en espérant aussi qu'elles porteront du fruit plus tard dans l'esprit des auditeurs.

Un des chuchotis lointains d'Alain-Gérard Slama tourne en ce mois d'août dans la caboche de votre serviteur, jusqu'à l'obsession. "Dans le fond, murmurait Slama, la famille des libéraux a toujours été orpheline, en France, d'un parti ou d'une personnalité qui puisse l'incarner face au prurit bonapartiste qui saisit le pays dès qu'il va mal". Les libéraux, orphelins... Si on s'entend sur une définition du libéralisme qui ne distingue pas l'économie du politique, la famille radicale peut pourtant être considérée dans le XXème siècle français comme la version la plus probante d'une vision du monde trop souvent renvoyée à ses origines britanniques. Le libéralisme comme méfiance de principe à l'égard de l'Etat dans ses rapports avec la société se retrouve aussi chez les Girondins!

Las! Toute mesure taxée de libéralisme se trouve disqualifiée a priori en France : elle ne serait pas conforme aux traditions hexagonales, aux valeurs qui ont fait la République, ...

Ce discours nous est servi sans cesse en économie. Que d'âneries avons-nous entendues sur cette France tragiquement sur-administrée et droguée depuis la nuit des temps à l'interventionnisme! C'est oublier un peu vite, l'historien Pierre Rosanvallon ou l'économiste Thomas Piketty l'ont montré, que la IIIème République répugna longtemps à augmenter la pression fiscale comme à renforcer la présence de la puissance publique dans l'économie. La tradition républicaine ne s'est pas nourrie de l'expérience de la Terreur et de l'encadrement de l'économie, contrairement à ce que certains nostalgiques du Plan et de la politique industrielle -Chevènement- s'acharnent à nous faire croire. Sur le terrain économique, le radicalisme s'identifiait surtout à la défense de la propriété individuelle, qui devait pouvoir être conciliée avec un esprit de justice. Une justice comprise -avant John Rawls- comme le souci de donner à chacun les moyens d'exercer sa liberté. Ce libéralisme du petit prit avec le temps, chez les radicaux, le visage dérisoire du "parti des buralistes et des marchands de vins" qu'Albert Camus raillait sous la IVème République.

Il demeure que le libéralisme économique n'est pas exempt d'histoire ni de racines nationales en France.

Quant au libéralisme politique, qui s'incarne dans le parlementarisme et a le souci des contre-pouvoirs, c'est peu dire que les institutions actuelles de la France ne le mettent pas à la fête. La Constitution de 1958 offre pourtant la possibilité d'une lecture parlementaire, donc libérale -les cohabitations de 1986-1988, de 1993-1995 et de 1997-2002 en apportent la preuve-. On nous objectera que les Français restent -scie de journalistes- d' "indécrottables monarchistes". Il faut croire que de 1870 à 1940, puis de 1946 à 1958, la France a été gouvernée "contre son gré", puisqu'elle n'avait pas à l'époque de président fort!

Notre hypothèse est plus simple : les Français se désintéressent des institutions. Ils font preuve en l'espèce de pragmatisme ; si la Vème République s'est trouvée adoptée par eux, c'est qu'à son avènement coïncida une phase de croissance économique exceptionnelle. On ne nous fera pas croire que la population "attendait" un hyperprésident avant Nicolas Sarkozy ou qu'elle en espèrera la venue après lui. L'important est donc de s'accorder sur ceci : le discours du libéralisme politique peut être entendu en France, pour peu qu'on prenne la peine de le tenir.

Il y a urgence. Flatter la propension des citoyens à tout attendre du politique, comme le fait Nicolas Sarkozy avec son goût du "langage miraculeux" (le Président te parle, Dieu te guérit), nous apparaît comme une attitude rémunératrice à court terme, mais dangereuse pour le pays. Elle nourrit un ressentiment d'autant plus grand que les plaies ne guérissent pas. Elle décourage l'initiative individuelle et bride la société dans sa capacité à imaginer l'avenir.

Il existe en France, une tradition et un besoin de libéralisme politiques. Se pose seul le problème d'une offre politique susceptible d'incarner cette tradition et de porter ce besoin.

D'aucuns ont pu -j'en fus- espérer de François Bayrou qu'il tienne ce discours-là. Egaré dans l'exaltation de ce qui ressemble à la "France éternelle" (les campagnes, les solidarités organiques, la haine de la division comme peut-être du débat), l'ancien candidat aux élections présidentielles de 2002 et 2007 incarne désormais les conservatismes les plus divers et un "ni-ni" qui fleure bon la France de papa.

Oui, me dira-t-on, mais il dénonce la concentration excessive des pouvoirs dans les mains de chef de l'Etat. Arrêtons-nous un instant : est-on certain que François Bayrou s'en prenne au pouvoir présidentiel tel qu'il a été pratiqué depuis 1958? Envisage-t-il une révision constitutionnelle qui, tout en maintenant l'élection du chef de l'Etat au suffrage universel, oriente le régime dans un sens plus libéral?

Non! Ce que dénonce à juste titre François Bayrou, c'est la proximité entre Sarkozy et les milieux d'affaires : mais il le fait au nom d'une sacralisation de la politique qui répugne à tout vrai libéral. En outre, le président du Modem pratique à ce point l'art de la personnalisation du pouvoir que les libéraux devraient le tenir pour un adversaire.

Que reste-t-il à ceux qui rêvent d'un nouveau libéralisme politique? La gauche? Peut-être... Ségolène Royal a affirmé récemment que le flambeau du libéralisme politique était porté par la gauche. Qui souhaite en effet casser la "verticalité" de la parole politique en imaginant une démocratie participative? Qui s'attache à défendre le Parlement? Qui s'alarme de la mise au pas de contre-pouvoirs comme la presse ou la justice?

Pour que la gauche française en vienne, comme aux Etats-Unis, à s'identifier au libéralisme, il suffirait qu'elle assume sa pratique gestionnaire et cesse de cultiver sa vieilles lunes autoritaro-étatistes. Ecrit ainsi, cela semble facile, mais il y faudra du temps, de la sueur et des larmes...

samedi, janvier 24 2009

Mai 1968 vu du Luxembourg

http://www.cairn.info/revue-parlements-2008-1-p-106.htm

vendredi, janvier 9 2009

A propos de Robert Schuman

http://www.nonfiction.fr/article-2027-le_saint_de_leurope.htm

mardi, novembre 11 2008

"Choisir", disent-elles

Le titre du dernier film de Claire Simon sonne comme une provocation. "Les bureaux de Dieu" : voilà un nom de baptême inattendu -et heureux- pour un documentaire-fiction consacré au Planning familial. Une interprétation s'en impose, qui insiste sur l'âge d'émancipation ouvert pour les femmes avec la maîtrise de leur fécondité. Dans cette perspective, la contraception revêt une dimension prométhéenne. Elle contrarie la loi de l'espèce et du hasard -ce que d'aucuns appellent "Dieu"-.

La réalisatrice a choisi de mêler actrices professionnelles et anonymes pour incarner des scènes observées dans plusieurs centres du Planning familial entre 2001 et 2007. Cela nous vaut quelques moments de grâce à la Maurice Pialat.

Une jeune femme dont les troubles psychiques se révèlent progressivement au spectateur confie son espoir à Nicole Garcia. Espoir d'amour auquel elle n'ose croire et que le refus de maternité consacre au lieu de le condamner. Prendre le temps de vivre ce qui s'offre de beau "pour soi" avant de décider, le cas échéant, de donner la vie : les quelques minutes de cette scène offrent un antidote humaniste à beaucoup de préjugés.

Autre merveille, la variation autour du canevas de la prostituée amoureuse. Celle d'aujourd'hui est bulgare, blonde, presque masculine. On sent chez elle l'habitude des choses du corps. Et la pudeur pour celles du coeur, dissimulée derrière une précision presque médicale ("j'ai fait l'amour le 18 août"). Quelle histoire merveilleuse que celle d'une femme qui tombe enceinte trois fois du même homme, après chaque étreinte partagée!

De précieux moments de répit entre deux plongées dans l'intime sont offerts au spectateur. Le médecin (Michel Boujenah, étonnant) change une ampoule, Nathalie Baye (merveilleuse de subtilité) s'étend sur le sol pour reprendre de l'énergie, les cigarettes s'allument et s'éteignent sur le balcon.

Un regret : le cadrage ne sert pas toujours le propos de Claire Denis. Trop large, il ne permet pas toujours de saisir les visages dans leur entier et ouvre des lignes de fuite dans un décor banal. Le grain de l'image aurait pu être travaillé dans un esprit plus cuivré, moins électrique. Ces menus défauts donnent (à tort) l'impression que le film compte dix ou quinze minutes inutiles.

En résumé, hâtez-vous de voir "les bureaux de Dieu", oeuvre d'art autant qu'acte militant.

jeudi, septembre 11 2008

La Grande Catherine

Que penser d’un auteur dont le dernier livre comble d’aise, dans le même mouvement, contempteurs et thuriféraires ?

D’aucuns verront dans « Jour de souffrance » un heureux reniement : les grincheux de la maison Figaro, qui n’en finissent plus de nous rejouer la musique aigre des Hussards au nom d’une liberté toute factice du récit ; les amoureux des pages qui charment sans décoiffer –on songe à certain animateur de télévision rangé des voitures, sauf pour les lecteurs du dimanche- ; les enfants honteux de mai 68, qui n’éprouvent leur largesse de vues qu’in abstracto.

Les autres, dont nous sommes, avaient aimé "La vie sexuelle de Catherine M". Parce qu’une femme écrivait ce que trop d’hommes avaient dit « de leur côté » et avec moins de style. Parce que le livre valait mieux encore que la marge qu’il décrivait : l’absence de complaisance de la narratrice donnait à ses expériences la couleur du clinique et du singulier universel.

Il faut être naïf ou de mauvaise foi pour s’étonner du sujet de « Jour de souffrance » : la jalousie. Le siècle du libertinage est aussi celui de Manon Lescaut. Les femmes de Goethe pleurent quand éclate l’orage, celles de Restif de la Bretonne se donnent sans se reprendre : n’étaient-elles pas les mêmes ?

On retrouve dans "Jour de souffrance" ce qui faisait le prix du précédent récit milletien. Une impudeur dans l’analyse qui s’applique ici au sentiment plus qu’à la sensation ou à l’expérience. Des bonheurs d’images : ainsi, quand il s’agit de décrire cette souffrance de l’être trompé qui a voulu savoir, et soudain sait : une « vague glaciale et sèche ». Faut-il parler de poésie ? Je ne crois pas. Plutôt de probité et de justesse, comme à propos de scènes filmées par Maurice Pialat, celles qui ont pour cadre la cuisine dans « Le Garçu », par exemple.

Jusqu’au fond de sa souffrance, Catherine Millet s’appartient. Œil qui pèse, juge, et jauge les œuvres au quotidien, elle veut pouvoir regarder ce qui lui arrive. Le corps de l’aimé, qui se livre à des jeux moins cérébralisés que les siens, se dérobe quand elle apprend que d’autres l’ont touché, étreint. Et de se sentir exclue comme dans ces jeux d’enfance où il arrive que votre tour passe sans qu’aucun camarade s’en aperçoive. Oubliée, elle n’a plus de ressource que de jouir de son propre abandon, en voyeuse. Elle se laisse coloniser par des fantasmes de dépossession. Tout être trompé y reconnaîtra ses obsessions les plus inavouables (« Je n’étais pas même la spectatrice dont un premier rôle est bien obligé de tenir compte ; j’étais le figurant que ce premier rôle ignore, dédaigne »).

Catherine Millet ne saurait en vouloir à son mari mais vit son exclusion sur le mode d’un plaisir qui pourrait la faire sombrer : « est-ce que quelqu’un qui fait une chute, et qui se retient à une branche au prix d’un effort terrible, a le temps éclair et l’inconséquence d’éprouver un soulagement quand, à bout de forces, il lâche prise et se laisse tomber dans le vide ? ».

L'auteur veut voir, savoir. Comme Eriphile dans l’"Iphigénie" de Racine, elle ne peut se soustraire au spectacle de son infortune. Et meurt en lisant les lettres de ses rivales, comme Eriphile sur l’autel où son désir de "voir" l’avait d’abord conduite. Elle ne désire pas pour autant devenir autre, et on pourrait s’étonner de ne pas lire dans « Jour de souffrance » ce vertige si commun : vouloir être la rivale, lui ressembler, jusqu’à se perdre.

Mais Catherine Millet n’est pas Kim Novak : pour subjuguer la souffrance, l’écrivain trouve la ressource de l’autofiction. Quand on vous disait que la littérature sauve…

samedi, août 2 2008

Faire mentir "Le Guépard"

D'aucuns m'en ont fait la remarque : ce blog avait tout simplement disparu de l'espace virtuel ces dernières semaines. Il ne s'agissait nullement d'un accident technique, mais d'une décision provisoire. Il fallait réfléchir à sa pérennité, à sa forme, aux sujets abordés.

Disons que l'avenir sera ici moins "centro-centré" et plus libre encore. Avis aux amateurs...

vendredi, avril 11 2008

La veilleuse

Je rassure mes lecteurs : les billets devraient bientôt retrouver un rythme normal sur ce blog. Absorbé par les affaires courantes, je n'ai guère pris le temps de m'arrêter pour réfléchir au bien commun ces dernières semaines. Une poussée d'égotisme provoquée par certains développements professionnels est seule en cause dans mon silence.

On ne quitte jamais vraiment la politique, quoi qu'il en soit. A très vite!

vendredi, mars 28 2008

Point mort?

Avouons-le très simplement : au moment où François Bayrou s'apprêtait à reconnaître sa défaite paloise, nous n'étions pas de force à crier "Haro sur le baudet". L'heure évoquait plutôt la fin d'un film de Bergman et cette phrase d'apocalypse : "tout est consommé".

La lassitude nous étreint à l'instant de décrire ce champ de ruines qui tient désormais lieu de centre.

jeudi, mars 6 2008

Un dernier pour la route

Les élections municipales de dimanche prochain occupent les media nationaux depuis plusieurs semaines : le passionné de politique aura lu cinq ou six analyses sur le maelström strasbourgeois, trois ou quatre sur le trébuchet toulousain, une ou deux sur la farce paloise. Silence ou presque, en revanche, sur les villes de moins de 80.000 habitants.

Las! Les états-majors politiques savent que seules les villes moyennes représentent un véritable enjeu électoral. L'évolution qui voit les grandes cités pencher à gauche est entamée depuis longtemps, alors que Nicolas Sarkozy a pu s'appuyer sur nombre de villes moyennes aux élections présidentielles d'avril-mai 2007. En 2001, les victoires de la droite à Beauvais, Cahors, Montauban, Blois, Laon, Evreux, Chartres, Châteauroux, Roanne, Tarbes (...) avaient préparé les législatives plus efficacement que les "prises" de Strasbourg et de Rouen. Pour notre part, nous jugerons de la poussée de la gauche en observant ses résultats dans des villes comme Bourges, Quimper, Epinal ou Sélestat.

Plus grave : qui sait qu'auront lieu dimanche des élections cantonales? Un tiers des Français sont pourtant concernés. Notamment dans le canton de Remiremont.

Le président du Sénat Christian Poncelet a choisi de solliciter le renouvellement de son mandat de conseiller général. Né en 1928, parlementaire depuis 1962, il restera sénateur jusqu'en 2014 quoi qu'il en soit. Son objectif est donc de quitter l'Assemblée départementale vosgienne et la Chambre haute en même temps.

Il y avait assurément un boulevard pour le Parti socialiste, pour le MoDem et plus encore pour un candidat de droite bien implanté. Au lieu de cela...

François Vannson, député de la 3e circonscription, qui vit à Remiremont, s'est défilé, malgré le contentieux qui l'oppose à Christian Poncelet.

La candidate socialiste aux dernières législatives, Jacqueline Bedez-Stouvenel, aurait pu (et dû) s'y risquer, quoique conseillère régionale. Maire de Raon-aux-Bois (dans le canton de Remiremont), elle a préféré s'effacer derrière un candidat sans expérience de 20 ans.

Gérard Michel, ancien candidat du MoDem aux élections législatives dans la 3e circonscription, est lui aussi élu (d'opposition) à Raon-aux-Bois. Il n'a pourtant pas déposé sa candidature pour les élections cantonales : il se confirme que le MoDem, qui se présente comme un mouvement neuf et audacieux, se garde d'ennuyer Christian Poncelet. De là à penser que le président du Sénat s'accommode très bien de la candidature de Mme Mercier (président du MoDem-Vosges) contre son faux ami Michel Heinrich, maire d'Epinal, il n'y a qu'un pas...

Tout se passe donc comme si le charmeur de serpents Poncelet devait encore remporter la mise.

Les Vosgiens souhaitent-ils avoir un octogénaire pour Président du Conseil général? C'est une autre question!

mardi, février 12 2008

Le rideau déchiré

Deux événements d'inégale importance confirmeront, dans les semaines prochaines, que le Mouvement démocrate s'est fondé sur un malentendu : soit les élections municipales en France et les législatives en Italie.

Nous croyons depuis mai 2007 que François Bayrou s'enlisera pour n'avoir pas choisi entre le rassemblement gaullien et la coalition de Troisième force. Prenons le scrutin de mars 2008 dans l'Hexagone : quelle ligne directrice le Mouvement démocrate y suivra-t-il? On nous répond cas par cas, arbitrage en fonction des intérêts locaux, ...

Il n'est pas mille manières d'exister lors d'élections.

Pour s'y affirmer dans la radicale singularité que porte l'idée de Rassemblement, le Mouvement démocrate aurait d'abord dû reconnaître la double appartenance. Rassembler ne signifie pas exiger des impétrants qu'ils abandonnent d'autres engagements. Pour prendre un exemple cher à François Bayrou, le RPF du général de Gaulle tolérait et recherchait même la double appartenance. Exit donc le modèle du Rassemblement au-dessus des autres partis -mais pas contre eux-.

Le Mouvement démocrate représentant -d'après ses fondateurs- un choix fondamentalement différent des logiques du système, il eût pu, dans un second temps, conduire des listes homogènes dans l'ensemble des villes de plus de 9.000 habitants. Au lieu de cela, que voit-on? Des accords conclus en fonction des intérêts de chacun des candidats, comme à Paris où la nécessité de faire réélire certains apparatchiks dont le Conseil de Paris est le gagne-pain pousse à un accord avec les socialistes.

On répliquera que le Mouvement démocrate ne souhaite pas nationaliser cette élection, ce qui expliquerait ce pragmatisme (cette tambouille électorale, diront les mauvaises langues). En cas de victoire à Pau et à Aix-en-Provence, François Bayrou n'hésitera pourtant pas à clamer que les Français ont voulu sanctionner le Chef de l'Etat et ouvrir une ère nouvelle de la vie politique française (sic d'anticipation). Le Mouvement démocrate ignore donc s'il va à la bataille en fonction d'enjeux locaux ou nationaux.

A l'inverse, si le Mouvement démocrate assumait dans les media ce qu'il s'apprête à pratiquer à l'échelon local -la coalition-, son Président cesserait de se rêver majoritaire. Il tiendrait ce langage, qu'il est préférable de peser dans une majorité avec 10% que de cheminer dans le désert avec 15 ou 18. J'ajoute que le Mouvement démocrate serait dès lors tenu de clarifier ses stratégies nationales d'alliance avant le jour du vote : nul n'accepterait une délégation de souveraineté si exorbitante, qu'elle en autoriserait le délégataire à négocier selon son bon plaisir.

Voilà donc un parti qui ressemble aux radicaux des années 1930 si on règle la focale sur le mode local, mais agit comme un parti de masses protestataire quant à la politique nationale, à l'image du RPF de 1947-1955. Ces deux modèles ne devraient pas inciter les dirigeants du Mouvement démocrate à l'optimisme. Et pourtant...

Le balancement entre ces pôles de fluidité et de rigidité explique une partie du succès militant du Mouvement démocrate : chacun y apporte et y lit ce qu'il veut, dans une schizophrénie inconsciente.

Chacun s'y retrouve :

-le conseiller-municipal-prêt-à-toutes-les-manoeuvres-pour-devenir-adjoint ;

-le rêveur-qui-voudrait-que-les-hommes-de-bonne volonté-se-donnent-la-main (comme à la messe) ;

-l'exalté-qui-rejette-les-moeurs-politiciennes-et-va-répétant "la pureté ou la mort" .

Le seul à ne rien comprendre, c'est l'électeur.

Les élections italiennes qui s'annoncent infirment également une antienne bien connue des anciens de l'UDF. A ceux qui lui objectaient l'impossibilité d'une grande formation majoritaire à elle seule et strictement centriste, une dirigeante de l'UDF-Paris opposait le modèle italien.

L'argument prenait pour terreau l'ignorance crasse des Français quant aux systèmes institutionnels différents du leur. La majorité de Romano Prodi était en effet située à gauche, sans ambiguïté aucune, comme l'ensemble des formations qui la composaient (y compris la Marguerite). Le scrutin qui s'annonce devrait même donner un caractère bipartisan à cette bipolarité.

Restait en général à la dirigeante parisienne la ressource de l'exemple allemand ou autrichien de grande coalition. A ceci près que, dans un cas comme dans l'autre, un grand parti de gauche et une grande formation de droite gouvernent ensemble sans qu'existe de formation centriste à vocation majoritaire...

Le modèle de Rassemblement que promeut le Mouvement démocrate n'existe ni dans le passé, ni à l'étranger.

Le rideau ne pourra manquer de se déchirer pour le MoDem d'ici quelques années, révélant à l'oeil public la réalité d'une schizophrénie mise au service d'un seul homme.

lundi, février 4 2008

Des falaises de marbre aux monts vosgiens...

Ernst Jünger figure au nombre de ces écrivains qu'on croit connaître avant d'avoir pris la peine de les lire. Réduite aux seuls "Orages d'acier", son oeuvre est fréquemment ramenée à une forme d'esthétisation de la violence. Bien germanique, jugera-t-on.

La mort de Julien Gracq -au moment où je relisais Le rivage des Syrtes- a attiré l'attention sur sa vie, moins sur ses goûts. Le faux ermite de Saint-Florent-le-Vieil -ville dont Hervé de Charette est l'élu- ne se reconnaissait guère de fraternité qu'avec Jünger le réprouvé. Le souci de mieux comprendre Gracq me poussa donc "sur les falaises de marbre".

Délaissons l'arrière-plan historique d'un livre qui fut publié avant que la barbarie nazie ne fonde sur la France. L'oeuvre délivre pourtant des sentences admirables sur l'inconséquence de ceux qui, en temps troublés, voient dans le crime une preuve de force, donc de salut. Une seule suffira : "que faire, si les faibles méconnaissent la loi, et dans leur aveuglement tirent les verrous qui n'étaient poussés que pour les protéger?". Tout est là.

"Auf den Marmorklippen" bénéficie d'une superbe traduction en français, oeuvre du poète Henri Thomas. Aux non-initiés, j'apprendrai que cet auteur secret vit le jour dans les Vosges. Un musée porte du reste son nom dans la bonne ville de Bruyères -où l'auteur de ces lignes effectua une partie de sa scolarité-. La circonstance n'apparaît pas fortuite.

La sylve sombre et dont on craint qu'elle ne descende à la fin sur les hommes pour les happer... Le goût de la lumière, des pierres blanches et du vin (la France ou même, pour un Vosgien, l'Alsace) que contrarie la fascination pour la sauvagerie ou les brumes prêtées à une Europe plus septentrionale... Le livre a trouvé en moi des harmoniques à la fois familières et dérangeantes.

Certains paysages m'en ont paru diablement "connus", jusqu'à évoquer d'antiques cauchemars, de ceux qui absorbaient l'âme aux heures des fièvres puèriles. Köppels-Bleek -le nom fait assez bibeloterie de l'horreur, reconnaissons-le-, n'était-ce pas une clairière bien connue, autant par le songe qu'à la faveur de promenades familiales?

Le livre fournit assez d'images obsédantes pour une saison. Ce sanglot étouffé qu'on entend au coeur des batailles, et où se devine la certitude d'un anéantissement (p. 145, dans l'édition Imaginaire-Gallimard)! Cet enfant qui bat la timbale du bois de sa cuiller pour appeler les vipères à un festin pacifique (p. 19)! Les merveilles du végétal comparées à des "cadrans où toujours on peut lire l'heure exacte" (p. 71)!

L'ensemble brille par son ambiguïté-impardonnable aux yeux des cuistres-. On excuse trop les fautes d'une crapule mondaine comme Drieu la Rochelle, tout d'une pièce pourtant dans son adhésion au fascisme. L'entre-deux de Jünger est moins lâche, paradoxalement ; même si nous pouvons ne pas adhérer à cette résistance à laquelle invite l'ouvrage : une insurrection douce, résolue, définitivement spirituelle.

samedi, janvier 19 2008

Ricardo à l'affiche

La psychologie des peuples est un vice qui ronge les raisonnements les plus huilés, les argumentaires les plus solides.

François Furet y sacrifia en observant que les Français avaient tout parié sur la politique en 1789. Que penser de cette affirmation? On pourrait en trouver une confirmation dans le culte du "volontarisme" au détriment de la volonté ; dans l'idée que le verbe "est" action ; dans le goût des utopies généreuses ; dans le mépris pour l'économie.

L'imaginaire français est hanté par l'Etat ; les grands entrepreneurs n'y ont jamais trouvé de place. Si fortune vient, le crime n'est pas loin, répétait-on autrefois. La plupart des bacheliers de notre pays n'a jamais suivi de cours d'économie, fût-ce pour une heure. A l'inverse, le goût de la politique se traduit par une survalorisation de la discipline historique dans l'enseignement primaire et secondaire. Avouez que je prêche contre ma paroisse...

Les media, en même temps qu'ils chérissent les signes extérieurs de richesse, ne font rien pour éclairer les Français sur le fonctionnement des marchés financiers ou la gestion d'une entreprise. Une émission de France Culture aura achevé de me convaincre de ce biais hier matin.

Le programme radiophonique se proposait de livrer à l'auditeur le témoignage de deux conseillers bancaires employés au Crédit lyonnais. De l'un, on nous dit avec gourmandise qu'il a 25 ans, porte un costume noir et une cravate fluo. Jeune, aimant se mettre en avant : c'est l'ennemi. De l'autre, on nous raconte l'engagement syndical, le long passé au sein de la même banque. 55 ans environ, de gauche, articulant ses revendications salariales à la qualité du service aux clients : c'est la gentille.

Le reste se maintint dans les mêmes eaux. Les réponses du jeune-ambitieux-individualiste-qui-n'aime-pas -perdre-son-temps-avec-les-gens-qui-n'ont-pas-d'argent sont entrecoupées de musiques de westerns ou de l'attente téléphonique du Crédit Lyonnais. Voix si atone qu'on s'interroge sur son naturel.

Ne manquait plus que le générique de Dallas : "Dallas, ton univers impitoyable", ...

Entendons-nous : nul ne songe à regretter l'ORTF, ses programmes marmoréens et les coups de fil d'Alain Peyrefitte. Moins encore les campagnes de presse haineuses de certains titres au moment de la guerre d'Algérie, fustigeant les "capitulards", les fourriers de la "décadence", les artisans d'une démoralisation de l'armée. Il s'agit d'exiger de la nuance dans le traitement de l'information. Nous sommes d'autant plus à l'aise au moment de le dire que nous contestons la pollution de la presse par les intérêts des grands groupes industriels.

A quand une émission sur John Stuart Mill, David Ricardo ou Adam Smith sur France Culture? A quand un Thema sur Raymond Aron?

On attend toujours (Godot?).

mardi, janvier 8 2008

Un peu de noir pour commencer

Janvier : l'heure est venue de retrouver son établi, sa plume -ou son ennui-. Mon état d'esprit offre quelques ressemblances avec celui d'un parfumeur qui, ayant volontairement calfeutré ses narines pendant un mois, se retrouve à devoir composer une nouvelle fragrance. A laquelle de ses idées passées, plus que de ses sensations retrouvées, va-t-il faire confiance? Tant d'indignations, de sourires accumulés depuis décembre...

Les voeux de bonne année ont peut-être réchauffé le moral des lecteurs. Aussi ai-je choisi de commencer 2008 par la tristesse et la fidélité.

Un ancien président de la Commission européenne est mort à Paris le 29 novembre 2007.

A lire cette information, beaucoup risquent la stupeur ou l'incrédulité. Qu'ils se rassurent : l'immodestie pateline du père de Martine Aubry n'a pas disparu dans les limbes.

A deux reprises, un Français dirigea la plus fédérale des institutions européennes : entre 1973 et 1977, avec François-Xavier Ortoli, puis entre 1985 et 1995 (Jacques Delors). Que la longévité du second ait fait oublier les qualités du premier n'est pas pour nous surprendre. La mémoire a de ces injustices-là : Savary effacé par Mitterrand chez les socialistes, Pompidou perdu pour les Français dans l'ombre du Général...

François-Xavier Ortoli était plus atypique que le brillant de son parcours ne le laissait deviner. Ayant grandi en Indochine, il lutta avec courage contre les Japonais à partir de 1943, d'abord dans la clandestinité, puis sous l'uniforme. Les chemins qui exigent du courage sont souvent les moins empruntés... Très marqué par son expérience de la guerre, François-Xavier Ortoli épousa de surcroît une jeune femme dont le père, médecin, avait perdu la vie sous les balles japonaises.

L'Administration coloniale le séduisait, mais il présenta avec succès le concours de l'Ecole nationale d'Administration, que Michel Debré avait créée en 1945.

Les titres de résistance et l'engagement étaient pris en compte par les recruteurs de cette première promotion. "Croix de Lorraine" rassemblait de jeunes hommes qui avaient fait "une belle guerre", comme Michel Jobert, Michel Poniatowski ou André Van Ruymbeke (père du je) : ils vinrent enrichir le service de l'Etat de leur engagement passé. Pour François-Xavier Ortoli, la sortie de l'ENA sonna l'heure de l'Inspection des finances, ses tournées en province et sa camaraderie d'élite.

Après une première expérience des cabinets ministériels auprès de Robert Buron -figure de la démocratie-chrétienne la plus progressiste-, François-Xavier Ortoli fit le choix de l'Europe. Comme beaucoup de jeunes serviteurs de l'Etat des années 1950, il se reconnaissait dans une certaine façon de faire de la politique loin des gargarismes des démagogues. Une Europe par en haut? Oui, certes. Mais une belle idée à servir.

Directeur du Marché intérieur à Bruxelles de 1958 à 1961, il prit place avec Robert Marjolin parmi les premiers techniciens de la chose européenne. Georges Pompidou, très préoccupé de questions économiques, le choisit comme directeur de cabinet pour remplacer Jean Donnedieu de Vabres (oncle du futur ministre) à la fin de l'année 1962. Puis vint la lumière médiatique pour un homme de tempérament discret : les ministères de 1967 à 1972, l'élection dans une circonscription bourgeoise du Nord en juin 1968, l'échec face au Augustin Laurent à Lille aux municipales de 1971.

Président de la Commission européenne (1973-1977), puis Vice-président en charge des questions économiques, François-Xavier Ortoli se distingua par son sang-froid face aux crises pétrolières et par sa détermination au service de la cause européenne.

Gaulliste et européen, technicien et intellectuel : M. Ortoli était, en privé plus encore qu'en public, paradoxal. Reçu par lui il y a presque deux ans pour un entretien, j'avais gardé de son accueil un souvenir ému.

Comme le laisse entendre Faulkner à la fin des Palmiers sauvages, il n'est d'oubli que dans la mort de ceux qui vous ont connu...

lundi, janvier 7 2008

A mes lecteurs

Ce blog est demeuré inaccessible pendant plus de trois semaines : la disparition en tenait à des problèmes d'hébergement.

Ils sont désormais réglés.

Je présente aux lecteurs mes meilleurs voeux de santé, bonheur et prospérité pour 2008.

Merci encore de votre fidélité -qui m'oblige- et à très vite, DV.

mercredi, décembre 12 2007

Ni école du crime, ni lieu d'humiliation

Les nouvelles règles pénitentiaires européennes imposent désormais de distinguer les prévenus et accusés des condamnés jusque dans la géographie carcérale. Plutôt que de prévoir des prisons spécifiques, l'administration française s'oriente lentement mais à raison vers des établissements où des quartiers distincts correspondraient aux deux types de détenus.

Comme nous l'apprenait "Le Monde" daté du 11 décembre 2007, la maison d'arrêt de Metz-Queuleu a été choisie comme site pilote pour cette évolution. L'occasion est donc donnée par la réglementation européenne de repenser les règles de l'environnement carcéral. Surpeuplées -situation que la politique judiciaire de Madame Dati ne saurait résoudre-, nos prisons sont trop souvent vécues comme des écoles du crime ou comme des lieux d'humiliation par ceux qui y vivent contraints et forcés.

On sait le sujet sensible, et la polémique nauséabonde sur ces détenus "qui ont la télévision et tout le confort". Contre une certaine doxa officielle, il est urgent d'affirmer que l'augmentation du nombre d'incarcérations ne représente pas une fin en soi, sauf à rêver des effarantes statistiques américaines.

Une limitation du nombre de prévenus et d'accusés en prison : voilà qui devrait constituer un des horizons de notre politique pénale. Cela supposerait un meilleur encadrement de la détention provisoire (vaste chantier) ou une extension du bracelet électronique aux non-condamnés : mieux vaut une liberté surveillée que l'engeôlement. Les substituts à l'emprisonnement (travaux d'intérêt général, voire d'autres formats à étudier) pourraient d'être autre part être privilégiés : croit-on que la prison apprendra quoi que ce soit à un adulte qui incendie une voiture?

Pour éviter d'exposer les condamnés comme les prévenus/accusés à de "mauvaises fréquentations", tout plan de construction et de rénovation des prisons nécessite de déterminer au préalable un plafond de personnes emprisonnées. On ne juge pas un magistrat au nombre d'incarcérations qu'il obtient!

La politique de défense des libertés publiques se porte mal ces temps derniers, et nulle voix ne s'élève pour en redire la noblesse.

Dans ce contexte peu favorable, on saluera le choix de Véronique Vasseur comme tête de liste de l'UMP dans le 13e arrondissement de Paris...

vendredi, novembre 30 2007

Fin de partie

A l'heure où ces lignes s'inscriront sur la toile, l'UDF aura vécu. Les vieux compagnons des années 1970, les ambitieux des années 1980, les égarés des années 1990, les idéalistes du nouveau siècle savent-ils bien ce qu'ils vont perdre? On peut faire accroire qu'aucun bras ne tremblera au moment de voter une mise en sommeil, nul doute qu'en plus d'un esprit naîtront alors de ces questions insidieuses qui sapent les engagements.

François Bayrou, lui, ne doute pas. Bouteille de chloroforme à la main, il jubile depuis mai 2007 à l'idée de pratiquer sur son parti une anesthésie définitive. A-t-il jamais aimé l'UDF, ce démocrate-chrétien qui enrageait dans les années 1980 de voir le libéralisme l'emporter sur son personnalisme imprécis?

Est-il d'un vrai démocrate de se penser "appelé" à l'incarnation de la France, au-delà des contingences électorales? Chez de Gaulle, cette conviction avait reçu l'assentiment de l'histoire. Chez François Bayrou, elle se contente du pain d'orgueil.

Prenons l'entretien que notre candidat du printemps accorde au "Matin plus" daté de ce 30 novembre 2007. Les journalistes évoquent devant Bayrou des troupes qui se dispersent, des rangs qui s'éclaircissent. Le futur maire de Pau -avançons-nous- laisse entendre qu'il est soulagé par ces amputations, qui accréditeraient son image d'homme libre dans l'opinion. Pis, il n'a pas un mot de regret pour Jean-Marie Cavada, comme s'il ne s'agissait pour un corps sain (le MoDem) que d'être vidé de sang noir (les grincheux, les ambitieux).

L'oeil rivé sur 2012, François Bayrou attend que tout empire. "Tout empire finira" se répète-t-il en songeant à sa rivalité avec le chef de l'Etat plutôt qu'à la France. Perdu dans la métapolitique -la réorganisation du paysage partisan-, il regarde à la fois trop haut et trop bas. Les défauts du vol plané et du rase-mottes en quelque sorte. Le rase-mottes à propos de Cavada : "Il n'y aucun mystère dans cette affaire. Cavada voulait à tout prix un portefeuille. Pour prix de ce maroquin, on lui a demandé de se rallier à l'UMP (...)". Le vol plané à propos de soi : "Je défendrai un autre projet de société, et je dirai la vérité. La vérité est plus forte que les mensonges", dixit François Bouche d'Or.

Qu'avance-t-il? La social-économie, qui n'est qu'un mot. La nécessité de réduire la dette, nous en sommes d'accord. Le refus d'une "société de l'argent-roi" (le veau d'or), le rêve d'"entreprises à qui on fait confiance" (le petit entrepreneur bien gentil et peu audacieux).

La France dont Bayrou parle, c'est celle d'avant-hier, celle des solidarités organiques, de la Foi qui imprègne jusqu'aux gestes les plus intimes sans défendre l'hypocrisie. Cette France-là ne reviendra pas, les électeurs urbains du printemps 2007 le savent mieux que quiconque.

Foin de mysticisme trompeur, posons-nous des questions simples et modestes : comment être utiles au Pays? Comment servir?

Je ne crois pas qu'on fasse preuve de courage en préférant son petit tas de rêves au grand bain du monde. Cette erreur-là, François Bayrou la commet depuis six mois avec application.

En tuant une UDF créée en 1978, il prive le pays d'une force d'équilibre, et la famille centriste et libérale d'un foyer où consommer ses retrouvailles. Chacun saura s'en souvenir!

samedi, novembre 17 2007

Qu'est-ce qu'un raté?

Si Woody Allen bénéficie d'un public captif en France -400.000 entrées au pire-, les critiques hexagonaux ne l'ont guère ménagé par le passé. La rengaine sur le tarissement de son inspiration fut entonnée dès la fin des années 1980. Certaines des réussites qui suivirent -"Celebrity" ou "Sweet and Lowdown"- ne rendirent pas les plumitifs plus circonspects. La vérité est qu'ils guettaient l'épuisement du filon, en étranges chercheurs d'or.

Couardise ou lucidité, beaucoup de journalistes se rêvent derrière une caméra sans passer nécessairement à l'acte. On conçoit qu'un auteur aussi prolifique que le schmoll de Brooklyn les agace. Je concéderai un ratage complet aux aigreurs de la critique : "Anything else", opus bavard et inutile.

Déroutés par "Match point", les adversaires d'Allen Stewart Königsberg, ont repris leur souffle avec "Scoop". Ils soupirent d'aise depuis la sortie à Paris, il y a quelques semaines, du "Rêve de Cassandre".

Oui, ils vont pouvoir reprocher à Allen ses redites, feindre la lassitude et trouver le film bâclé. La singulière brièveté des articles à lui consacrés par Le Monde et Libération traduit cependant un malaise dans l'argumentation. Qui soutient ce film, me direz-vous? La Croix et Le Figaro. Tout un programme, auquel vous ne devrez pas vous arrêter.

Le long métrage traite de la réussite sociale (comme "Match point"). L'élément américain se fait ici corrupteur (l'oncle), quand il n'était que victime dans "Match point" (l'actrice minable, mais sublime de puissance érotique). L'American dream se déplace jusqu'à Londres et y prend visage de pousse-au-crime. Etrange cinéaste que ce jeune homme de Woody Allen! Le grand fleuve du film est nourri par des infiltrations karstiques, dont l'incommunicabilité entre Ancien et Nouveau monde n'est pas la moindre.

Une analyse fine révèle que le propos du "Rêve de Cassandre" se distingue des deux autres films "londoniens" d'Allen.

Résumons : "Match point", c'était "Que sommes-nous prêts à sacrifier pour réussir?".

"Scoop" : "Le mensonge est-il la condition de toute ascension sociale?".

"Le Rêve de Cassandre" : "Qu'est-ce qu'un raté?"

Il n'est pas un homme de 25 à 34 ans qui pourra regarder le film sans trembler. Les deux acteurs principaux, nourris au lait du rêve américain par leur mère, jettent un regard sans concession sur leur père. Malheur à celui qui ne réussit pas mieux que son père, dirait un proverbe de l'Afrique sahélienne -que M. Guaino eût gagné à connaître avant de décrire l'Afrique noire comme égarée dans un présent infini-.

Tenaillée par la pression sociale qui réclame qu'on respecte son modèle de réussite, toute une génération de jeunes hommes connaît l'angoisse du déclassement dans nos sociétés occidentales. Deux alternatives : rejeter le joug, ou se couler dans un moule conçu par d'autres, qui vous ont précédés. Les frères du "Rêve de Cassandre" se perdront par trop de soumission à la seconde hypothèse.

On ressort noué de ce long métrage, essoré par les questions surgies sur soi au fil des images.

Les dix premières minutes galopent -merveilleux premiers plans dans le port-, les ceintures doivent demeurer attachées jusqu'au terme. L'orée du film et son débouché se font écho, comme chez Hemingway ("Pour qui sonne le glas"). Rien de mécanique dans le récit pourtant.

Je gage que dans trente ans, d'autres critiques blâmeront les ricaneurs d'aujourd'hui, les mal embouchés de novembre 2007, pour avoir fait la fine bouche devant un film tendu, sec, funèbre.

jeudi, novembre 8 2007

Irradié

Un texte de 11 lignes, formules de politesse comprises : une vraie lettre de rupture. La fin d'une aventure et une mise au ban. C'est à cela que ressemble le courrier adressé à votre serviteur par M. Philippe Arnaud, Président de la Commission nationale d'arbitrage et de contrôle de l'UDF.

De quoi s'agit-il? De mon exclusion. Ou plutôt de ma "radiation" de l'Union pour la démocratie française. Rien que de logique, penseront mes amis Modemistes.

Comme certains billets l'ont laissé entendre, il m'arrive de regretter l'aventure de la présidentielle comme on se souvient d'une impasse ensoleillée.

En avouant mon émotion, je risque une double condamnation. Les Modémistes m'appelleront à reconsidérer ma position, tout en murmurant entre eux que je l'ai bien cherché. Les Néo-centristes me suspecteront peut-être de tiédeur pour leur frêle esquif, voire de duplicité.

Comment crever l'abscès pour reprendre la route demain et parler de politique sans amertume? En faisant confiance à ce qu'on est. En l'espèce : un amoureux des mots et des analyses de textes. Je décide donc de ressasser, de remâcher celui-là, reçu ce 8 novembre au soir.

Commençons par reproduire intégralement la lettre du sieur Arnaud :

"UDF Paris, le 5 novembre 2007 Le Président de la Commission Nationale D'Arbitrage et de Contrôle

Monsieur,

Plusieurs informations nous sont parvenues, qui tendent à indiquer que vous avez fait le choix d'adhérer à une autre famille politique que celle de l'UDF.

Comme vous le savez, nos statuts interdisent, dans leur article 4, la double appartenance à l'UDF et à un autre groupe politique. Dans un tel cas, il est précisé que la radiation est automatique.

Je vous informe donc, par la présente, de la décision qu'a prise la Commission Nationale d'Arbitrage et de Contrôle d'appilquer cet article 4 et de vous radier de la qualité de membre de l'UDF.

Dans l'hypothèse où nos renseignements seraient infondés ou érronés (sic), je vous serais reconnaissant de bien vouloir m'en avertir le plus rapidement possible, ce qui me permettrait de régulariser votre situation.

Je vous prie de croire, Monsieur, l'assurance (sic) de mes sentiments les meilleurs.

                                                                                                                     Philippe Arnaud"

Reprenons.

"UDF Le Président de la Commission Nationale D'Arbitrage et de Contrôle" : trop de majuscules injustifiées. On aurait pu écrire aussi bien "Le Président de la Commission nationale d'arbitrage et de contrôle" ou à la rigueur "Le Président de la Commission Nationale d'Arbitrage et de Contrôle" en considérant que le sigle de "CNAC" est souvent utilisé en interne. Les graphologues ou ici les linguistes distinguent dans l'abus de majuscules un signe de prétention ou de mégalomanie. On pourrait hasarder l'hypothèse d'un germanisme. Passons.

La "CNAC", pour les militants UDF, c'est un peu comme le Comité d'analyse et de prévision du Ministère des Affaires étrangères. Peu de gens en connaissent les membres, leur production écrite est assez limitée, mais votre oeil doit ciller en identifiant les initiales, car elles annoncent que les gros poissons se réveillent. Une fois la lecture du document achevée, vous pouvez reprendre votre souffle : les squales sont passés près de vous.

"Monsieur" : comme tout militant, j'ai reçu des milliers de lettres du "Siège". Précisons ma date d'adhésion : décembre 2002. Chacune de ces missives s'ouvrait par les mots de "Cher ami". A croire que je suis sale désormais, retourné à un anonymat total et définitif.

"Plusieurs informations nous sont parvenues" : de quoi fantasmer pour des semaines!

Un contact avec les RG? Une taupe au Nouveau centre? Un lecteur assidu de mon blog rue de l'Université, qui m'aurait balancé? Dans ce cas, pourquoi avoir attendu si longtemps avant de couper ma tête, si on admet que j'ai péché -je ne l'admets pas-?

Autre hypothèse : les adhérents de l'UDF qui n'ont pas rejoint le MoDem sont tous suspects. Ce serait assez étonnant. J'attends des témoignages...

"Vous avez fait le choix d'adhérer à une autre famille politique que l'UDF". On pourrait me dire que j'ai adhéré à une autre "formation politique", mais le choix familial se veut cruel. Je ne ferais plus partie du clan, pour m'être renié moi-même.

Merci, messieurs, mais je suis en paix avec ma conscience. Taquinez la vôtre avec cette question : "à quoi servent aujourd'hui les millions de voix qui ont fait le choix de François Bayrou le 22 avril 2007?" Un votant UDF de la présidentielle et, par amitié, un suffrage MoDem aux législatives vous suggèrent cette navrante réponse : à rien.

A qui la faute?

"Comme vous le savez, nos statuts interdisent, dans leur article 4, la double appartenance à l'UDF et à un autre parti politique". Je l'ignorais, faute d'avoir jamais pu me procurer les statuts en question. Un conseil d'ami pour plus de démocratie : adresser à chaque adhérent un exemplaire des statuts avec sa carte.

L'interdiction de la double appartenance est une vieille tradition démocrate-chrétienne, même quand elle joue contre une proximité d'idées ou une fraternité d'analyse. Qu'on se souvienne du MRP qui avait, en 1947, poussé les "gaullistes" ayant adhéré au RPF vers la porte : Michelet et Terrenoire se retrouvèrent sur le sable.

Je précise que le Parti radical autorisa la double appartenance jusqu'en 1951. Le MRP ne cessa de perdre du terrain électoral après ce choix de l'a-gaullisme.

"Dans un tel cas, il est précisé que la radiation est automatique". Pourquoi "automatique"? Est-ce une machine qui compile les données et crache ces lettres d'exclusion -j'ose le mot- à la louche? Est-ce une façon de me signifier qu'aucun recours n'est plus possible, que la justice est rendue?

"Je vous informe donc, par la présente, de la décision qu'a prise la Commission Nationale d'Arbitrage et de Contrôle" (ouf, une majuscule de moins!) d'appliquer cet article 4 et de vous radier de la qualité de membre de l'UDF". J'apprends donc que la CNAC a examiné mon cas en quelques secondes. Mais à quelle date? Pourrait-on me fournir les noms de mes compagnons d'indignité? Appel à témoignages! Un peu de grammaire cependant, M. Arnaud : on ne radie pas "de la qualité de membre". On ôte, on prive de la qualité de membre, et on radie d'une organisation ou d'une liste.

"Dans l'hypothèse où nos renseignements seraient infondés ou érronés (sic), je vous serais reconnaissant de bien vouloir m'en avertir le plus rapidement possible, ce qui me permettrait de régulariser votre situation". Qu'attendez-vous de moi, M. Arnaud? Un remords en lisant votre prose?

"Je vous prie de croire, Monsieur, l'assurance (sic) de mes sentiments les meilleurs". Changez de secrétaire, M. Arnaud. Le ou la vôtre maîtrise mal sa grammaire, ses accents et ses majuscules. Il (elle) bâcle les formules de politesse, ce qui fait mauvais genre. Mais je crois bien volontiers, cher camarade, cher ami, à l'assurance de vos sentiments les meilleurs.

"Philippe Arnaud". Je l'avoue avec honte, M. Arnaud, j'ignorais tout de vous avant de recevoir ces lignes. D'autres pourraient témoigner que je n'ai pas fait que passer à l'UDF. J'y ai mouillé la chemise à l'occasion. Pas plus, mais pas moins que d'autres. Et jamais je n'avais entendu parler de vous, M. Arnaud, même à propos de la CNAC.

Alors, oui, M. Arnaud, je vous ai "googlé". Mille excuses, M. le sénateur, mais vous êtiez demeuré à mes yeux de militant UDF dans une discrétion de bon aloi, jusque-là. Je connais un peu la Charente, j'aime assez la géographie électorale, et pourtant... Silence radio.

Je suis un numéro de carte à rayer pour vous ; vous n'avez pas daigné exciper de votre qualité d'élu de la Nation pour moi.

Inconnu pour inconnu, parlons-nous en militants, mon cher Philippe : il se trouve que beaucoup d'hommes et de femmes rêvent de retrouvailles du Centre dans les mois ou les années qui viennent.

Le ton de ta lettre, cher camarade, m'a glacé l'échine. Sache cependant qu'au jour attendu, notre accolade fraternelle n'aura rien d'un baiser Lamourette pour moi.

A toi sans rancune,

                                 David Valence.

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